10.27.2009

Et le truc encore plus mieux

C'est que PUTAIN, j'ai l'impression que ça faisait des siècles que j'avais pas été aussi heureuse.
(Et ça c'est cool, en fait)

Mots de passe et robots frits

C'est juste complètement fou. De se rendre compte  à quel point tout est lié, partout, tout le temps. Six degrés? Et comme tout arrive pour une bonne raison. Et c'est tellement parfait, juste tellement à propos que ça en devient troublant, une espèce de signe halluciné dans le marasme quotidien de cet univers où les êtres semblent tous en exil, ne montrant que ce qu'ils veulent montrer, se cherchant tous sans jamais se trouver. Un truc complètement insensé qui vient simplement appuyer le coup de gomme contre toute attente presque indifférent, la lassitude des petits jeux de massacre qui n'ont pour seule arme que le mépris de ce qui était autrefois valorisé, et le manque de subtilité - mais c'est amusant, au fond, de découvrir quelqu'un sous un angle si peu familier, si éloigné de ce que l'on croyait connaître (qui aurait pu penser qu'un jour je serais celle qui se tiendrait le plus loin des compromissions? )
C'était exactement ce qu'il me fallait, son parce que je t'aime bien glissé si pudiquement que j'en ai imperceptiblement rougi, et sa conséquence parfaitement parfaite.

He's back baby !
(And so am i)




10.23.2009

Hop

un humanoïde qui s'arme d'un canon a1 et qui connaît robert glasper ne peut pas être foncièrement mauvais mais par contre je déteste cette vague impression qu'on me prend pour plus idiote que je ne le suis en réalité.
et je suppose que c'était la fois de trop.

last exit and archive again, quoi. 

10.21.2009

Sais-tu?


10.17.2009

Hands of a stranger

dans l'ombre du quai aux coquelicots il glisse ses mains sous ma robe et un doigt dans le liseré de mon bas, et je retiens ma respiration, parce qu'il y a toujours cette microseconde de vide, ce moment presque inquiétant au passage de l'étranger  à l'intime, avant que la vie et le temps ne reprennent leurs cours comme si de rien n'était autour de moi, et j'aime l'anonymat des grandes villes, quand tout se passe sans toi et que tu peux t'envoyer en l'air sur un muret sans que personne n'y prête attention.

(il fait beaucoup trop froid pour ça, non?)

10.10.2009

Les idées en place

"Tu as cette détermination à la fois touchante et pénible à n'emprunter que les chemins les plus tortueux, et en avoir conscience n'empêche en rien le fait que tu t'égares. Tu demandes mon aval pour tes conneries; comment pouvais-tu seulement penser un instant que je te le donnerais? Tu es aimée, tu es convoitée - tu l'as toujours été, ne prends pas cet air étonné en lisant ces mots; je te connais davantage que tu ne te connais toi-même, depuis toutes ces années. Plus encore, tu mérites bien mieux qu'un branleur indécis et probablement plus idiot que tu ne le perçois pour le moment. Tu fais le mauvais choix, parce que tu as toujours préféré envier ce que tu n'as pas qu'apprécier ce que tu as. Alors ne me demande pas d'aide. Je refuse de cautionner ton manque constant de clairvoyance et ta faculté presque indescriptible à t'enliser volontairement dans d'oppressants marécages. Tu m'emmerdes, je te voudrais heureuse et tu t'évertues à ne pas l'être."

And that's right, sir.
J'avais juste besoin de l'entendre.

(c'est un merci.)



9.24.2009

Let's go down the waterfall

Je peux me tromper.
Mais je suppose que. 


it's over.                                                                                               


9.18.2009

Je ne peux pas


























(vivre sans toi)

9.14.2009

Just for a little while (oh then just to see you smile)

il y a cette chose qui s'impose à moi comme une évidence.
et c'est chiant.

9.07.2009

Putain

Tu savais que c'était possible d'être aussi triste, toi?

The drowning man

( Parce que je n'ai pas vraiment de choses à dire, tu sais, c'est toujours une telle pelote, un bouquet de nerfs, quelque chose comme ça, et rien ne se dit jamais comme je voudrais le dire, alors je ne dis rien. Parce que je n'écris plus vraiment non plus, je n'ai finalement jamais su très bien faire ça, beaucoup moins bien que toi, sauf peut-être quand j'ai de la peine, je ne sais pas, mais souvent toutes ces choses qui me blessent et me volent quelques morceaux de mon cœur ne valent pas vraiment cette peine que j'ai pu avoir, et je ne sais pas vraiment pourquoi je ne t'écris pas. Et tu trompes, tu te trompes quand tu demandes "pourquoi tu ne t'intéresses pas à moi" avec un point d'interrogation qui laisse quelques bleus, je lis toujours, tu es éparpillé, toujours si éparpillé, parfois taciturne aussi, et tu te trompes, même quand je me mure dans le silence je suis d'une loyauté sans faille, et j'ai cette désagréable et épuisante faculté de ne jamais rien oublier, ce n'est pas faute d'essayer pourtant, ça se love quelque part dans la brume et ça revient périodiquement, les mots les sons les odeurs, sans cesse connectés, un inquiétant réseau de vie qui se tisse, et j'ai cet attachement pudique à toi, ce n'est pas une question d'envie, quelle drôle d'idée, ou pas vraiment, parce que c'est vrai souvent c'est une question d'envie, souvent je n'ai pas envie d'aimer les gens alors je ne les aime pas, je fais comme si je n'avais pas besoin, jamais, d'aimer les gens, ni envie, mais envie plus que besoin, mais toi il y a ce lien, les années passées, les évolutions, les circonvolutions et les volutes de fumée qui montent dans le noir, mais tu as raison, je ne sais pas pourquoi je fais tant d'efforts pour ceux que je n'ai pas envie ni besoin d'aimer, tous ces gens, probablement parce que j'ai envie et besoin qu'on m'aime moi, hier j'ai reçu un message, étrange et je ne sais pas, mélancolique, il disait je m'occupe de tout le monde mais moi? qui s'occupe de moi? et je n'ai pas su quoi répondre, alors je n'ai pas répondu. Et au fond je n'ai pas envie non plus de faire d'efforts, pour personne, je déteste cette notion d'efforts, en réalité, ces idées de transformation et de travestissement sous-jacentes, je suis incroyablement égocentrique non? pour croire au fond sans l'avouer réellement que je dois être aimée moi, indéfinissable et mouvant paramètre, moi sans effort, peut-être que je ne pense pas assez à toi parce que je ne pense qu'à moi, sans doute, probablement, possibly maybe, je ne sais pas. Ai-je l'air si malheureuse? Suis-je malheureuse? Je refuse consciencieusement de me poser cette question, tout comme je fuis les miroirs et mes yeux dans les miroirs, et je fais semblant, tantôt d'être heureuse tantôt de ne l'être pas, je relis ne transmettez à ceux qui vous lisent que l'expérience qui se dégage de la douleur, et qui n'est plus la douleur elle-même, ne pleurez pas en public mais , il y avait une éternité, quelques siècles que je n'avais pas lu ça, c'est amusant d'ouvrir à nouveau ce livre jauni d'avoir été trop promené, mais je ne le relis probablement pas pour les bonnes raisons, je ne fais jamais rien pour les bonnes raisons, et je n'ai rien à transmettre, finalement, que des bribes ennuyeuses, et je fais de mon mieux pour ne pas pleurer en public. Tu voudrais que j'avoue ce que je pense? Je pense que c'est merdique, juste merdique, de ne jamais savoir qui on est vraiment, de ne jamais savoir si on peut, potentiellement, conditionnellement, s'aimer vraiment, de ne jamais savoir si l'on est amoureux, et si oui de qui, de ne jamais pouvoir passer outre, entre les gouttes dans une espèce de slalom géant où on emmerderait ses sentiments, je pense parfois, souvent, que je manque de courage et de détermination, que je fais de mauvais choix sans savoir s'il en existe de bons, je pense qu'il ment, qu'il me retiendrait malgré tout s'il ne mentait pas, au moins un peu, je pense que c'est triste d'être oublié, parfois, souvent. Crois-le ou non, je ne me sous-estime pas, tu demandes pourquoi je me sous-estimeje suis incroyablement lucide avec moi-même, le peu que je crois connaître de moi-même, jeune fille courant d'air qui ne se soucie en fait jamais réellement des conséquences des typhons qu'elle a l'art de déclencher sans s'en apercevoir, je ne t'écris jamais parce que j'ai peur des typhons, parce que les mots sont toujours si hermétiques mais si façonnés de possibles qu'il est difficile de ne pas s'y attacher, les mots sont comme la tornade qui tua la sorcière de l'est, quelque chose comme ça, mais je devrais, je devrais ne pas t'écrire jamais, après tout, je ne sais pas vraiment pourquoi je ne t'écris jamais. Et toi tu écris, tu écris pourquoi tu ne veux pas me voir? mais je ne fais pas peur, sais-tu? je ne fais pas peur et je ne sais pas, depuis combien de temps nous connaissons nous? cinq ans? je ne sais pas, je ne me suis pas posée la question, se voir pour ne rien se dire parce qu'on n'a jamais su dire les choses, et c'est faux, c'est un peu injuste, parce que je te vois, ton visage si fin tes cheveux qui mènent une vie propre et que tu ne sais pas toujours dompter, tes yeux qui deviennent plus vieux, plus durs, ton écharpe, ton manteau, tes lèvres, je te vois changer et je me dis le temps est une drôle de chose, le temps qui passe me fait peur parfois, et toi tu ne me vois plus, pas, plus, je ne sais pas, devenir moins adulte mais plus vieille chaque jour, bientôt j'aurai vingt-neuf ans, n'est-ce pas complètement fou? j'ai toujours ces cheveux indisciplinés et des robes à fleurs, le temps passe mais rien ne change, j'ai des robes à fleurs une moue incertaine des yeux qui fuient et les seins moins arrogants, je ne fais pas peur, pas plus qu'avant, pas du tout. Tu n'es pas ennuyeux, tu n'as jamais été ennuyeux, je m'amusais de ce jeu, je ne sais même pas si tu t'en souviens vraiment, Elena, Anele et l'échiquier de Machiavel, tu vois je n'oublie jamais rien, des épilogues du petit matin, des nuances et des rêves d'adolescents, tu n'es pas quelqu'un d'ennuyeux, tu ne m'indiffères pas, tu n'es pas un importun. Jamais. Mais je ne sais pas, tu me demandes de répondre de tes sentiments, c'est une drôle de responsabilité. Parce que tu ne vois de moi que ce que tu veux voir, tu te fourvoies derrière de gigantesques œillères, (dit la fille qui s'effondre lorsqu'elle ôte les siennes), je ne sais pas vraiment ce que tu vois en moi d'ailleurs, je ne demande jamais parce que la réponse serait réelle, ta soeur fragile et délicate, tes parents admirés, ton autre-que-moi et ses longs cheveux, a-t-elle toujours les cheveux longs, existe-t-elle toujours, le cinéma la philosophie la fenêtre vers laquelle tu regardes, ta colère paris et les regrets, c'est si réel. Tu es réel et je suis instable parce que je veux tout et son contraire à moins que l'inverse, je ne veux pas choisir, je ne veux pas décider, je ne veux pas partir mais je ne veux pas rester, je ne veux pas devoir vouloir ni même vouloir devoir, et j'étouffe quand on me poursuit parce que la promiscuité me fait peur j'ai peur de l'image qu'elle renverrait de moi-même, peut-être, peur de découvrir que je ne suis qu'un tas de sable et pas vraiment le courant d'air qui le meut, peur de me mouvoir de m'émouvoir de me voir telle que je pourrais être mais que je ne suis pas, peur d'avoir envie de peau sur ma peau, des histoires d'engagement, dégagée dégingandée désinvolte détachée désintéressée, je ne sais pas, s'entrelacer et se lasser, etc. etc. Alors je fais tourner cet anneau autour de mon doigt, et j'envoie les gens se faire foutre, je suis tes conseils par intermittence, mais ça c'est une fêlure supplémentaire, parfois, de prendre le large et de tirer des traits, tu es bien placé pour le savoir, toi non plus tu n'oublies rien et tu n'envoies pas réellement les gens se faire foutre, tu exultes dans d'autres sphères ce que tu ne leur diras jamais vraiment. Voilà pourquoi je ne faisais pas semblant, parce que tu ne dis rien non plus. J'ai eu un très très gros chagrin, suintant, bouillonnant, le chagrin moche qui s'écoule par tous les pores de la peau parce que tu ne peux juste pas le contenir, un chagrin égoïste et altruiste à la fois, un chagrin que je ne me pensais plus capable de ressentir de cette façon là, un chagrin nul, évitable, j'ai appuyé sur une touche et le cadre vert a disparu de la liste, sur une autre et les chiffres ont disparu du cadran, et c'était vide, immensément vide, à l'intérieur de moi et à l'extérieur autour, tu sais, comme si plus rien n'avait réellement de valeur ni d'attrait, j'ai pensé à quoi bon? J'ai pensé merde merde merde. Trois mots, kill / me / again, parce que tu ne peux pas oublier, parce que je suis centrée et concentrée dans l'absence, mais peut-être était-ce bien pour une autre, après tout, je ne sais pas. )

Pourquoi tu m'écris? Pourquoi pas?

8.31.2009

( A part ça )

(J'ai honte de l'avouer, mais je suis une fuckin-cover-girl)
( [], [] et [])
( bon et [] aussi, mais j'assume pas)

8.30.2009

Just kiss me in the morning in your dirtiest pants

il envoie how can i love you not et j'imagine les dernières vapeurs d'alcool se transformer silencieusement en volutes opaques et impénétrables qui m'entraîneraient sous terre et feraient de moi une autre que moi
(anyone but me
maybe one nut
on beauty, men
etc. etc.)
en rentrant je m'asseois sur l'escalier et je regarde le jour se lever au-dessus des toits, je pense à toutes ces choses, celles qui ont juste attendu sur une montagne et les autres que je n'ai jamais avouées, celles qu'on m'a dites et que je refusais consciencieusement d'entendre, il y a le souffle régulier en haut dans la cabane du sommeil comme un appel aux caresses, le contraste toujours si saisissant entre l'effervescence sous ma peau et la fin de la nuit, l'image floue de quelques baisers volés par ces presque-inconnus, regrets instantanés qui s'affichent au néon rouge comme l'enseigne glauque d'un sex shop clignotant dans mes joues pour me rappeler que ces sens sont interdits, je tournicote ma bague autour de mon annulaire dans un sens dans l'autre dans un sens dans l'autre et puis le contraire, et le zébulon dans mon ventre me donne envie de vomir ma si petite vertu en même temps que le vin qui pique sur la langue.
mais à la place je fais des haïkus
sur ma peau humide
le grain de ta paume affleure
je crains du boudin.

haha. quand je serai grande je serai sôseki.
(ou pas).







8.26.2009

You can't always get what you want

dans les pentes je le vois partout, juste partout, du velours sous le sol rue des tables claudiennes, un amnésique place colbert, lui entre paris et le texas, je le vois partout et je ne dis rien, parce que la vie est mal faite, et le monde plutôt chiant quand il n'y est pas vraiment.








alors je fume une marlboro light, et je me jette sous un train.

2.17.2009

Poésie verticale

Llueve sobre el pensamiento.

Y el pensamiento llueve sobre el mundo
como los restos de una diezmada red
cuyas mallas no aciertan a encontrarse.

Llueve adentro del pensamiento.

Y el pensamiento rebalsa y llueve adentro del mundo,
colmando desde el centro todos los recipientes,
hasta los más guardados y sellados.

Llueve bajo el pensamiento.

Y el pensamiento llueve bajo el mundo,
borrando los cimientos de las cosas,
para fundar de nuevo
la habilitación del hombre y de la vida.

Llueve sin el pensamiento.

Y el pensamiento
Sigue lloviendo aun sin el mundo,
Sigue lloviendo sin la lluvia,

Sigue lloviendo.



(Tu vois quelque chose d'aussi joli que les prépositions de Juarroz, toi?)
(Tu veux que je t'explique pourquoi, que je te donne des raisons, mon éloignement, ma distance, mon indifférence, mon mécontentement, mon silence _ je n'ai jamais su réellement parler, tu le sais; tu veux des explications, des raisons. En voilà une: les prépositions de Juarroz.)

2.13.2009

Dear Disable Friend(s)

Trouver un peu de temps est une sensation étrange; un nageur qui après de longues minutes en apnée reprendrait son souffle goulument, s'emploierait à faire à nouveau entrer en lui la vie. C'est probablement cet élan vital qui m'anime et me pousse à respirer maintenant ces brins de quelque chose, indéfini et incertain s'opposant sans précision à la matérialité nauséeuse du manque de sommeil et de l'encre bleue, ou rouge, sur les feuilles cornées. Telle Alice devenant de plus en plus petite devant la rhétorique ovoïde (parce que ce n'était finalement pas qu'une histoire de pilule, n'est-ce pas? Ce n'était pas qu'une histoire de pilule, c'était la trahison linguistique, la personnification grotesque de tous ces logisticiens ennuyeux, sentencieux, logiques _ mes tautologies s'en amusent), je m'amenuisais plus la pile croissait.

Naviguant dans ce quelque chose, je vais d'étonnement en petites déceptions.

Etonnement du monde autour, du cinéma qui passe sans moi, des sentiments qui s'émoussent doucement, silencieusement, de l'envie improbable et indicible en elle-même, sublimation freudienne s'il en est, étonnement banal de tous ces déterminismes qui nous enferment, n'en déplaise à Jean-Sol.
Déception consumériste de n'avoir pu trouver, après quatre ans, quatre ans, de bouquinistes en librairies obscures, la Pompe à sang de Jean Gaudry que Grassin n'édite plus. Déception narcissique de n'apercevoir de moi que ce qui me déplaît le plus, l'invariable pressentiment de n'être pas suffisamment brillante, à la hauteur (trois pommes et demi, sais-tu?) _ mais de qui?

Et puis l'indistinct, qui mêle les deux dans une sorte d'ennui. L'ennui de lire les ridicules apophtegmes du dictionnaire égoïste de Dantzig, l'ennui surtout d'y lire que la plus poignante allitération de la littérature étrangère, le plus bel incipit de ma modeste bibliothèque ( "Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta. She was Lo, plain Lo, in the morning, standing four feet ten in one sock. She was Lola in slacks. She was Dolores on the dotted line. But in my arms she was always Lolita.") pourrait être quelque chose comme un plagiat *. L'ennui à Paris de ne plus aimer autant la Rue du chat qui pêche, ou celle des Petits carreaux, de n'être plus émue par les heures anciennes, Quai des Célestins. L'ennui de trouver une Eva Braun sur un salon insipide d'un chat insipide dont le seul occupant qui m'éveillait parfois, souvent, a disparu depuis longtemps _ vers quels lieux s'évaporent ceux qui s'évaporent?

L'agacement, enfin, pour des détails infimes, de la culture indifférente, du grain de sable dans le rouage de l'horloge. Agacement de la quasi-canonisation de Tharaud, sous couvert de Satie, on m'en dégoute pour me l'avoir servi à toutes les sauces, enfant prodigue, génie, subversif, iconoclaste, idole naissante. Que fait-on d'Armengaud, Queffelec, Cicconi, pour n'en citer que quelques uns ? Agacement de la culture de masse qui endort notre conscience critique derrière une propagande (souvenez-vous: "L'ignorance, c'est la force; la liberté, c'est l'esclavage", etc.) ouatée. Agacement, enfin, de constater que tout m'étonne, me déçoit, m'ennuie, m'agace. Périodiquement. Quand j'ai le temps.

Pour compenser, et puisque je parlais d'incipit, il y a tout de même celui-ci, qui me ravit, lui, presque autant qu'un pléonasme hugolien: "J'aimais éperdument la comtesse de ...; j'avais vingt ans et j'étais ingénu; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta. J'étais ingénu, je la regrettai; j'avais vingt ans, elle me pardonna: et comme j'avais vingt ans, que j'étais ingénu, toujours trompé mais plus quitté, je me croyais l'amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes" **.







*J'écris plagiat, mais ce n'est pas tout à fait exact, plutôt un écho, une écholalie, un parallèle troublant avec Valéry Larbaud. Des parallèles, Fermina Marquez, Jaune Blanc Bleu et sa glose sur les prénoms espagnols (en cherchant un peu du côté de Christine Raguet-Bouvart, le doute n'est presque plus permis): "Lolita est une petite fille ; Lola est en âge de se marier, Dolores a trente ans [...]. Un jour, inspiré par l'amour, je murmurerai : Lola. Et le soir de mes noces, j'aurai Lolita dans mes bras. [...] Pour tout le monde : dona Dolores ; pour moi seul : Lolita. Et cela même ne suffit plus. On adopte un mot tendre, un mot enfantin : Nena, Nenita."


** Et pour intéresser un peu ce billet-doute, un lot (joli, petit) pour celui qui pourra citer un pléonasme hugolien et le roman dont il est ici question.







12.18.2008

Contrariété et autres cheesecakes

(Petit extrait choisi)

Document 4 : Un pamphlet antisémite de Céline réédité à 5010 exemplaires

« Pour lui au moins, les choses sont simples: «Céline est sans conteste l'un des auteurs les plus importants du 20ème siècle, cependant un tiers de son œuvre est mise sous le boisseau». C'est ce qu'a répondu hier à BibliObs Philippe Régniez, responsable des Editions de la Reconquête, qui publie ces jours-ci «les Beaux draps», le dernier des trois pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline, soixante-sept ans après sa parution aux Nouvelles Editions françaises. Philippe Régniez ne manque toutefois pas d'arguments pour justifier la réédition du texte. Motif n°1: «il est impossible chez cet auteur de séparer les pamphlets de son œuvre littéraire, cela peut en chagriner certains, mais c'est comme ça». Le motif n° 2 invite à plus de perplexité encore: «Le caractère antisémite des textes de Céline est souvent mis en avant pour diaboliser cet auteur, cependant la question est beaucoup plus complexe comme le remarqua fort justement Robert Brasillach dans l'essai (loin d'être favorable à Céline) joint en fin d'ouvrage». En guise de paratonnerre, cette édition des «Beaux draps» tirée à 5010 exemplaires est en effet suivie d'une étude du plus célèbre des journalistes collaborationnistes (qui fut fusillé en 1945)… Parce que le statut juridique exact d'un tel texte reste en suspens, Philippe Régniez n'ignore pas, en tout cas, qu'il joue avec le feu: «le statut des pamphlets de Céline n'est pas clair. Quant à savoir s'ils sont ''interdits" ou non, nous le saurons bientôt». Polémique en vue. »

Camille Tennesson, Le Nouvel Observateur, octobre 2008

Question : Peut-on actuellement, selon vous, publier ce genre d’ouvrages ?

« Un pamphlet antisémite de Céline réédité à 5010 exemplaires est une parution aux nouvelles éditions françaises. Es-qu’ils est possible aujourd’hui, dans notre société de publier cet ouvrage? Cette auteur, Céline, est l’une des plus reconnue de ce XXè siècle, elle à écrit ce livre afin de montrer et d’attaquer les gens, afin de les faire reagir et d’informer son caractère antisémite et de faire rependir ces idées.Cependant, cela peut provoquer des attaques envers des gens contre elles, pouvant vraiment la destabilliser en l’attaquant verbalement comme elle, elle fait mais aussi physiquement ce qui peut être très grave et très dangereux.Enfin, ce genre d’ouvrage est bien pour informer son avis mais cependant donne de gros risques de violence envers l’auteur. Comment ce genre d’ouvrage peut il être publier sans aggraver la société encore plus même si c’est que dans plusieurs années ? »





(Ai-je déjà dit que j'aimais beaucoup Betty Page?)


Cheesecake et autres contrariétés

La mort de Betty Page signe-t'elle celle de la noix de gigot à la ficelle?
(amis des allitérations ratées, j'étais très triste à la vérité)








(Ai-je déjà dit que je détestais mon travail?)

12.02.2008

La marée haute

"Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière pensée que dans les louanges adressés aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail, on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin, et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi, une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême."

F. Nietzsche, Aurore

11.16.2008

Rejoins la guerre sainte

Example
#JH Engstrom pour Nofound

Diverses sources convergent pour confirmer que la position du contrepoint, ancêtre du missionnaire, fut remise au goût du jour par un certain Jean Sébastien Ruisseau. Monsieur Ruisseau l'aurait longuement expérimentée sur sa première femme avant de se lasser et d'organiser sa fugue avec sa maîtresse, Anne Madeleine.

Conclusion: Les Madeleine sont toutes des Marie-couche-toi-là qui ne perdent pas de temps.

11.13.2008

A court

Jeune fille bien sous tous rapports cherche thaumaturge discret et efficace. Bonne rémunération.

10.17.2008

le fond de l'ère (m') effraie

"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.
Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !
Tant'è amara che poco è più morte ; "

Dante Alighieri, La Divina Commedia, Inferno (canto I)

9.14.2008

dovrò dunque morire

c'est en descendant l'escalier de pierre, tout à l'heure, alors que l'odeur humide et froide de la cave enveloppait mes cheveux et que mon cœur retrouvait ce rythme des années d'enfance oubliées _ j'ai toujours eu je crois cette peur irrationnelle lorsque le loquet se soulevait avec cette plainte caractéristique du bois gonflé, que ses habitants ne soient si hostiles qu'ils ne me laisseraient jamais sortir vivante _ que j'ai pensé à toi.
ou peut-être était-ce bien plus tôt, des semaines, des mois, bien plus tôt, dans la cruelle apathie du dimanche après-midi et la chambre en désordre, en ouvrant ce livre dans lequel il avait caché une bague _ une 'alliance', mais m'allier, ou simplement me lier, me paraît encore aujourd'hui si incongru, à moi le courant d'air, que je ne peux me résoudre à admettre que c'en est bien une qui ceint mon annulaire.

tu semblais toujours si détaché des contingences qui nous tiraient dans le monde des vivants que tu en devenais radieux et longtemps, longtemps j'ai cru que je pourrais t'aimer, mais comment t'expliquer, alors, que je ne pouvais me résoudre à ta tendresse terne et tes mots d'amour chuchotés à l'oreiller, à ton idéal d'un sexe épuré inodore et inaudible? je désirais si ardemment que tu m'empoignes, me malmènes, attrapes mes cheveux, défies la bienséance . je voulais de l'obscène et tu étais si terriblement doux. mais il était évidemment insupportable d'utiliser cette arme indétrônable et redoutable, cette dague vulgaire qu'on plonge dans l'être en face qui pour une raison ou une autre vis-à-vis de nous est vulnérable ; et pourtant, combien de fois ai-je voulu t’attaquer, combien de fois ai-je hésité à te poignarder de culpabilité ?

en remontant sauve du dessous de la terre j’ai pensé que tu aurais probablement ri de me savoir enfin amoureuse, attachée par un discret anneau d’or blanc à un fantôme fugace dont je partage le monde par intermittence, et j’aurais ri également de cette ironie qui m’enchaîne à l’idée d’aimer à distance mais rarement au plus près, d’aimer ne pas pouvoir vivre ensemble _ qui irait vivre sciemment au luxembourg ? pour excuser l’impudence de ne pas le vouloir, le son de la lourde porte de bois qui se referme sur lui le dimanche soir, l’indiscipline de ses cheveux et son odeur de biscuit, sa capacité à baiser sans pudeur aucune la femme qu’il aime. lui, ce même-autre raisonnablement fou de toujours me trouver belle, moi qui ne suis rien du tout. et tout cela revient comme une traduction approximative et parfaitement inappropriée, vois-tu ? d’avoir l’esprit ailleurs aux abois, tourné vers l’inconnu, le disparu.


faut-il donc que je meure
avant de vous revoir
ô douce source de mon calvaire
ô mon trésor perdu,
que ne puis-je vous dire avant de mourir "je meurs !"
quel chagrin inouï !
de nous pouvoir vous dire "je meurs, ô ma vie"

8.29.2008

Les miettes et le vide

Il y a comme ça, parfois, des hommes qui t'éblouissent, et j'aime bien je crois, me sentir toute petite (petite, petite, comme ça), et avoir l'impression d'en sortir un peu (petit, petit, comme ça) grandie. Combler les gigantesques interstices.

6.20.2008

Tête de radio sur l'arc en ciel

15 juin 2008

La grandiose simplicité et everything in its right place.

Et depuis. C'est ce besoin désespéré d'air frais.
Qui te prend.
Les poumons et t'assaille et te laisse.
Pantelante.
Loin du.

12.12.2007

n.b

ce sont ces moments-là qui te font t'apercevoir que tu n'as plus -réellement- le temps de te préoccuper de ta vie privée mais.
dans bientôt dix jours bientôt tu.


(dors)
(putain)
(tu dors des heures et des heures et des heures)

11.09.2007

-

11.06.2007

wake from your sleep

je suis fatiguée et quand je suis fatiguée rien, je crois avoir un jour, loin derrière, par là-bas quand, enfin avoir déjà commencé ainsi par le passé, il faudra que je parle de ce terme précisément un jour plus proche, parce que sans cesse j'apprends le passé, et ce n'est pas clair évidemment, ce n'est jamais clair parce que je suis fatiguée et quand je suis fatiguée rien, et. je voulais écrire sur la philosophie et sur les petits grains de poussière, et la réflexion, et sa polysémie, parce que c'est un joli mot, réflexion, je voulais écrire sur la langue et ses méandres, sur le flot et le flow, et l'eau qui coulait sur mes cheveux et inondait mon esprit tout à l'heure, mais. well well well. je suis fatiguée et quand je suis fatiguée rien, tu sais, juste in rainbows et la peau douce et les nuages lourds malgré la nuit épaisse, juste rien, des pensées , des camélias ou, je ne sais pas, tous ces trucs qui n'intéressent que moi et qui n'ont aucun sens, et puis la peur irraisonnée de survoler sa vie de si haut qu'on ne la voit presque plus, qu'on n'y est qu'un petit grain de poussière, tu sais, tu vois, tout est confus mais tout est là, et c'est tout à l'heure tu sais, en cherchant dans ma mémoire, ça aussi c'est une drôle de chose, j'ai tellement travaillé sur la mémoire, tellement écrit que je ne sais plus vraiment comment toucher la mienne, je suis un buvard, j'absorbe jusqu'à la lie, je garde des traces mais c'est si difficile de, bref, c'était tout à l'heure neruda, cien sonetos de amor, tu sais, en me souvenant de quelques vers, parce que j'ai oublié presque tous les autres, j'ai pensé à cette faiblesse si singulière, cette manière d'aimer aimer qui nous préserve des fins du monde, j'ai pensé à l'esthétique du chaos je ne sais pas pourquoi, j'ai pensé à une nuit vaporeuse bercée du bleu de l'écran et des mots inconnus, et j'ai laissé tous les sanglots sortir, parce que j'étais toute seule et si fatiguée.


10.09.2007

quartiers divers

tu vois l'ennui, c'est que les journées n'ont pas soixante-douze heures, et que le sommeil, well, est quelque chose comme un lointain souvenir, de cette époque bénie où je ne faisais rien que je ne voulais pas faire et des pâtes à tous les repas, tu vois l'ennui c'est que j'aime bien tout ça, être dans l'action disait la petite souris, parce que j'oublie d'être égocentrique et de me plaindre de petits maux d'occidentaux avec de petits mots d'enfant gâté, et quand je souffle, là je souffle, je m'asseois devant l'ordinateur et dan the automator automatise mes oreilles et je sens les kilos de fatigue dans les poches violettes sous mes yeux ça va madame, vous êtes malade? et le pas de course pour attraper les métro, et le coup de vieux fatalement, le coup de vieux qui va avec le madame à chaque cours et j'aurais envie de glisser je ne suis pas une madame, il y a dix ans j'étais assise à cette même place de l'autre côté du tableau et j'apprenais toutes ces règles incompréhensibles alors ne m'appelle pas madame, et ne m'appelle pas mademoiselle, et ne m'appelle pas du tout, et fais ton exercice, tu veux avoir ton bac ou quoi? mais je ne dis rien et je pense putain, le temps passe à une allure folle. et c'est vrai n'est-ce pas? d'ailleurs, c'est déjà l'hiver. presque.

8.30.2007

l'éternel retour




j'ai toujours préféré les incurables optimistes, les ceux qui en toute circonstance, les ceux au verre à moitié plein, les ceux qui en rient, les ceux qui disent que si tout va mal tout ne pourra qu'aller mieux, les ceux qui toujours, les ceux qui ne se regardent pas trop le nombril parce qu'il existe des choses tellement plus vastes qu'eux, les ceux qui disent aussi que la mélancolie est jolie mais l'apitoiement parasite, les ceux qui en toute saison, les ceux qui s'aident eux-mêmes pour mieux aider les autres, les ceux au sourire tenant bon, tu sais.
mais toi, toi. toi tu es terne et bien trop égocentrique pour t'apercevoir que tu es dans l'erreur. ce serait presque triste, si ce n'était pas méprisable. peu importe. tu n'existes pas.

après des mois d'errance, je retrouve mes repères.
re-perds-toi dans la brume, madame.

7.19.2007

yes papa

je suis perdue sur internet
-
vous êtes ici -
- ou là -
tout ce temps et je ne vois rien, ni les dizaines de mails en retard ni les invitations ni les retours ni les départs ni même les souvenirs quand ils te reviennent comme ça à cause de la pluie qui tambourine sur les volets, ni les bilans ni le papillon dans la lampe quand le soir tombe sur le fleuve ni la fleur fanée dans le vase de l'étagère blanche ni les ambitions démolies par les aléas du quotidien ni la couleur du vin ni même celle du ciel, je n'entends pas le train qui passe sur les rails à perte de vue ni les voitures qui se suivent et se ressemblent dans la ville moite, j'attends juste, c'est ce que je fais de mieux, j'attends de voir et d'entendre, sans même écouter, parce qu'après tout il y a les échos qui te ricochent contre les parois dedans,
a strange feeling of déjà-vu, déjà-vous, mais il y a les boîtes, les tiroirs et les poupées gigognes d'un coin de cerveau et finalement je préfère les enchevêtrements et la paresse des journées trop chaudes, et c'est serein parfois, quand tu deviens une sphère hermétique et imperméable. et puis je pars.
- à bruges, mon p'tit poussin -

3.11.2007

see you later alligator

it's been a while you know et parfois comme ça les choses nous échappent, il y a des choses qui s'ancrent en moi et que rien ne déloge. le retour des miroirs qui renvoient l'image d'un autre aux contours flous et les pétrifiantes coïncidences, la beauté convulsive et les rues de paris, et c'est marrant comme quelques fois les mots manquent de fluidité, j'aurais pu dire tu m'as manqué j'aurais pu dire la vie a suivi son cours sans toi j'aurais pu dire je ne t'en veux pas j'aurais pu dire j'ai encore cette colère dans le ventre j'aurais pu dire j'aime l'idée que tu reviennes doucement dans ma vie j'aurais pu dire je ne veux plus jamais te voir j'aurais pu dire je ne sais pas quoi faire de toutes ces pensées de moi à toi j'aurais pu dire je ne pense jamais à toi jamais j'aurais pu dire je me suis assise sur ce banc place des vosges tu sais j'aurais pu dire j'ai marché dans des rues en tenant des mains qui n'étaient pas la tienne j'aurais pu dire je me souviens de ton odeur sur l'oreiller j'aurais pu dire j'ai oublié jusqu'à ton nom j'aurais pu dire j'ai cherché ta silhouette au milieu de la foule en entendant une chanson j'aurais pu dire je ne voulais pas que tu sois là, j'aurais pu dire what am i darling? parce que tu aurais compris, nécessairement, tu aurais compris mais je ne sais pas si ça aurait été vrai, je ne sais finalement jamais ce qui est vrai, ni si ça l'est, si ce sont encore ces histoires de coquilles vides de volcan et de membre fantôme, ces histoires de trois fois rien, le garçon de l'eau et la fille de la neige qui jouent à se refléter.


et peut-être que tu te trompes peut-être que tu ne cherches en moi que ce que tu veux voir de toi tu sais peut-être que je t'éloigne de cette conscience pure de ce qui est dont tu parles peut-être que tu te trompes vraiment et que nous ne sommes juste pas faits pour ça, pour l'un et l'autre, pour l'un est l'autre et toutes ces conneries, peut-être que c'était plus simple quand nous faisions semblant de nous être oubliés peut-être que ce n'était pas juste ce coup de règle sur tes doigts tu sais peut-être que tu es finalement comme tout le monde et que les choses te manquent quand elles t'échappent peut-être que ces choses qui s'ancrent en toi et que rien ne déloge sont juste un peu plus de poudre dans nos yeux, mais après tout je ne sais pas, je ne sais vraiment pas, après tout peut-être est-ce vrai, peut-être la prochaine fois tu demanderas comment je vais vraiment, au lieu de demander pardon.


2.23.2007

c'est le printemps

je tombe amoureuse de tous les sourires que je croise, et un peu de s. d'infimes instants oubliés presque aussitôt. je dénude un peu mes jambes, je lézarde à la pêcherie, je m'allonge devant la saône.
il y a toutes ces minutes de l'aube, quand tout semble encore possible, où je est une autre, ou pas, où le soleil filtre derrière le rideau blanc, où le silence se perd dans la fin de la nuit.
mais je regarde lynch et inland empire, je lis joyce et ulysse, et j'écoute giordano et andrea chenier.
alors peut-être n'est-ce pas encore vraiment le printemps.

2.10.2007

qui est-ce

ma mère était une baba sur le retour passionnée d'opera. dans la maison y'avait sweet smoke et maria callas, gong et giuseppe verdi, nusrat fateh ali khan et wolfgang amadeus mozart. quand je pense à ma mère ça me fait l'effet d'un peu d'encens à la scala de milan. elle dit quand je pense que dans moins d'un mois t'auras vingt-six ans.
ouais.
t'es quoi aujourd'hui? t'es qui aujourd'hui? qui tu deviens. de qui tu viens. qu'est-ce que tu deviens, après tout ce temps. je deviens rien, je deviens quelqu'un, peut-être, dans les bons jours, ouais.

quelqu'un.
une de ces pétasses bien à la mode, fashionista aux seins arrogants drapés dans des tops trop petits et trop transparents, qui à force de bouffer de la star ac' s'est convaincue que l'important c'est vraiment de porter carpe diem en étendard et de montrer ses jolies dents qui croquent la vie, en souriant aux connards qui puent la testostérone mal dégrossie, attablés devant un whisky au bar de la boite.
je m'appelle vanessa et je suis coiffeuse.
en quoi était-ce si difficile de révéler la vérité?

quelqu'un.
une de ces presque trentenaires dépressives, un peu bobo un peu ado, qui achète des chaussures pour compenser son manque de mec, lit cosmo dans le métro et oublie que ses seins vont commencer à tomber en gobant un xanax devant clara sheller, en jurant à son meilleur ami presque trentenaire dépressif qu'à trente-cinq ans elle lui fera un enfant si elle est toujours célibataire.
je m'appelle charlotte et je suis publicitaire.
en quoi était-ce si difficile de révéler la vérité?

quelqu'un.
une de ces étudiantes narcissiques, qui expose des photos de son cul sur son blog pour éviter de trop se souvenir que ses engagements ressemblent à du flan et espère secrètement être admise comme suicide girl, en expliquant à sa cour d'admirateurs éperdument amoureux et d'admiratrices légèrement jalouses qu'il faut imaginer à quel point le monde est cruel envers les subversifs comme paris hilton.
je m'appelle élodie et je suis graphiste.
en quoi était-ce si difficile de révéler la vérité?


quelqu'un, ou quelqu'un d'autre. une quelconque quelqu'une, quoi.

(et ta thèse?
elle n'avance pas, merci)

1.29.2007

mais est-ce qu'on procède comme des quadrupèdes, j'veux dire comme des chiens?

retard indéterminé clignote sur le tableau, alors je m'asseois sur mon sac, et j'attends indéterminemment, avec la vague impression que janvier se résume à des courants d'air indéterminés dans des gares indéterminées.
le garçon m'offre une cigarette, alors je lui offre un sirop de fraise. sept heures plus tard, il caresse ma joue doucement avant de disparaître sur le quai nancéen, et je trouve ça à la fois attendrissant et sensuel, ces deux doigts inconnus sur mon visage, l'espace d'un instant je me plais à imaginer qu'il les laisse glisser vers mes seins, mais ça ne se passe jamais comme ça, la vie est globalement plutôt chiante.
quand la pluie à metz se transforme en minuscules aiguilles qui transpercent ma peau, je me maudis silencieusement d'avoir délaissé angoulême pour s. l'amoureux transi de froid sur le quai. j'oublierai ça quelques jours plus tard quand il trouvera mon point g sur son canapé et le journal d'un remplaçant à la librairie. ça tient à si peu de choses, finalement, non?

1.18.2007

myrna minkoff suce des beats en enfer

c'était rue de martyrs, ne croyant pas si bien dire, etc etc. mais en fait pas, c'était une rue de luxembourg ville, dans luxembourg pays, une espèce de non-lieu par manque de preuves vivantes, tu sais, quand le ciel est une chappe de plomb, que chacune de tes épaules pèse dix tonnes, au moins.

entourée de semblants de putes de l'est perchées sur des aiguilles à tricoter le pavé, je prends l'eau dans mes converse, un mec me dit on peut pas fumer dans la salle avant même que j'aie tenté de le faire, avant même que j'aie esquissé le moindre geste laissant présager qu'éventuellement, pourquoi pas, presque fortuitement tu vois, je m'apprêtais à noircir un peu plus mes poumons, et je me demande si c'est écrit sur mon visage, si nous les parias, les banis de la nouvelle coolitude des gens sains et respectueux de l'écologie, avons une aura détestable, ou juste un nuage de gaz carbonique qui nous colle au cuir chevelu. tu crèveras probablement d'un cancer de la prostate à 52 ans, et la gigantesque fumisterie du [pacte écologique] entretient le temps de cerveau humain disponible. j'irai dehors sous la pluie qui lave les cailloux que je pousse du bout du pied, je fais des phrases trop longues et je pense vaguement à finir mes jours en fumant des joints tout en haut d'une montagne au laos, une petite évasion en règle.

une fille s'accroche à tido berman, un mec s'accroche à la fille qui s'accroche à tido berman, fuck me i'm famous darling, les gens sont tellement prévisibles. elle aurait pu écrire son numéro dans sa main, ils se seraient revus dans un café, elle lui jetant des oeillades timides en se demandant si elle n'en avait pas trop fait, avec ce décolleté, lui reluquant discrètement la naissance de ses seins en serrant ses cuisses autour de son érection, ils auraient pu parler de nietzsche ou de la star academy, bien plus tard quand le désir aurait laissé la place à l'agacement de vivre à deux pour ne pas mourir seul, ils auraient pu raconter, au milieu de leur salon aussi délicieusement surrané que le col claudine de madame longet comment ils s'étaient rencontrés à un concert de ttc. ahah. faut vendre des disques pour baiser, mec, ou se faire à l'idée que les filles sont presque autant des sales connes que les garçons. aucun sexe n'est beau, sauf peut-être après quelques bières. la vie est juste comme ça, tu sais.

en roulant trop vite sur ce chemin que je ne connais pas, il met sa main sur ma jambe, je n'ose pas lui avouer, je n'ose pas lui avouer je suis trop lâche pour te quitter, je n'ose pas lui avouer je ne veux pas de ces compromis, de ces compromissions, de cette aliénation, je n'ose pas lui avouer je méprise ton manque d'ambition et ta satisfaction d'une vie morne dans des frontières que tu t'infliges, se lever chaque matin pour ne rien faire et ne rien voir de plus que l'asphalte des rues du nord, cette intonation que tu prends parfois quand tu te penses drôle alors que tu ne l'es pas, ta langue trop molle quand tu m'embrasses, je n'ose pas lui avouer je ne suis pas faite pour toi, je ne suis faite pour personne, parce qu'il y a cette envie d'avoir envie, et la solitude parfois quand l'insomnie rend tes draps oppressants, je n'ose pas lui avouer que je suis une démissionnaire du sentiment. alors je dis c'était pas mal ce concert, avec le ton blasé de celle qui en a vu d'autres.

tu savais que j. kennedy toole s'était suicidé à trente deux ans après avoir tenté pendant des années de faire publier son livre? vingt ans après, en 1981, il reçoit le prix pulitzer. la vie n'est-elle pas d'une ironie admirable?

1.16.2007

le train

mon esprit fait une brume cotonneuse des plaines gelées de l'hiver capricieux, ah ma bonne dame c'est l'effet de serre, out of seasons. à l'éveil, le trouble des images nauséeuses du sommeil s'évapore, il va pleuvoir et je n'ai pas la moindre idée de ce que je peux vouloir dire, assise là les bras ballants, c'est difficile de savoir ce que l'on veut dire quand on rallie des fantômes à sa causerie, c'est difficile de savoir ce que l'on peut vouloir dire quand on a charge d'âmes aussi. c'est amusant cet attachement qu'on ne voit pas venir, on se croit seul au monde et sortie de nulle part il y a cette agitation des sentiments, on cesse sans s'en rendre vraiment compte d'être un handicapé des autres, les autres sont là, alors on y fait attention, on s'assure qu'ils n'ont pas froid ou qu'ils ont passé une bonne journée, on remonte la couverture jusque sous le menton des turpitudes de l'existence, et on cherche les bons mots. c'est peut-être vrai finalement, avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment.

le roulement régulier des rails se tait, le haut-parleur grésille, j'entends sac inconnu, j'entends évacuation, j'entends raisons de sécurité, et une dizaine d'inconnus tournent la tête en tout sens, pour chercher l'apaisement dans le regard des autres voyageurs, mais tous les miroirs renvoient la même question, faut-il avoir peur maintenant sur le siège 14 de la voiture 08 dans la gare de dijon? et je ne peux que sourire, que peut-on faire d'autre? penser à toutes ces choses qu'on n'a pas faites, à l'urgence du bonheur qu'on nous vend au rabais pendant les soldes, penser à toutes les révolutions dans son ventre, celles qu'on oublie avec le temps qui passe, regretter, pardonner, absoudre, effacer l'ardoise des aigreurs de stigmates des amitiés perdues, s'apercevoir qu'on aime tout ça, la vie et le reste. on ne peut que rire tout bas de la recherche des pensées convenues qu'on est censé avoir à l'imminence d'une fin. mais on est un con, tout le monde le sait, et je n'ai pas peur de mourir. peu m'importe de mourir si le ciel est beau. ahah. mauvais lyrisme d'une mauvaise journée.

j'adore les correspondances. celles de flaubert et celles des gares dans lesquelles on attend en regardant les gens s'étreindre d'au-revoir. quand lyon est apparue, lugdunum claire obscure à chaque fenêtre, j'ai glissé le papier dans la tablette du siège, devant. lettre à qui voudra. pas de destinataire, parce qu'il n'y avait pas vraiment d'expéditeur, juste un voyage comme ça, quand on rentre chez soi. que la vie est lente, que l'espérance est violente. peut-être ne reconnaîtra-t-il, peut-être elle, pas apollinaire. y a-t-il encore des gens qui lisent apollinaire? y a-t-il encore des gens qui lisent les feuillets d'une lettre anonyme oubliée dans un train anonyme? je ne sais pas.

1.09.2007

l'arbre et le chat noir


le chat noir n'est pas revenu, je siffle en passant dans les jardins et les gens tournent la tête, mais le chat noir ne revient pas. c'est un peu comme la fin d'une époque. les choses me traversent sans me voir, et la peine se diffuse sans jamais faire de bruit, les larmes et les actes manqués disparaissent par la bonde de la baignoire, et la cigarette se consume et entoure l'autour d'un brouillard apaisant, je me suis toujours demandé si le monde était plus doux à travers des yeux flous, la vie serait-elle moins agressive si j'étais myope?

je prends ma ligne, de l'humain plein les narines, et l'envie de croquer tous ces gens qui lisent ces publicités qu'ils connaissent par coeur, là, en haut, mais il y a presque quelques siècles que je n'ai pas tenu un crayon, il y a cette impression d'avoir oublié et l'appréhension du carbone incertain. alors je ne sais pas, j'attends toujours ce qui ne vient pas. il se lève et me dit je suis quelqu'un de bien vous savez madame, alors je souris, parce que je ne suis pas une dame et que toujours on me parle, je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que je regarde les gens, peut-être parce que je ne les vois pas vraiment, je ne sais pas, il s'asseoit et son haleine sent le vin le tabac et la rue, et ça m'enveloppe d'une indicible tristesse, il dit il fait moins froid, il dit j'ai peur qu'il se mette à geler, et je lui donne mon écharpe, l'écharpe de mes dix huit ans que c. avait tricotée, je n'ai pas d'argent, je n'ai jamais d'argent.

en rentrant il y a l'homme allongé par terre, je demande
monsieur, monsieur? et j'appelle les pompiers, de vagues souvenirs, vérifier qu'il respire, le mettre sur le côté et, je ne sais plus, je lui parle sans trop savoir quoi dire, j'aurais envie de lui parler du chat noir, lui dire ma peine de la disparition du chat noir, de l'homme de la ligne d que peut-être il connaît, de c. qui tricotait des écharpes pour moi dans une autre vie, du carnet à croquis oublié dans l'herbe, de l'eau dans la rigole à côté de l'opéra, d'un voyage dans la cariole d'un paysan, d'un homme assis tout seul sous un arbre place des vosges, du feu dans les joues au premier baiser, de l'incertitude d'être soi, de l'oiseau à ressort et de la libellule de mes huit ans à moi, mais je dis juste ça va aller en tenant sa main sale d'avoir été oubliée des vivants, parce que je suppose que c'est ce qu'on dit dans ces cas-là, parce que je sais que ça ne va pas vraiment aller, que demain, le jour d'après et le suivant sa vie n'aura pas changé, mais parce que c'est juste ce qu'on dit dans ces cas-là, je crois.


à l'homme aux calembours je raconte les autres hommes, larme à l'oeil et au poing, la colère quand le monde change de trottoir et l'impuissance face à la solitude, et peut-être aussi l'égoïsme que j'enterre sous une bonne conscience à forme d'écharpe, il écoute sans rien dire.
il y a des jours, comme ça, où je voudrais me mettre entre parenthèses.

12.07.2006

la case 07 et le chocolat

je m'apprêtais à passer noël ici, avec sardine, un bouquin et du vin blanc. j'aimais bien cette idée là, cette tranquillité qui balayerait tous les réveillons précédents, toutes ces années passées à régler des comptes tenus méticuleusement, toutes ces années à manger de la rancune en même temps que du foie gras. je n'ai jamais aimé le foie gras. devant son insistance et la détresse dans sa voix, j'ai cédé, et j'ai perçu son soulagement. celui de ma mère, l'insauvable naïveté tenace, celui qui vous aide à croire des années durant que le père noël apportera un souffle chaud sur les braises mourrantes d'un semblant de relation. depuis, je ne sais pas vraiment quoi faire, ni ce que je vais dire en le voyant. je me demande comment noël se prépare dans les autres familles. si les gens sont impatients de se retrouver. si les mères dressent un sapin lumineux, si elles anticipent le menu, si tout le monde cherche le cadeau idéal, celui qui fera réellement plaisir à ceux qu'on aime. si les gens qui s'aiment s'aiment encore plus, si ceux qui ne s'aiment pas font semblant. je ne sais pas, je ne sais rien du tout, et mon angoisse monte au fur et à mesure que les jours passent. c'est con, parce que je n'ai jamais vraiment aimé non plus les calendriers de l'avent.

11.27.2006

lettres et le néant

j'ai rangé les livres un par un dans l'étagère escalier trop étroite pour toutes ces lettres. déposé la tenture sur le canapé, accroché des rideaux, suspendu le lustre en papier froissé. nous enterrons les conflits latents dans notre nouvelle pièce, la hache de guerre cachée avec les moutons, sous le bureau, en attendant que le loup de l'agacement ne ressurgisse à pas de. peut-être a-t-elle senti mon mépris, cette espèce de viscosité indéfinissable, mon incapacité à comprendre ce que parfois j'exècre, ce qu'elle est ou ce que je pourrais potentiellement être. j'aimerais que ma vie soit aussi facile à mettre en ordre que le salon.
je joue un peu de musique au milieu de l'effervescence, mon esprit de noël a éclaté en minuscules flocons de neige carbonique il y a déjà des années, je contemple d'un air las ce fatras d'humeurs humaines et ce va et vient d'indécisions croisées, bonjour je peux vous renseigner, j'hésite, le rouge ou le noir, dora ou barbie, numérique ou argentique. j'ai vendu un faux piano et une guitare. mes talents de démonstratrice dans l'univers de la pointeuse, des horaires et des t-shirts rouges. utopie d'occaz' et paiement différé, endettement et rêves ostensibles de richesse aussi plastifiée que les emballages. ici tout est à vendre, même mon âme.
il a une patience d'ange devant mes silences, reste stoïque face à mes absences. je ne décroche pas le téléphone, ne réponds pas à ses messages. il attend et mes efforts s'amenuisent, je ne sais pas bien pourquoi. quitter pas quitter. qui t'es pas qui t'es. je voudrais qu'il crie, qu'il dise tu m'emmerdes, qu'il crache tu m'emmerdes avec tes états d'anamour, avec ton dépit, avec ta passivité, avec ton rien qui t'enveloppe de désenvie, qu'il me déteste au moins autant qu'il m'aime, pour que je puisse l'aimer autant que je le déteste, par moment.

11.19.2006

bulletproof i wish i was

encore un loseur, elle dit en me tirant par la manche à la sortie du 203. possible. mon t-shirt sent la cigarette, ma veste sent la cigarette, mes cheveux sentent la cigarette, je suis une cigarette, et je me consume des pieds jusqu'à la tête. le loseur tire dans l'autre sens. on rentre il me saoûle, je dis trop fort. elle rit et il n'ose pas me traîter de connasse.
plus tôt, un type avait crié mademoiselle, mademoiselle, mademoiselle, et son cri s'était perdu dans l'avenue de saxe parce que je n'étais pas d'humeur à abandonner mon âme sur le trottoir. peut-être que j'avais juste perdu quelque chose d'un peu plus matériel.
cette pièce perpétuelle dans laquelle je joue, cet éternel recommencement d'un jour sans fin ni finesse, les mêmes masques aux même répliques, pathétique mimétique, par centaines. mais je ne suis pas une enfant de la balle, et le gigantesque théâtre des illusions perdues m'épuise.

11.05.2006

je vois des gens qui sont morts

un putain de froid qui te glace les artères. mais t'as pas envie de rentrer. pas trop. globalement la crémaillère t'a emmerdée. filles trop maquillées. garçons trop maqués. t'oublies que toi aussi tu l'es. t'es censée. il paraît. manque de discernement, tu vas jamais vers les bons interlocuteurs, du coup t'en arrives à penser que tous les gens sont des cons. et peut-être que c'est vrai, après tout. tu flânes, t'écoutes à moitié, tu bois trop, comme toujours quand ça t'intéresse pas, comme toujours quand t'as envie d'être ailleurs. et tu fumes. tu parles de jimmy choo avec une nana glamourockissable sur le retour qui a adopté le jean slim. d'agnosticisme politique avec un dandy qui cache son ego hypertrophié derrière une désinvolture étudiée. tu fais celle qui s'intéresse, pour pas entendre encore une fois que t'es sauvage. tu fais celle qui a des choses à dire, des engagements, un avis, une vie bien pleine, et des jolies dents pour bien la croquer surtout. ah ah.

un putain de froid qui te fait cracher de la buée, en même temps que tes poumons. mais t'aimes bien. t'aimes bien avoir la rue pour toi quand tous les humanoïdes marchent trop vite, quand tous les yeux disparaissent entre les bonnets et les écharpes. alors tu marches, comme ça, au hasard, les mains dans les poches. jusqu'à ce que tu trouves des rues que tu connais pas. pour voir si le hasard fait bien les choses, pour voir si le destin a un sens quelconque au pied des immeubles tagués. tu regrettes de pas avoir ta boîte à images pour mettre les murs dedans. you looked better on myspace. tu regardes ton ombre dans le lampadaire de la rue terme. t'as failli habiter là. wow qu'est-ce que t'aimais cet appart. biscornu. t'emploies jamais biscornu, comme mot. mais là c'était biscornu, des petits recoins improbables, des angles indéfinissables. et des kilomètres de plafond. il aurait pu abriter quelques nuages qui adoucissent les moeurs, ce plafond. c'est con.

un putain de froid qui te prend à la gorge et qui te met un noeud coulant autour du cou. à moins que ce soient les pensées qui vagabondent, ça fait le même effet, corde raide sous les pieds et en guise de collier. tu vois ce mec, qui chante à l'arrêt de bus, tu reconnais les paroles, t'aimes bien, ça te met l'air dans la tête, she takes like a woman yes she does she makes love just like a woman yes she does and she aches just like a woman but she breaks just like a little girl. ouais, précisément. t'en souris tellement c'est ça. tu réfléchis à la dernière fois que t'as baisé avec un inconnu rencontré une heure plus tôt. ou même pas. tu te demandes si tu pourrais ramener bob dylan chez toi, ce soir t'as pas envie, toute seule, t'endormir glauque, t'endormir comme ça sur le ventre avec des relents de vin blanc et d'idées noires. tu te souviens des lendemains, du réveil à côté d'une bite molle et d'une haleine de déjà-vu. tu te souviens de s., là-bas, trop loin. pas envie non plus.

un putain de froid, le sang, la buée, la gorge, cinq heures et paris qui s'éveille.
la vague idée que toutes les adaptations de moravia à l'écran manquent de passion.

11.02.2006

l'important est de s'arracher qui est dans mon ventre la parole


je fulmine dans le secret des dieux, puis ça passe. tout passe, toujours. le silence des églises m'a toujours apaisée. dimanche je suis entrée, et le contraste entre les bancs de bois lasurés d'introspection et la rumeur du dehors confinait presque au sublime. j'ai repensé à la chapelle en bas du phare, à ses ex-votos dont certains sont si vieux qu'ils sont effacés, aux écritures presque enfantines des remerciements à la vierge, à tous les fétiches de paille qui permettent d'excuser la cruauté du monde, d'expliquer le soulagement par les miracles. lorsqu'un rayon de soleil a disséminé la lumière bleue du vitrail tout autour de moi, une onde de sérénité m'a parcouru l'échine. ce n'est pas qu'il fait froid, quand je sors, ce n'est pas qu'il fait gris, c'est juste inhabituel et à la fois tellement commun, nothing unusual something strange. devant la saône je m'arrête, l'eau frissonne autant que moi, le vent balaye le calme des eaux dormantes et effeuille les papillons qui se baladent dans mon ventre, je regarde les amoureux à côté. tout est presque simple, ce soir. il me manque, un peu. tout est presque simple, maintenant je suis danae et le sommeil, et j'ai envie de me taire. de deux mots, choisis le moindre, peut-être.

10.30.2006

ajustements

je retiens l'élan de désagréabilisme qui s'apprête à forcer la frontière de mes dents serrées par la colère. la vague impression de ne pas être chez moi commence réellement à me faire chier.

10.28.2006

il y a un homme sur le lit

dans. dans le lit. depuis huit heures, pour quatre jours, après trois semaines. je n'arrive pas vraiment à déterminer si tout est trop long. ou trop court. ni si mes atomes sont accrochés aux siens. ou mes hem- .

10.24.2006

mes fenêtres donnent sur la cour


et sur les poubelles alentours. je voudrais qu'on m'offre une fleur, dans un geste un peu désuet, pour que je la mette dans cette petite bouteille en celadon.
je relis en souriant mes cours d'histoire de l'art, avec la vague impression d'avoir cent ans et des kilomètres d'oubli à la place des papillons dans mon ventre. j'avais dix neuf ans et je m'asseyais au milieu de l'amphi 84, j'enroulais mon sheish autour de mon cou pour me bercer du parfum de l'ambre que je laissais dans mon sillon, f. me surnommait la fille au sent-bon, c'était une sorte de rituel, nous nous croisions sur le parvis, avec l'air faussement étonné de ceux qui se retrouvent par hasard sans que le hasard y soit aucunement mêlé, il disait tu sens bon, je répondais ah oui? puis nous reprenions notre route, et quand la lumière de la salle presque vide s'éteignait pour laisser place à celle des diapositives, je me tassais sur l'inconfortable fauteuil en bois. les diapo avaient ce son étrange et reposant, ce petit claquement qui m'emportait à mi-chemin entre la douceur de la pénombre et l'envie d'apprendre, je regardais les toiles défiler sur le mur blanc, et le froid descendre doucement le long de ma colonne vertébrale. aujourd'hui j'ai presque oublié l'école viennoise, la monomane de l'envie, rothko, le portrait d'une jeune fille américaine en l'état de nudité, et je me demande quelques fois quel nom me donnerait f. la fille qui boit du jus de tomate rue de l'arbre sec. la fille au cahier corné. je ne sais pas.
devant la porte cochère je m'abrite et j'attends la fin de l'ondée qui n'en finit pas de laver la rue, il secoue ses cheveux mouillés à côté et je souris, parce que j'aime bien les inconnus qui s'ébrouent en fronçant les sourcis, il demande quels thés vous avez achetés? l'atelier des petits papiers est toujours fermé trois jours par semaine, mais a. a l'air radieuse au vernissage des garçons, elle me dit t'as vu ma devanture? j'ai la plus jolie devanture de la rue! et elle rit, et je me souviens du temps où j'avais moi aussi des envies et des projets. tout le monde est là, dans la petite salle à la patine orange, je vois le sourire fier des deux adorables sales gamins qui contemplent leurs toiles au mur de l'arrosoir, et l'idée me traverse que peut-être tous nous laisserons une trace sur la terre, aussi infime soit-elle, sans même nous en apercevoir, avant qu'elle ne soit détruite ou encensée par d'autres qui à leur tour laisseront une trace, et je me demande quelle sera la mienne, je me demande dans quelle mesure l'accomplissement de soi passe par l'accomplissement d'un ensemble plus vaste qui contribue à faire de nous ce que l'on est ou ce que l'on devient, qu'ai-je fait jusqu'ici dont je sois sortie grandie?

assise dans le jardin du musée des beaux-arts, je fume une cigarette en regardant le ciel, j'aime ces moments de tranquillité volés à la ville, ceux où l'on cesse d'évoluer parmi les avalanches pour contempler le temps qui passe, une jeune coréenne s'asseoit et m'entretient de l'existence de dieu, elle parle avec exaltation, elle m'explique son enfance, en faisant de grands gestes, les questions qu'elle se posait alors, et comment la foi est venue à elle plutôt qu'elle à la foi, ses [j] sonnent comme des [z] et les mots sortent désordonnés. elle me donne un tract de l'eglise de dieu, et la colère se mêle à la déception, elle brouille la sympathie qu'elle suscitait en moi, en un seul geste elle gâche l'idéal épuré d'une rencontre anodine et désintéressée. en partant je jette le tract dans une poubelle en pensant à cette expo sur les déchets et la récupération que nous avions organisée sous le regard amusé de monsieur g. en première année, comment nous avions passé des jours armés de gants en caoutchouc rose, fouillant les bennes et la décharge à la recherche de tout ce qui nous semblerait indispensable lorsque nous le verrions. si j'avais trouvé ce tract de l'église de dieu, m'en serais-je servie? probablement pas.
"je l'ai mis de côté, dans un coin du jardin, et là j'ai vraiment compris une chose que je n'arrive pas bien à expliquer. Pourtant, quand on l'exprime avec des mots, c'est tout bête: le monde ne tourne pas uniquement autour de moi. Et la proportion de malheurs qui m'arrivent, je ne peux rien y changer. Ce n'est pas moi qui décide. C'est là que je me suis dit que le reste, il fallait en faire quelque chose d'éclatant..."
Banana Yoshimoto, Kitchen

10.21.2006

mon cerveau sur le mur ne lit pas bukowski




je m'entoure de minimalisme flou. fumer jusqu'au dernier brin de tabac, jusqu'à se brûler les doigts. j'envisage sérieusement de balancer mon verre sur la vulgarité de la quadragénaire péroxydée qui pose ses seins sur la table, à côté. le restaurant hype et bondé descend difficilement dans mon ventre noué et froid de la pluie qui tombe régulièrement contre la vitre mais j'aime ces murs rouges et cet air de boudoir d'indochine oublié. je fais tomber ma serviette pour ne pas soutenir son regard, je cache le vitriol de mon exaspération entre deux pieds de chaise, attendre une diversion qui ne vient pas, se relever avec un sourire de circonstances atténuées. j'entends agrégation, égocentrique, sushis (?), je pense que je n'aurais pas dû mettre des bas, je pense qu'en rentrant je prendrai un bain en continuant kitchen, je pense que la perception du temps est une drôle de chose, que possiblement je serai ailleurs dans des heures qui apparaissent des siècles. je sais très précisément quelles postures improbables il prend quand il dort, son intonation tombante empreinte de fausse coolitude pour cacher son malaise, sa névrose de l'eau stagnante dans la bouilloire électrique, la couleur de son gland quand il bande.
je ne suis pas faite pour aimer une même personne trop longtemps. got some ham on rye, sir.

10.20.2006

la pluie


je suis allée m'allonger en espérant ne plus sentir mon coeur battre dans ma gorge, j'ai appuyé sur ma carotide, suffisamment pour imaginer la marque bleue de mes doigts le lendemain, et l'idée m'a effleurée, serait-ce plus simple de ne pas relâcher la pression? j'ai fouillé fébrilement dans la boîte à tout, il n'y avait qu'un doliprane et mon agenda, je ne suis pas fashion, parmi tous ces trucs dont on ne sait pas quoi faire et qu'on met là en attendant de leur trouver une place, et ça n'a fait que décupler cette sensation de mort imminente, la vague impression que le sol me happe et me fait retourner poussière. ce matin quand je me suis éveillée le ciel avait cette lourdeur et l'air cette odeur de fin du monde, Lyon sous la pluie se drape de sérénité, certaines villes portent étrangement dans leur plus petite pierre, dans leur plus petit bout de ciel aperçu au-dessus des toits, la dignité d'une vieille dame au jupon de dentelle, j'aime le jardin des plantes quand l'eau ruisselle, j'aime le dôme de l'opéra presque surréaliste lorsqu'il touche les nuages, j'aime les gens qui courent s'abriter sur le plateau, l'écume dans le caniveau de la rue de l'arbre sec, les auréoles irrégulières à la surface du rhône, mes regrets et mes peurs sont lavés en même temps que l'asphalte.

la petite salle sent le tabac froid, c'est à la fois désagréable et rassurant. les visages cent fois croisés, les mêmes conversations pressées jusqu'à ce que la dernière goutte de mon attention se noie dans le marc de café, mais r. devient plus volubile, c'est presque étonnant et plutôt plaisant, lui qui ne parle presque pas, je souris en me rendant compte qu'une once de déception me parcourt lorsqu'il évoque son amoureuse, puis je me surprends à appeler s. "mon copain", en me mordant la lèvre, j'exècre ces filles qui commencent chaque phrase par "mon copain et moi", comme si elles souhaitaient se convaincre elles-mêmes d'être réellement aimées, comme si ce nous supposé pouvait rendre la suite plus légitime. en rentrant j. me tend un petit paquet, elle émerge de sa couette et je regrette instantanément l'agacement que j'ai ressenti en glissant la clé dans la serrure, elle dit "c'est juste parce que t'es pas sex en ce moment", un petit flacon de white musc et j'ai envie de pleurer, je me demande pourquoi je suis toujours si dure envers ceux que j'aime. ce soupir, au début d'hallelujah, ce tout petit soupir qu'on entend à peine, il résume tout, toute l'essence des sentiments y est concentrée, une demie-seconde qui confine au sublime, je regarde autour, il y a les amours jaunes le mépris moins que zéro, il y a maiakovski harrison, il y a un post-it de lui laissé en évidence à son dernier passage, la guitare posée sur le parquet mes converses trempées un ticket de métro une lettre et le tampon de l'école doctorale le cendrier une bouteille d'eau un pinceau à aquarelle un briquet jaune des timbres et petit chat qui ronronne sur la couverture, dehors il pleut toujours et demain sera un autre jour, je suppose.


10.19.2006

je n'invente rien

10.12.2006

take it easy baby

je me souviens d'avoir eu onze ans et d'avoir laissé une cassette des doors de ma mère tourner en boucle, dans ma chambre verte, en regardant les arbres du jardin, et avoir entrevu à cet instant précis que la vie était parfois une pute qui suce jusqu'à ta dernière once d'énergie. mais j'aime penser que ce n'est pas vrai, que c'est seulement depuis que les séïsmes quotidiens font trembler ma joie de vivre que je crois avoir ressenti ça. parce que je trouve triste d'imaginer qu'à onze ans j'aie pu avoir d'autres préoccupations existentielles que les mots écrits à l'encre violette dans mon cahier de texte par mes meilleures amies du monde entier. take it as it comes.

10.06.2006

just call me a whore

un avocat bien sous tout rapport veut payer mille euros pour me lécher les pieds, et moi je fais du caviar d'aubergines, je suis là dans ma cuisine, je regarde cette horrible nappe que je déteste, ça fait un an que je la déteste mais elle est toujours là, je regarde cette nappe couverte de citrons et de trous de cigarettes et je me dis que les goûts sont une drôle de chose, ça me dépasse, quelques fois . je suis là, il y a mon verre de vin un cendrier et la nuit qui tombe, sardine le chat entre et sort sans arrêt, il m'exaspère alors je lui file un petit coup de pieds juste pour lui dire que c'est pas le moment, stupide chat cyclothymique, mais il me regarde avec des yeux interrogatifs et je regrette instantanément, et je continue à faire ce caviar d'aubergines, de façon presque catatonique, comme si ça pouvait régler tous les emmerdements qui me tombent dessus ces derniers jours, comme si la clé de tout ça se trouvait dans le mixer, mais je n'ai même pas le plaisir de les écraser moi-même, ces aubergines, je veux dire je pourrais exulter comme ça, leur filer des coups de fourchette jusqu'à ce que j'en ai mal aux mains, comme dans les films quand l'héroïne en a vraiment plein le cul, qu'elle craque salement et qu'elle finit par sangloter avant que ça ne s'arrange, parce que dans les films de merde à gros budget parés de julia roberts tout finit toujours par s'arranger, et je suppose que c'est pour ça que j'ai toujours préféré le ciné indépendant et les films dont personne n'a jamais entendu parler, parce que ma vie est une putain de série Z alors qu'elle devrait ressembler à une superproduction hollywoodienne dans laquelle je baise avec richard gere. mais même pas, j'ai même pas ce plaisir là, je regarde juste le mixer et les larmes coulent comme ça, sans bruit, et tombent sur l'horrible nappe à citrons. et je comprends pas, je comprends pas ce que j'ai bien pu faire pour me payer un karma aussi à chier, je veux dire je suis plutôt une fille gentille, je rends service et j'essaye de préserver les gens même si dans l'ensemble le genre humain me fait gerber, alors je capte pas putain, qu'on m'explique pourquoi je suis toujours cette fille née sous une supernova, pourquoi la malchance me colle aux baskets comme un vieux chewing gum.
pour éviter de penser je m'allonge, je chasse plus facilement les idées noires avec un verre de vin et un orgasme, je suppose que c'est précisément ce qu'il me faut, pour oublier la banque le boulot la fac, quelques fois la vie, le fait de vivre en lui-même, me paraît insurmontable et mon coeur s'accélère, je pense à tous ces discours tissés de lieux communs, insupportables amas de bonnes pensées qui me dégoûtent, et je laisse distraitement mes doigts aller et venir, parce que les caresses procurent cette infime sensation de sérénité, ce truc d'une seconde qui prouve malgré tout que l'état de grâce peut être atteint, et que finalement rien d'autre n'a vraiment d'importance. je l'appelle pour lui dire que j'ai envie de lui, je dis j'ai envie de ta queue et ça nous fait rire, parce que je ne sais pas dire ça, et lui non plus, mais son corps me manque à cet instant précis où ma main s'active entre mes cuisses. j'ai toujours pensé qu'on était devenu trop civilisé à force d'artifices, à force de vouloir être tellement plus que des animaux pensants, et tout est trop aseptisé, je repense à lui, à sa façon d'empoigner mes seins, à mi-chemin entre douleur et plaisir, à sa queue toujours plus loin et à nos corps endoloris à force de baiser, on baise de façon compulsive, comme toujours, et je me demande ce que je compense, je me demande si j'arriverai à nouveau à être amoureuse d'un de ceux qui me font jouir, ou juste de ce lui du moment qui m'agace déjà quand il reste plus de trois jours à la maison et que cette espèce de routine du sentiment s'installe, je ne sais pas ce que je veux, il est trop loin mais s'il était trop près je me lasserais, j'aime lui apprendre des choses mais je voudrais qu'il sache déjà tout, j'aime qu'il soit attentionné mais je voudrais qu'il me prenne sans me demander la permission et je ne sais pas, évidemment, je ne sais jamais pourquoi je me désintéresse instantanément de ceux qui s'attachent à moi, pourquoi faire l'amour sans amour me paraît tellement plus facile et me rend moins vulnérable, pourquoi cette boulimie de plaisir m'étreint chaque jour quand je ne suis qu'amante et pas aimante, je ne sais pas. mais clairement, le sexe est un bon remède au manque d'envie de vivre.

9.15.2006

mother superior jumped the gun


à ce moment précis où l'homme se faisait la réflexion tellement idéaliste du bonheur en voiture de sport rouge aux chevaux rugissants pour compenser une virilité décrépie, à ce moment précis où la ménagère de plus ou moins cinquante ans assouvissait son désir immédiat de centrale vapeur lui permettant de suivre son feuilleton sans brûler les torchons à vaisselle, à ce moment précis où l'enfant ne pouvait se souvenir du plaisir simple de dégommer une pyramide de un coup avec un calot berlingot pour n'avoir jamais connu que sa playstation, à ce moment précis où l'adolescente laissait glisser son string autour de ses chevilles devant la demie-molle d'un juste pubère boutonneux pour se sentir plus femme que sa voisine de classe, à ce moment précis où pouvoir et argent se rendaient au bureau l'un et l'autre spéculant en son for intérieur sur la nécessité de porter son compagnon de fortune pour bras droit sur le gauche avant d'y passer l'arme, à ce moment précis, celui-là même où le temps s'arrête tellement le monde devient prévisible, j'ai réalisé qu'il était bien pire d'avoir dans la bouche cette salive métallique d'indifférence absolue, ce petit goût de désespoir tranquille, que celui de la révolte qu'on voudrait éructer sur les autres.

nous -je- tournons en rond, tout est un dû et l'on -je- s'emmerde, les mots, les mois se suivent et se ressemblent inlassablement, jusqu'aux prénoms que l'on côtoie pour l'habitude d'être là, pour croire qu'on est quelqu'un qui connaît quelqu'un quelque part, se faire mousser au moins autant que le dentifrice qu'on laisse sécher dans le lavabo après l'avoir craché tous les soirs de la semaine à la même heure. pour oublier que je -nous- n'emprunte pas les chemins de traverse je -nous- comble mon vide intérieur par le mépris de la bienséance, cunnilingus adultères et colères essentielles du superflu qui aident à ne pas vomir sur le reste de vacanciers bien dans leurs tongs, qu'ils troquent déjà contre un costume trois pièces bon marché. l'hiver s'annonce gris et septembre le mois de la baise triste, je voudrais refuser que ma vie ressemble très pour traits à un déni d'initiée. peut-on jamais être initié, peut-on jamais surnager dans cette merde?

8.29.2006

Ah les souvenirs de vacances

elle aurait pu porter une de ces robes blanches à pois turquoise, ou turquoise à pois blancs, des espadrilles à talons et un fichu brodé dans ses cheveux ternes. elle aurait pu aller en discothèque, fraîche, ingénue, et aurait pu sourire en sirotant un coca-cola au bar. elle aurait pu vamper n'importe quel type en donnant à ses seins une allure arrogante, en jetant une oeillade timide au loser à la chemise ouverte du milieu de la piste. à la place, elle se traîne comme un hollandais obèse enduit de crème solaire sur la plage de deauville et son léger sigmatisme interdental n'a rien d'attirant.

8.08.2006

En effet

je suppose qu'on a vu mieux. je suppose qu'une pyélonéphrite et un découvert de 600 euros, c'est pas génial pour commencer le mois d'août. probablement, j'aurais besoin d'antibiotiques et de plomb dans la cervelle. probablement ça irait mieux après.

7.07.2006

Would you say you are..?

en partant j'ai lacéré quelques toiles avec un cutter aussi rouillé que ma vie et j'ai tout laissé sur un coin de trottoir, à côté de la maison au chien rouge. je ne les regrette pas et je crois qu'il n'était pas vraiment rouge, juste un peu usé. être un chien m'emmerderait passablement. même un chien rouge. bien plus tôt j'avais vomi sur les chaussures vernies d'amélie b. presque par inadvertance. j'aurais aimé la regarder dans les yeux à cet instant précis. aujourd'hui une fille a vomi par la fenêtre, longtemps, des soubresauts réguliers. dans le métro l'homme chantait en tapant dans ses mains, et la jambe de la femme était coincée. je l'ai aidée, la porte s'est refermée sur mes doigts, elle n'a pas dit merci. veillez à ce que le jet d'urine n'atteigne pas la fenêtre de lecture, je joue de la guitare pour que les secondes s'écoulent plus vite dans le sablier de ma constante inconscience, il n'y a qu'un trait aussi rouge que le chien, mais ces nausées jouent de l'accordéon avec mon estomac et mes seins endoloris se gonflent d'incompréhension. déménager me terrifie et me rassure à la fois, je n'ai plus un sou et je me demande où sont passés mon esprit d'initiative et mon mépris de l'inertie. how satisfied are you with... je traduis des questionnaires en pensant que j'aurais dû fuir le jour où j'ai réellement demandé à ces gens s'ils étaient fiers d'acheter du papier toilette auchan. j'aimerais avoir le flou de francesca woodman et suivre la route de la suie derrière ernesto timor. aller voir bettina rheims, peut-être, pourquoi pas. le 05 juillet il a grêlé sur le gris de la grand rue, sans doute uniquement pour que je puisse allitérer. je lis des inconnus qui m'ennuient et je désespère de retrouver un jour cette époque dorée où les humains et moi avions des choses à (nous) dire, où l'on pouvait supprimer les pubs google d'un coup de baguette html, où je n'avais pas constamment envie d'être là où je ne suis pas, à moins que l'inverse.

6.15.2006

swing with me

je lui disais à quel point je ne me sentais pas forte, à quel point quelques fois j'avais envie qu'on me serre jusqu'à m'étouffer de calme.je lui disais comme c'est amusant, tous ces trucs qui se croisent dans ma vie, tous ces trucs qui restent comme un parfum diffus sur un oreiller bien après qu'on se soit levé. combien de fois ai-je voulu voir des signes là où il n'y en avait pas? je lui disais mais si, tu sais, c'est comme aux échecs, tu roques juste au bon moment, juste avant d'être coincé, parce que si tu ne le fais pas, alors tu n'en auras plus l'occasion. je crois que souvent ma vie consiste juste à roquer au bon moment, presque par inadvertance.

je lis la java bleue et je souris de m'apercevoir à quel point des mots et des peinturlurages peuvent être émoustillants, je me souviens de ces longues journées d'été où il faisait bien trop chaud pour sortir, nous restions allongés nus et en riant il disait tu n'en as jamais assez, il fait trop chaud pour baiser, en riant je disais alors caresse moi, puis nous nous endormions. il y a cette phrase, tes seins on dirait des yeux d'escargot qui cherchent quelque chose, et je ne sais pas bien pourquoi, je la trouve émouvante.

je lui parlais de ce film génial, de ces répliques hasardeuses que si peu de monde connaît, entre marie et veronika, je ne sais pas laquelle je serais, mademoiselle la traînée en neige, peut-être que c'est vrai, je lui parlais de ce film et il n'écoutait pas, et ç'aurait pu être amusant de raconter plus tard je l'ai quitté parce qu"il n'aimait pas la maman et la putain, ou juste sordide, peut-être que c'est ça, je suis juste sordide dans mes histoires d'anamour.

j'ai pris ma ligne orange, et j'ai trouvé ça rassurant, ouverture des portes à droite dans le sens de la circulation, il y a dans le monde des choses immuables, même quand on s'emploie à le déconstruire au jour le jour, à bellecour, les portes s'ouvriront toujours à droite dans le sens de la circulation. vous trouvez pas ça rassurant, vous?

6.03.2006

Comment je ne me suis pas disputée

il y a toujours cette merde latente que je m'emploie à ne pas remuer, la vase au fond du lac où tu veux pas mettre le pied parce que tu sais que tu vas t'y enfoncer salement, la chaleur étouffante de lyon pue un peu les grands débats et les causes perdues, l'asphalte colle à mes pieds comme un vieux chewing-gum, les cup noodles de leader price sont les pires que j'aie jamais ingurgitées. le bonheur des tristes m'ennuie, l'altruisme s'est perdu dans un caniveau entre croix-paquet et cholapin, le distributeur vomit un crédit épuisé dans ma main, je file quand même vingt centimes à l'homo sapiens sans pièce qui me demande si j'ai que ça, et j'ai la nausée. je retapisserais bien au paintball tous les taudis que j'ai visités aujourd'hui, la perspective de me retrouver assise sur mes cartons devant la porte le 25 juillet me laisse perplexe, je ne sais pas, j'aimerais ne pas avoir à finir sur les planches d'un cabaret crasseux une plume rose dans le fondement, mais ça n'a finalement pas tellement de lien.
et paul dit “tu vois le plus grand plaisir que je continue à éprouver, même quand je suis malheureux — je me suis encore foutu dans une impasse que je peux plus bouger — mais y a un truc qui vieillit pas c’est l’étonnement quand je mets la main dans la culotte d’une fille que je connais pas pour la première fois. A chaque fois ça fait peur, c’est toujours différent, c’est tellement bizarre. C'est ce moment là qui fait que tu sens que t’es en vie"

5.12.2006

mean mister mustard

les baisers du printemps ont toujours ce goût sucré qui s'accroche aux papilles et flâne un peu sur les lèvres. finalement peut-être que c'est juste comme ça que ça doit être. ça a commencé comme ça, je n'avais rien demandé et personne n'avait rien dit, je me suis assise et il a regardé mes chaussettes rayées, alors j'ai haussé les épaules en souriant.entre le cynisme de bret easton ellis et la sensiblerie à la con de dominique a, ma vie ressemble à une hyperbole, mes rencontres à des fractales, où sont passés les détails insignifiants qui font que je tombe amoureuse des humanoïdes?
de l'insoutenable légèreté de n'être rien de plus, haha, je redimensionne mon ego à coup d'irrépressibles envies de va te faire foutre je t'emmerde ne rien dire de plus, je bois du jus de tomates en lisant john fante et en 2007 je voterai probablement joann sfar.

4.24.2006

the unexpected

nous parlions de tous ceux qui s'épargnent la nécessité d'être charmants parce qu'ils sont jolis et savent qu'ils sont jolis. après le troisième jus de tomates, ma bronchite a pris une couleur inquiétante, il a dit tu devrais rentrer si tu espères aller travailler demain, mais je n'espérais rien alors il a mis son épaule sous ma tête en souriant. à moins que l'inverse.
nous parlions de toutes ces choses que l'on ne voit plus à force de les avoir sous les yeux, herman dune chantait what should not happen happens, and it happens quite often, j'ai demandé tu crois que c'est possible d'être tellement aveugle qu'on puisse devenir transparent et passer à côté de soi-même sans se voir? et il a serré son bras plus fort autour, sans doute parce qu'il n'avait pas la réponse.
au bar des capucins l'homme a un petit badge jaune de faucheur d'ogm, j'ai un petit badge rose d'anti-pub, on se regarde sans parler et on se prête du sourire, je me dis que c'est marrant ces a priori sur les gens, comme ça, un mec qui arrache des légumes en plastique et boycotte les mc do ne peut pas être foncièrement mauvais, une nana qui brûle des prospectus et colle des stickers sur les pubs nike doit être plutôt chouette. pourtant je ne suis pas toujours une fille bien, et je suis sûre qu'il est quelques fois un gros con.rien ne se perd rien ne se crée mais rien ne se transforme non plus, partout les gens échangent les mêmes mots, chantent les mêmes refrains, écrivent les mêmes phrases, en avril ne te découvre pas du fil des identiques, c'est le mois de la course des moutons sans âge. on se ressemble tous tellement.

4.03.2006

Allons à la plage monsieur renard

au milieu de ce gigantesque temple de la consommation je regarde les mains de cet homme, je délaisse à regret ce fût du comptoir des cotonniers qui m'allait si bien pourtant, la vie est cruelle mais j'ai envie de vomir, je m'imagine dégueuler des litres d'acide devant carrefour, cracher un bout de coeur devant levis, et je me souviens que j'ai une paire de gazelles cousue par un enfant thailandais sous une pile de fringues dans ma chambre. alors je rentre chez moi et j'achète de la lucidité sur e-bay. ouais. dans un monde meilleur.

quand à noel il m'a traitée de petite pute, j'ai serré les dents. quand il a demandé si je m'étais bien regardée, c'est lui que j'ai regardé dans les yeux. quand il a hurlé que personne, jamais, ne pourrait m'aimer, j'ai mis mon écharpe et je suis partie. j'ai pleuré toute la nuit dans les bras de tralala, et j'ai fait une croix définitive sur mon père. aujourd'hui j'ai effacé son message sans l'écouter. c'est je crois la seule bonne résolution que j'aie été capable de tenir un jour.

dans la rue un témoin de jeovah nous arrête, le joli dit t'es pas cap, mais si, évidemment, je le suis presque toujours. non merci nous sommes mormons. j'aurais pu être crédible. et c'était moins pire que ta mère suce des bites en enfer. le seigneur ne touche plus grand monde, mais grâce à dieu, les prêtres s'occupent de ça pour lui. non mais c'est vrai, faut rééquilibrer un peu le truc, c'est toujours outreau ou pas assez. ha ha. quand je serai grande je ferai guy carlier, dans la vraie vie.

12.14.2005

...

il est 05:19 et je n'ai pas dormi. j'ai mal au crâne, j'ai la nausée et je ne sais pas si c'est dû à la fatigue ou à toutes les cigarettes que j'ai fumées depuis ce matin. je prends la pilule et je tousse, mais je n'ai pas envie d'arrêter de fumer et je mens consciencieusement aux médecins en disant que je le ferai. je roule des joints à l'occasion, je bois trop. j'habite avec elle et un chat lunatique eunuque dans une chouette rue de lyon, j'ai un vélo hollandais et des tickets de métro, mais je préfère marcher à pieds. je prépare une thèse d'anthropologie qui stagne en ce moment parce que je ne me sens pas à la hauteur et que j'ai peur de me rendre compte que je suis finalement incapable d'explorer jusqu'au bout le seul domaine dans lequel je me défends un peu. je ne me suis jamais entendue avec mon père, nous n'arrivons pas à avoir une conversation normale, ma mère est une femme géniale mais elle est tellement angoissée par tout ce qui l'entoure que nous n'arrivons pas non plus à avoir une conversation normale. assez régulièrement je leur envoie de l'argent, je viens de souscrire un prêt étudiant dont la moitié a crédité le compte maternel hier matin, et périodiquement je craque, je pleure, je leur en veux pour cette situation sans jamais oser le leur dire. ensuite je me déteste d'avoir pu détester mes parents. je reste convaincue que l'argent ne fait pas le bonheur, mais que ne pas en avoir peut rendre malheureux. j'ai vécu presque cinq ans avec un homme que j'ai aimé et qui m'a aimée, je l'ai quitté sans réelle raison si ce n'est celle du désamour, et j'ai une trouille bleue de ne plus savoir comment ça marche. depuis cette séparation, j'ai couché avec une fille et neuf mecs, dont mon meilleur ami avec lequel j'ai été odieuse, trois d'entre eux étaient des blogueurs alors que je m'y étais toujours refusée, le dernier est beaucoup plus qu'un simple amant, il fait partie de ces rares individus que j'ai vraiment envie d'avoir dans ma vie. je ne m'aime pas, j'ai longtemps cru que c'était lié aux dix kilos que j'ai en trop, j'entrevois aujourd'hui que cette mésestime puisse avoir des fondements beaucoup plus profonds et essentiels sans arriver à les identifier clairement. je fais beaucoup de choses, mais jamais à fond, je suis une dilettante atteinte de procrastination chronique, je fais de mon mieux pour cesser d'être bordélique et pour faire la vaisselle tous les soirs, sans succès. on me dit intellectuelle, c'est faux je me contente de donner le change, je suis superficielle et je ne dépense pas mon argent que dans des livres, je dévalise fréquemment petit bâteau. j'aime me dire que j'ai encore un pied dans l'enfance, je connais le petit prince par coeur, j'écoute de temps en temps anne sylvestre et henri dès, je suis fan de pitt ocha, et j'ai peur d'affronter ma réalité. dans quatre mois j'aurai 25 ans, et j'ai l'impression de n'avoir rien accompli, rien construit de solide. je suis un puits de contradictions, constante dans l'inconstance, j'oscille sans arrêt entre l'envie de stabilité et le désir de vagabondage, j'aimerais pouvoir concilier les deux mais je n'ai pas encore trouvé comment faire, j'ai quelques convictions que je n'abandonne pas pour ne pas connaître la sensation de vendre plus que de raison mon âme au diable. je voudrais protéger les gens qui sont importants pour moi, mais en ce moment j'ai l'art de les blesser sans le faire exprès, je suis à l'origine du chagrin d'amour de ma meilleure amie qui n'arrive même pas à m'en vouloir, et ça me rend malade. je suis indépendante, parfois sauvage, toujours un peu ailleurs, j'aime les petits comités, les tête-à-tête, j'apprécie les silences et la nuit m'apaise. je me pense tolérante mais je méprise souvent le monde qui m'entoure et les humains qui le peuplent tout en sachant que je ne vaux guère mieux, je suis résolument de gauche parce que la politique de droite ne me convient pas mais je crache sur la gauche française qui préfère s'embourber dans des divergences d'opinions plutôt que de faire front et proposer des programmes sensés. j'ai réellement peur d'un plébiscite en faveur de nicolas sarkozy. je suis faible, peu sûre de moi, ultrasensible, les compliments me mettent mal à l'aise et j'ai du mal à concevoir que l'on puisse apprécier ce que j'écris. je n'ai aucun style et je n'en veux pas, je lis régulièrement les blogs qui sont dans ma liste de favoris, irrégulièrement d'autres que je garde dans mes signets, je n'aime pas les commentaires mais je prends plaisir à en laisser quelques fois, et le seul qui ait réussi à ne jamais me lasser depuis mon arrivée ici est [monsieur democrazy], anciennement siddhartha, bien que je ne sois pas toujours d'accord avec lui, peut-être justement parce que je ne suis pas toujours d'accord avec lui. j'ai passé une heure cette nuit à effacer mes notes, parce que je voudrais apprendre à être un peu plus moi-même loin de ce blog et de cet écran que je ne supporte plus, apprendre à me livrer plus sincèrement à ceux que j'aime plutôt qu'à des inconnus et parce que je crains qu'il ne finisse par refléter quelque chose d'erroné. je suis bien moins douée à l'oral qu'à l'écrit, je suis timide, calme, je rougis facilement, je termine trop souvent mes phrases par quoi, les réparties brillantes ne viennent jamais quand elles devraient, je ne suis ni foncièrement altruiste ni foncièrement égoïste, ni foncièrement cultivée ni foncièrement inculte, ni foncièrement heureuse ni foncièrement malheureuse. et je fais une pause à durée indéterminée.

12.04.2005

L'émotion de censure

elle était jolie, comme un modigliani. moi j'avais froid, au milieu du monde pressé, et j'aimais pas me sentir botero. en rentrant je voulais juste qu'on ronronne sur mon ventre, alors j'ai imité petit chat qui boulait sur le lit. en chantonnant l'autre chat. en pensant. ou pas.

12.02.2005

Jeu de Je

ouvrir son diaphragme grand, grand. comprendre qu'on est, finalement, son seul révélateur. tendre l'oeil et écouter le soleil.même dans les flaques. parce que je ne sera jamais une autre.

11.29.2005

Je suis grande (et dieu est tout petit)


je reste convaincue qu'aucun acte n'est pleinement désintéressé, tous nous puisons une once d'estime de nous-mêmes dans l'altruisme et l'abnégation. je me demande souvent dans quelle mesure je participerais au fonctionnement d'un ensemble plus large dont je ne serais qu'un infime rouage. je suis trop cynique, trop désenchantée, ou simplement trop égocentrique pour croire que la rédemption puisse tenir en quelques psalmodies résonnant contre les pierres des vieilles églises. j'admire ces individus que la foi et le principe du divin animent, mais à ceux qui oeuvrent quotidiennement pour le salut de leur âme j'arguerais qu'elle ne se perdrait, sans doute, qu'entravée par les dogmes. quand bien même j'aurais tort, comme c'est souvent le cas, quand bien même dieu serait grand, et moi toute petite, [tu dois admettre qu'il est possible que dieu ne t'aime pas du tout].

madmeg

11.09.2005

Try again later


j'ai envie d'humeur à la guns of brixton. ou à la i think i smell a rat. ou à la who the fuck. ou à la futureheads, pourquoi pas. mais en appelant monsieur yeah, tout à l'heure, j'ai pensé qu'il était pas des masses rock'n'roll, comme mec.

Du nord au sud

j'aime bien quand le charbon de la chicha fait ces toutes petites étincelles, et ce petit bruit pétillant. je me souviens, l'immensité tranquille, les dunes. l'odeur des épices, la couleur des étoles, le thé qui coule en cascade, ces yeux rieurs, des images qui vont qui viennent, fugaces. mon enfance là-bas, le sable qui brûle les pieds, qui chauffe le corps, les ricochets, les hommes qui parlaient fort, les femmes à la voix chantante, qui me berçaient. l'histoire des fées des bois, et nasrudin le sage, et nasrudin l'idiot, et nasrudin le fou. la grande maison, le fauteuil vert, mon père et ma mère sur mon cheval à bascule, qui rient pour la photo. les aéroports, d'un pays à l'autre, les champs et l'herbe sèche, les noces à tipaza, pierrot et sa porcelaine blanche comme la lune. des vagues, des houles, je ne sais presque rien d'eux, de leurs racines, des miennes. de moi, d'où je viens. comme un mécanisme cassé. elle m'a transmis l'america latina, la españa, la movida, tango argentino y flamenco, frida kalho, el negrito y el diablo blanco, pañuelito pañuelito quién te pudiera tener. il m'a transmis le manque, l'absence des chemins de terre, des sources sauvages, des oliviers, des genévriers, du désert, de la liberté. azul, amazigh.
j'aime bien quand ses yeux roux s'écarquillent et se plongent dans les miens. il raconte cancan, la guinée et kato möba, les fétiches et tanti, l'eau et la poussière de la route, le paludisme la fièvre, mandingue et malinke, l'odeur des peaux, ses mains, ses doigts fins qui claquent le son des ancêtres dans la petite boutique de fred à la croix-rousse, les miens qui le rejoignent, un peu, se souvenir de son elle de mon lui, pour mieux oublier peut-être. l'hotel de ville et le joli. le joli lui.
j'aime bien quand les soupirs gonflent et qu'arrivent les gémissements, les chuchotis à l'oreille, je me souviens je me rappelle de presque tout, la pluie contre la vitre de la voiture, les genoux écorchés, la tête qui se cogne au plafond, le rire, puis l'onde de plaisir, l'herbe qui pique dans mon dos, le sable dans ses cheveux, ses dents dans mon cou, la douche de l'auberge de jeunesse, ses lèvres partout pendant ce film que j'ai oublié, ses larmes sur le quai de la gare, les miennes pour tout ce que je ne lui ai pas dit, et puis elle, le naturel le simple, ces sensations nouvelles, faire la tendresse plus que l'amour, et puis eux, eux qui étaient tout à la fois, amis amants confidents, l'un l'autre sans question sans réponse, aimer s'aimer puis se délier, les corps qui se délassent, la cendre incandescente dans le noir, ma tête sur son épaule, son bras autour de mon ventre, et le sommeil. combien de fois me suis-je lovée contre eux après l'amour? combien de fois en était-ce vraiment? il y a tellement longtemps. un petit bout d'éternité.
j'aime bien quand l'air devient plus frais, que ma peau se couvre de frissons, les bras les épaules les seins, je caresse cet étrange relief qui disparaît sitôt que l'eau brulante m'enveloppe, je pourrais rester des heures dessous, sentir la chaleur de la douche déposer sa buée sur le miroir. les nuits d'hiver sont longues, les hommes marchent vite, ils rentrent à pas pressés, la tête dans les épaules, les mains dans les poches, et les bonnets apparaissent. bientôt je mettrai cette écharpe, puis j'en tricoterai une nouvelle, longue longue interminable, une interminable écharpe beetlejuice, noire et blanche, j'enroulerai l'écharpe autour de mon cou et la couverture autour de l'écharpe et le monde autour de la couverture. je serai bien, peut-être.
j'aime bien le train, al quatro vientos sin esfuerzo, del norte al sur sin pararse, toujours plus au sud, et les inconnus, tous ceux qui se sont assis et avaient envie de bavarder, ces récits de vies rêvées des anges, les vies gâchées les regrets, ils se livraient, avec ou sans pudeur, puis se levaient, nous nous souhaitions bonne vie, parce que sans doute nous ne nous reverrions pas, ou peut-être que si, nous ne savions pas, inch'allah, quelque chose comme ça, et je pense à capote et monsieur maléfique, à lili brick et elsa triolet, je ne sais pas bien pourquoi. dans quatre heures je pars ailleurs pour voir si j'y suis, si je m'y trouve quelques jours. voir s'il fait froid. mais finalement c'est vrai, c'est l'angoisse du temps qui passe qui nous fait tant parler du temps qu'il fait.

11.02.2005

Safety and lightness

j'ai marché vite en serrant les lèvres et mes clés à m'en faire péter les métacarpes. quand j'ai vu les lettres en néon vert, j'ai senti le coton de mes jambes et mon coeur qui gagnait au moins trois mille pulsations par seconde. j'ai pensé que finalement j'aurais peut-être pas le luxe de mourir du sida si je faisais une syncope en plein milieu de l'avenue félix faure. j'ai pensé que ce serait ironique de claquer d'une crise cardiaque avenue félix faure. je suis entrée, la demoiselle a dit je vous laisse patienter, ça ne vous ennuie pas? et j'ai failli lui répondre que oh bah tu sais ça fait à peine quelques semaines que c'est l'angoisse chérie, alors je suis plus à cinq minutes près. j'ai lu modes et travaux, parce que gala était au-dessus de mes forces. le blinis de flétan au porto m'a donné la nausée, la kurta orange niveau facile pour les abonnés du club couture a eu raison de ma patience et je me suis absorbée dans la contemplation de mon tabac. j'ai pensé que ce serait classieux de suivre une chimio et une trithérapie, mais que le cynisme n'allait pas me faire obtenir mes résultats plus tôt. elle est revenue avec l'enveloppe, elle a dit ça fait 52 euros 30 s'il vous plaît, je me suis demandée à quoi correspondaient les 30 centimes, et si ma carte allait passer. j'aurais de toute façon été prête à verser la totalité de mon découvert au labo pour lire ce que j'ai lu.
sérologie hiv1 et hiv2 1ère technique: négative / 2ème technique: négative
en rentrant j'ai pensé que plus tard, quand je serai grande, je voudrai être actionnaire durex. et accessoirement un peu moins irresponsable.

10.31.2005

Through my veins

quand j'étais enfant, je ne m'ennuyais jamais. aujourd'hui, c'est amusant, je ne m'ennuie jamais seule, mais il m'arrive d'avoir l'ennui des autres. angelique ionatos me berce, à moins que ce ne soient les antibiotiques, je ne sais pas, j'ai sombré tout à l'heure dans un sommeil un peu fiévreux, peuplé d'étranges chimères. quand je me suis éveillée une heure plus tard, sardine dormait sur mon ventre en ronronnant, j'allais mieux. j'aime bien vivre avec l'infirmière des fées, mon effet kiss la joue. en l'attendant, je lis des choses et d'autres, je pense à la palud et à la dune du pyla, à la côte sauvage et à la basque, il y a comme ça quelques coins en france dans lesquels je pourrais vivre heureuse sans me préoccuper du reste de l'humanité, je crois, j'aurais bien envie d'une nuit à la belle étoile, une filante ou un astéroïde b612 où l'on pourrait regarder quarante-trois couchers de soleils par nuit, mais le seul astre que j'aperçoive de ma fenêtre est un reverbère qui courbe l'échine et fixe ses pieds. il écrivait if stars are lit it means there is someone who needs its, it means someone wants them to be, et ce n'est pas son meilleur poème, mais c'est sans doute vrai, il y en a comme ça qui s'éteignent, petit goût de supernova, je les avais pourtant tellement cherchées des yeux, tellement attendues. elle a piqué droit dans ma peau fine et blanche, j'ai desserré mon poing crispé, un deux trois tubes, depuis ces séjours qui puaient l'aseptisant, depuis les blouses qui ne fermaient pas et les hématomes au creux des coudes, j'avais un peu peur, c'était chaque fois la même chose, une demoiselle un peu désolée s'était exclamée un jour mais c'est impossible, qu'avez vous dans les veines? de l'air? et elle avait cherché une source moins tarissable dans mes pieds, en vain. celle-ci sentait le shampooing et le menthol du désinfectant, elle a dit mercredi en fin de journée, j'ai soupiré parce que l'attente est presque pire que ce moment subreptice où le coeur s'arrête et où les yeux se brouillent lorsque l'on ouvre l'enveloppe. on m'a rappelé que ce soir jack'o'lantern illumine les pavés de la ville, je n'ai jamais aimé ces fêtes importées, ni les inventées, qui font le bonheur des commerçants, je n'ai en fait jamais eu besoin, je crois, de ce genre de prétextes pour passer une agréable soirée, il m'arrive souvent de rire à rien, de trinquer au tout, de ne rien fêter à part l'imprécis d'être ensemble et en vie à l'instant où les verres s'entrechoquent. j'ai côtoyé bacchus plus souvent qu'à mon tour, saturnales, dyonisiaques, quelque chose d'approchant, j'ai croqué des champis fait fondre des buvards et enfumé mon esprit, mais rien ne m'exalte plus, aujourd'hui, que le sentiment d'être au monde, que cette décharge de lucidité quand j'arrive à me ressentir. mais peut-être que ça n'a aucun sens.

10.30.2005

Last exit to(o)

j'aurais eu envie, plus tôt, d'une note bouilloire. mais après tout...après tout, une minute de silence pour la cocotte, un bar-au-mètre, et la pression se tait. moi aussi. je fais ça très bien, j'ai toujours fait ça très bien, ne rien dire, discrète et en retrait, observer et faire silence, et il peut m'arriver de manquer de discernement, souvent il me faut du temps et un coup de pouce, et un petit bouquet de fleurs, des pensées des pâquerettes des tulipes des oeillets aiguisés, à moins que de sang, je ne sais pas, pour faire avec mais surtout sans, pour assembler un peu les fragments épars, pour peser le contre, surtout contre moi-même, j'étais tellement colère, et souvent j'excuse, je pardonne, souvent et même trop je [dé]tends les deux joues les zigo- les auto- les t'aime à des tiques qui me phagocytent la joie de vivre et me vampirisent l'estime, parce que toujours la main à une poignée de manchots, mais lorsque j'ai vu sans les filtres de compréhension et de compassion qui parfois me jouent des détours, alors je [dé]passe la main à mon tour et un coup de balai devant ma porte après l'avoir fermée, parce que les claques me fatiguent. j'ai confiance, pas toujours en moi mais au moins en l'âme de fond, et surtout en ailes, s'envoler un peu plus loin parce qu'il y a tellement plus simple, tellement plus joli surtout, que les mots creux au creux du roc. de l'eau dans le cerveau, touchée mais pas coulée, ni larmes ni larves d'aigreur, je m'amuse qu'on puisse me penser idiote, parce qu'après tout c'est toujours le plus idiot des deux qui s'en prend à l'autre, écrivait melville, et c'est tellement vrai, cette volupté de fin gourmet que de passer pour une idiote aux yeux des imbéciles. et je suis parfois opaque ou à la trinité à tel point que ça ne se voit pas comme le nez est l'idiot du visage, degré zero d'envie mais pas de dignité, je ne méchantesorcière pas parce que ça n'en vaut même pas la peine que j'ai pu avoir, mais ce soir mon parquet est bien circé. ça doit être le changement d'heurt.

10.26.2005

No wow no more

parce que frida la blonde la grange au loup, parce que you're lost little girl, parce que mon père ma mère, parce que cré tralala curious yellow, parce que la mer et le ciel dessus, parce que mon chat, parce que les ailleurs les errages les vagabondances, parce que lui et mon coeur, parce que mes envies mes doutes mes craintes, parce que les caravanes et les chiens, parce que les départs les retours, parce que le passé le présent les souvenirs du futur, parce que capucine la fleur, parce que people are strange, parce que angeles, parce que les fusains les couleurs les palettes telluriques, parce que mon enfance, parce que mes casseroles, parce que marine élodie alexandra nos quatre ans et demi, parce que les pavés et les plages, parce que no pasaran hasta siempre les fourches caudines, parce que le monde l'indifférence, parce que bush le pen les chefs des gens qui n'aiment pas les gens, parce que la lassitude la fatigue les écueils, parce que nanouk la fée bless et les grains de ses âmes, parce que so happily confused les mêmes-autres les éternels les recommencements et sisyphe, parce que ma faille narcissique, parce que mes complexes mes super 8, parce que l'indécision les chroniques, parce que la façade les fenêtres, parce que les princesses les princes les rois les reines et desplechin, parce que les romantiques le foin des bocks les alcools le spleen et l'idéal, parce que les mensonges les omissions, parce que siddharta le mahabarhata le tibet libre, parce que l'impuissance les vides, parce que les morts les fantômes, parce que les écorchures les pansements les cicatrices à vif, parce qu'avec et sang, parce que les mots creux les écrits les restes, parce que les contes les veillées les voix, parce que la présence le centre et l'absence, parce que la nuit les aubes et maldoror, parce que la rancoeur, parce que mes leurres mes oeillères mes fuites, parce que le temps, parce que les non-dits, parce que le factice le toc le plaqué or, parce que les factures les deux bouts les fins de mois, parce que la lumière le truc dans l'air, parce que l'ultrasensibilité
parce que c'était juste un gros chagrin

10.23.2005

Martine Paya wrote

[Martine Paya47, rue de la Maltournée 25720. PUGEY

Très chère amie,

Tu sais à quel point j’ai conscience qu’il est facile de se gargariser de mots pour des combats dont les enjeux nous échappent. Le vingtième siècle a bien montré son lot d’horreurs, d’injustices, ses guerres et ses camps ont su défier l’intelligence même de l’humanisme… Et cela continue.

J’ai aujourd’hui envie de te faire part d’une de mes luttes quotidiennes en te disant que je veux résister au bonheur ; plus exactement, au diktat du bonheur défini comme un bien-être. Entre les tragédies affichées de l’histoire et la ouate que l’on nous vend, entre le mort exhibé au journal de vingt heures et le cocooning des émissions adolescentes, je veux rester l’épicurienne mélancolique, certaine que le désespoir de vivre qui m’habite depuis toujours est le meilleur rempart contre le formatage des esprits.

Je revendique hautement le droit de refuser « la cellule de crise psychologique » qui m’aidera à « faire le deuil du proche décédé absurdement ». Existe-t-il des morts sensées ? On parle de victimes innocentes, existe-t-il des morts coupables ? Peut-être d’immondes crapules sont-elles mortes dans l’attentat du 11 septembre… Je veux éprouver la sidération psychique, la révolte, l’immense et définitive tristesse de la perte de l’autre. Il est des expressions qui constamment m’agressent, « Etre bien dans sa peau, rien que du bonheur, gérer une situation, être efficace et bonne continuation »… De quoi ? De cette galère terrestre naviguant dans l’espace-temps ? Je ne veux pas, tel le chat, dont la tête est en accord avec la patte, me lover au soleil. Je veux que mon cerveau s’oppose à mes tuyaux et à mes os. Je ne veux pas être « zen ». Je veux la disharmonie et le chaos dans le plaisir et dans la douleur… Je vis comme une intrusion permanente l’inquisition sanitaire « Etes-vous ménopausée ? Etes-vous sous THS ? Avez-vous fait une mammographie ? ». Mais je vous emmerde, très chers ! Mon corps m’appartient. C’est même ma seule et certaine propriété ! Et si en 1968 je défilais derrière cette pancarte, « Laissez votre Dieu en dehors de mon utérus », je dirais aujourd’hui « je ne veux pas mourir guérie » ou « laissez-moi les armes de ma mort ». La « ménagère de plus de cinquante ans » qui achète « lorsqu’elle a le moral », messieurs les statisticiens, n’est qu’une femme vieillissante que ne fait que satisfaire ses besoins archaïques, son stade oral et anal : je prends, je jette. Rien de citoyen dans la frénésie consommante. Disciple de Leo Ferre, Schopenhauer, Hanna Arendt, Antonin Artaud, Camille Claudel, Frida Kalho etc., je n’aime pas plus Julio Iglesias qu’Intervilles et j’adore me « prendre la tête ». Je ne suis pas un « senior en car climatisé ». Je vieillis juste pour ne pas mourir jeune.

Et, lorsque, dans mes cauchemars, je vois une aide soignante s’approcher de moi, assise sur une chaise à trou dans une maison au nom de fleur, et me dire « elle va bien la mamy, elle a passé une bonne nuit ? », je réponds « je vous emmerde chère enfant, je ne suis pas plus une mamy qu’une maman, une putain ou une ménagère, j’appartiens à l’espèce humaine » ; je ne veux battre aucun record de longévité sous prétexte que ma vie était équilibrée et que ma seule folie était un carré de chocolat noir par semaine. Non, entre mamie Nova et Tati Danielle, il n’y a pas de place pour moi. Ni sereine, ni acariâtre, jouisseuse et désespérée.

Un jour au catéchisme, on m’a parlé de la béatitude éternelle et du corps glorieux… Sur un nuage laiteux, deux jeunes filles aux ailes blanches dégustent un yaourt insipide en disant « c’est le paradis ». Parfois, même les publicitaires ont le sens de l’humour. L’extase paradisiaque, la prétendue réconciliation avec l’univers sous le regard de Dieu, c’est cela l’enfer.

Je resterai passionnée, stressée, insomniaque, altruiste et narcissique, je ne mourrai pas réconciliée, ni avec le monde ni avec moi. Et, telle la charogne « au ventre plein d’exhalaisons » dont parle Baudelaire, je serai un cadavre enfin calme et je me disperserai parmi les atomes ;

Très amicalement. ]

Hey jupiter, are you blue

mais il y a des nuits, comme ça, où le sommeil ne vient pas. alors je m'asseois dans la cuisine, et je fais du thé. je jette l'encre dans un petit cahier, et je mets les voiles un peu au-delà, des nuages des orages et des pâturages, j'ai fini par comprendre, avec le temps, va, pas vrai, avec le temps j'ai fini par apprendre que l'herbe n'est pas plus verte de l'autre côté des barrières de soi, elle a ce goût d'ailleurs, celui des chardons ardents, et ce ne sont finalement que des histoires d'assaisonnement, et souvent les saisons mentent, j'aime quand le temps s'arrête ou que tout va trop vite. et c'est vrai, parfois, je tombe de charybde en si las, à force de se heurter au sol, les écorchés vifs et les hématomes crochus qui nous pressent, parce qu'il y en a, de ces reflets d'[é]moi, qui apparaissent juste faits pour mes bras. et c'est vrai, parfois, j'ai les yeux dans les poches, le coeur en galoche, mais c'est doux malgré tout de savoir qu'il arrive, entre deux [dé]rives, certains soirs, qu'il ait envie de moi, là où il est. mes rimes sont pauvres, mais j'entrevois que je puisse avoir, moi aussi, pourquoi pas, peut-être, des richesses à partager, avec pudeur mais sans compter , ni les lieux ni les heures, et sans rien demander que de l'ouverture, mais c'est faux, je mens un peu, je le sais, je mens un peu maintenant, parce que c'est vrai, parfois, je voudrais qu'on me berce, dans une couverture, qu'on se taise qu'on m'apaise qu'on me serre qu'on m'enserre et qu'on m'étouffe de soi.
et je chantonne, tout bas, pour ne pas déraciner les rêves de la fleur dont le souffle régulier calme ce soir un peu mes ronces, j'aime aussi la mauvaise herbe, brave gens brave gens, qui pousse en liberté dans les jardins mal fréquentés, mais là c'est juste pas à pas, [depuis longtemps je ne sais pas, où me mène le vent, voilà pourquoi je ne suis pas ceux qui marchent devant, c'est le chemin le plus beau qui en a tenté plus d'un, le mien se fait au sabot que je pose tous les matins, au gré des embruns], cette mélodie m'a toujours, je ne sais pas, elle a toujours accompagné mes coups de spleen ou de speed, mes égarements mes tâtonnements ,mes talonnements, et je me cours encore un peu après mais je commence aujourd'hui à me rattraper, égale à moi-même je ne sais pas tellement ce que je veux, mais je crois connaître ce que je ne veux pas, ni mystique ni mystificatrice, acrobate mais pas de b[r]aise, loin d'une funambule mais un peu somnambule, somnolente ou insolente, nonchalante ou impatiente, sibylline ou exaltée, cristalline ou basaltée, je ne sais pas, c'est selon, selon la chaleur et l'humide, l'humeur, l'humour, que sais-je encore, mais ma confiance et mon amour, quand j'ai choisi de les donner à celles et tels en lesquels je crois, ceux-là sont inconditionnels.

well well well.
maybe i am.
running [electron blue]

10.09.2005

Rue du temps

j'ai quitté ces murs entre lesquels j'ai égaré tellement de souvenirs, ma vie entassée en désordre dans quinze cartons, presque que des livres, ça me fait un drôle d'effet, j'ai tout dans la tête, les parfums les couleurs, et aussi dans le coeur, toutes ces choses ces petits détails les drames et la trame, l'ombre la lumière, tout ce qui m'a façonnée, qui fait ce que je suis, je garde tout dans le petit écrin de ma pensée, et je vais comme un bateau ivre emportant ma mémoire, mais vrai j'ai trop pleuré les aubes sont navrantes et j'voudrais pas crever sans savoir si la lune sous son faux air de thune a un côté pointu si le soleil est froid si les quatre saisons ne sont vraiment que quatre je voudrais pas crever avant d'avoir usé sa bouche avec ma bouche son corps avec mes mains etc etc
j'emprunte les maux des autres, je sème les mots, et je réalise à peine.

je regarde ces murs entre lesquels j'ai égaré quelques souvenirs, quelques amours jolies, puis déçues, des rires, des pleurs, pas trop, mais suffisamment pour me sentir vivante, ceux qui ont compté ceux qui comptent, je regarde autour de moi et je respire, we are grateful for our iron lung, la croquette me manque mais sardine me console il dort sur mes pieds, je vais avoir tant de choses à faire et je n'ai pas le courage, j'aimerais juste rester là à fumer encore et encore, ou me coucher contre son corps, mais je n'avais pas si bien dormi depuis pfiou. une éternité. et je sens ce vent frais sur mes joues, et ce petit truc au fond du bide qui n'arrive pas souvent. ça me remue, ça m'émeut, et ce qui m'émeut me meut et j'ai peur, un peu, j'ai si peur de ces romances qui finissent avant qu'elles commencent j'ai peur dans le noir peur du hasard j'ai peur des trains dans les gares, j'ai si peur des sentiments les mots les mots c'est du roman etc etc.
j'emprunte les mots des autres, j'éparpille les maux et ceci est le premier jour du reste de ma nouvelle vie.

10.04.2005

Oh so terrific

le réveil sonne à huit heures, j'ouvre péniblement un oeil, puis l'autre, et ce n'est pas possible, mon cerveau a dû se payer une nuit de speed dating avec des rouleaux compresseurs.
[votre répondeur contient trop de messages, vous devez en effacer pour recevoir les nouveaux] je n'en ai rien à foutre. mais alors rien. je n'en ai rien à foutre que mon téléphone contienne trop de messages, rien à foutre d'être disponible ou pas, à l'écoute ou pas, sollicitée ou pas, rien à foutre, ce n'est pas nouveaux, ce n'est pas un scoop, il y a comme ça des jours des semaines des mois où je ne décroche pas, qu'on me foute la paix par pitié, je ne veux pas vous entendre, répondre à vos questions savoir si vous allez et si oui comment, je m'en tape, je suis une putain de sale conne égoïste pour une fois, et ça me convient parfaitement, je veux juste qu'on me laisse tranquille. alors je ne réponds pas, je n'écoute pas mes messages, à l'extrême limite je lis les sms et c'est bien suffisant, et si ça ne l'est pas, cf supra.

je cours, je suis en retard, comme toujours, une blondinette au t-shirt vert m'attrape par la manche, en deux sets allez, mais c'est pas possible, sérieux pas aujour'd'hui, devant sa mine dépitée je m'arrête, je souffle, un élan d'altruisme, les grands pontes de l'anthropologie m'attendront bien quelques minutes supplémentaires, et s'ils n'attendant pas eh bien qu'ils aillent au diable, ou au bon dieu, je m'en fous. je l'écoute, je hoche la tête, [oui oui bien sûr, je suis tout à fait d'accord hunhun hunhun, non évidemment hunhun], elle finit par me regarder de haut et me cracher un soupir de mépris au visage, [non mais arrête, tu as quand même bien deux euros]. alors non figure-toi, je n'ai pas deux euros non, je n'ai pas deux euros et je n'ai même pas deux cents vois-tu, nada, absolutely rien du tout, ça fait trois semaines que je gruge allègrement la sncf, que je me déplace en stop, à vot' bon coeur m'sieurs dames, la lumière crue de mon frigo éblouit les trois cornichons qu'il reste, et non d'ailleurs c'est faux, il reste aussi un petit oignon qui surnage dans le bocal, mais c'est con je n'aime pas les petits oignons, et puis vois-tu ma chère, mon merveilleux compte en banque présente en ce jour merveilleux un merveilleux découvert de sept-cents merveilleux euros que je ne peux merveilleusement pas rembourser parce que j'ai payé mes merveilleuses factures et celles de mes merveilleux parents qui sont encore et toujours merveilleusement dans la merde et qui me font merveilleusement chier parce que je suis une fille merveilleuse mais merveilleusement indigne, je déménage dans trois jours et je ne sais pas, peut-être qu'en couchant avec tous les mecs des péages que je croise et en suçant une ou deux pompes à essence j'aurai des passe-droits, et peut-être pourquoi pas avec un peu de chance je finirai par arriver à lyon, qui sait? alors putain non là vraiment mademoiselle greenpeace je n'ai pas deux pauvres euros à fourguer à ta noble cause, et oui bien sûr le trou dans l'ozone et les dégazages sauvages c'est mal, le tri sélectif et kyoto c'est bien, mais je t'emmerde, connasse, charité bien ordonnée commence par soi-même et là je n'ai pas de quoi me faire l'aumône.

[au fait cette intervention t'en es où t'as bossé dessus, et j'attends toujours tes propositions pour le colloque sur le récit ethnographique, j'espère que t'as pas oublié, et tu avances dans ton sujet, et ta feuille de frais tu l'as rendue et au fait oui il faut que tu rencontres untel il voudrait travailler avec toi ça peut être intéressant, je te donne son numéro tu l'appelles demain sans faute, il faudra que tu reviennes rapidement à nice, d'ailleurs il faudra que tu ailles sur le terrain avec machin, il va t'envoyer un mail, il y tient, ah et puis j'oubliais je veux que tu me pondes un article, tu as un mois pas plus la revue sort le mois prochain oh tu m'écoutes mademoiselle confuse je te] blablablablablabla. non je t'écoute pas, je veux mourir, là.

je pensais souffler deux petites heures, avant les autres réunions, deux malheureuses petites heures ce n'était quand même pas trop demander, mais c'était sans compter sur le boulet de service, so happily stupid, just call me brainless, appelons la sandy puisque ce n'est pas son nom, ah sandy espèce de serpent à sornettes qui persiffle de belles sonneries, si tu savais comme je t'emmerde toi aussi, parmi tous les autres, superbement, très franchement, peu importe l'adverbe, [haaaan ça fait longtemps qu'est-ce que tu deviens han? han t'as trop une sale têthan et t'aurais pas un peu grossihan et non mais c'est normalhan tu somatishan tu wois moihan, en ce moment je travaille vachement sur le corps tu wois et haaaan je t'ai pas dit non mais c'est dinguhan non parce que tu wois moi la culturhan je trouve ça trop terriblhan] non mais pitié je vous en prie achevez la. et ses pauvres tarées de copines aussi, un petit coup de sabre laser ni vu ni connu, jeune fille bien sous tout rapport cherche jedi bénévole, ne téléphonez pas après 21h je ne réponds pas, ni même avant, parce qu'avant je cours d'un étage à l'autre et je subis le désagréabilisme et la mauvaise volonté de l'université la plus mieux de tout l'univers, celle où on perd vos notes, celle où les chiottes sont toujours bouchées, celle où on plante un thermomètre dans les rosiers au lieu d'acheter des ordinateurs, celle où les murs s'écroulent puissance quinze sur l'échelle de richter, parce qu'après tout on est dans une zone sismique, alors qu'est-ce qu'on en a à faire hein, j'vous l'demande, on s'en tamponne le tampax nous que les salles soient pas aux normes, d'ailleurs c'est bien connu les étudiants sont tous des petits branleurs qui vivent aux crochets de leurs parents, ou de l'état, c'est selon, ils ne votent pas et ne payent pas d'impôts, manquerait plus qu'on fasse des trucs pour ces parasites sociaux, faut quand même pas déconner, et puis onze heures trente c'est pas onze heures trente-et-une, bordel, ah je te jure georgette on se demande à quoi ça leur sert d'avoir un bac plus huit, ils savent même pas lire un horaire, ces petits cons.

j'adore ce genre de journées pourries qui n'en finissent plus.

9.25.2005

Hey, must be a devil

j'ai pas sommeil. je suis toute décalée. j'ai bu du thé. j'ai dégrisé. tralala dort derrière. son sommeil respire les vapeurs de vin d'orange. j'ai envie de me couler dans ses bras, juste comme ça, comme avant. mais ce ne serait qu'un pis-aller, pas vrai? j'ai une envie de tendresse pas croyable. ça me prend dans le bide. de la douceur. pas besoin, juste envie. qu'on me caresse les cheveux, le dos, sans parler. j'ai l'alcool gai, puis tendre, puis triste quelques fois.
je pense à [e]. je ne sais pas pourquoi, il n'y a aucune raison précise, rien qui m'ait évoqué son souvenir. mais ce soir il me manque tellement. je me rappelle ce jour où il m'a dit qu'il partait, chez sa soeur. je lui ai dit amuse-toi bien. je ne lui ai pas dit que je l'aimais. je ne sais pas bien dire ces mots-là. je ne sais pas toujours bien m'y prendre. [c] m'appelle miss transparente, et pourtant, il y a tellement de zones d'ombre, en moi. [e] je n'en parle jamais. à personne. je ne lui ai pas dit que je l'aimais. je me rappelle le manque de lui, les coups de fil furtifs, en cachette, à trois heures du matin, les fous rires, puis ces quelques jours où on ne s'était pas appelé, où j'avais tellement envie de l'entendre, où je ne voulais pas m'imposer. je me rappelle son visage, parfaitement, j'avais peur qu'il s'efface mais il est toujours resté. j'ai gardé une photo, une vieille photo toute cornée. dans un cahier. je ne la regarde jamais, presque jamais. je me souviens ses boucles, ses boucles par centaines, je mettais mes doigts dedans, je m'emmêlais, il pestait, je riais. je me rappelle ses mains, des paumes massives et des doigts fins, des mains métisses, des mains de travailleur délicat. je me rappelle ses yeux noisette, et ses cils si longs, si longs, interminables, je l'appelais ma biche, pour me moquer, et je les aimais tant, en fait, lui et ses cils. je me souviens les pixies, les breeders, franck black. je me souviens de son skate, de ses ès toutes trouées, de son jean élimé, de sa veste marron, celle qui sentait lui, cette odeur de savon, de talc, de lui, si particulière, qui me revient sans prévenir quelques fois. je la sens dans l'air, et j'ai le coeur qui se serre. je me souviens de [e] comme si c'était hier. je me souviens de ce coup de fil, elle en larmes, je ne comprenais pas, je répétais mais arrête, qu'est-ce qui se passe, arrête, calme-toi, et plus je lui disais de se calmer plus j'avais peur, une angoisse terrible, elle pleurait, elle pleurait, elle n'arrivait pas, et je pleurais aussi en criant mais dis moi. et elle a dit. elle a dit [e] est mort, et elle s'est remise à sangloter. moi non. j'ai déconnecté. de la réalité. j'ai eu l'impression d'une faille immense sous mes pieds. d'une déchirure irrémédiable dedans. un arrêt, une infinie solitude du coeur, de l'âme. je crois qu'on petit bout d'elle, de mon âme, est morte ce soir-là. je me revois, dans la chambre de mes parents, à côté du téléphone. mon père était à la clinique. ma mère était à bout. moi j'étais éteinte. simplement éteinte. j'ai raccroché. j'ai raccroché sans rien dire, et je suis restée de longues minutes immobile, seule, à regarder fixement le mur. je suis allée vomir. je me suis rincée la bouche, lavée les dents. je me suis enfermée dans ma chambre. là j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. toute la nuit. jusqu'à ce qu'elles tarissent. le lendemain je suis allée en philo, les deux premières heures de cours. puis je suis partie au bastion, regarder la mer. je l'ai rappelée. elle m'a dit on n'a pas retrouvé son corps. ça fait trois jours qu'il a disparu, un témoin l'a vu tomber, ou sauter, on ne sait pas trop, il avait pris des acides avant, avec elle, et le type l'a vu, il a donné l'alerte, on ne l'a pas retrouvé, on a fait une déposition, la police a dit que c'était probable que ce soit lui. très. très probable. il avait 20 ans. quelques fois je me dis que j'ai rêvé tout ça. que c'était juste une parenthèse, un sommeil paradoxal. qu' [e] est là, quelque part, posé sur un coin du monde, qu'il a juste décidé de partir, sans rien dire, qu'il va bien, qu'il pense un peu à nous. à moi. que sa nouvelle vie le rend heureux. mais qu'il pense à nous. à moi.

9.19.2005

Could'nt get lost



je me souviens du goût amer. je me souviens du goût sucré.je me souviens de chaque moment.je me souviens de tout.de tout.

9.17.2005

Et la santé surtout hein

je me suis posée dans un café où je ne connais personne, pour être sûre d’être tranquille, loin des piliers de zinc qui enchaînent les demis dès neuf heures du mat, j’ai déversé des litres de bile acide dans un petit carnet, le mec à côté a demandé « vous êtes écrivaine, vous prenez des notes?», je lui ai lancé un regard noir et l’ai méprisé pour le féminin d’écrivain, l’égalité des sexes ne passe pas par un e final, ça passe par un salaire identique à diplôme égal, ça passe par le respect, et le respect c’est ton boss qui ne pose pas sa main libidineuse dans ton dos à la photocopieuse, c’est ton collègue qui évite de reluquer tes seins à tout bout de champ, c’est le jeune cadre dynamique qui ne raconte pas à son pote que tout le monde est passé sur la secrétaire sauf le train, c’est les cuistots de la cantine qui ne rient pas grassement en disant qu’ils lui pèteraient bien son joli petit cul, à la blondasse, le respect de l’intégrité morale et physique de la femme, notion qui finit malheureusement par alimenter les débats inutiles, les palabres qui se mordent la queue, les actes plus difficilement, j’en ai ma claque des féministes qui appellent leurs mecs à la rescousse pour changer une ampoule, des phallocrates en costard qui fréquentent les clubs sm pour qu’on les remette à leur place, qu’on arrête de me prendre la tête avec l’égalité des sexes, la loi sur la parité n’est pas respectée, les femmes occupant un poste à responsabilités dans la sphère publique représentent 16% de l’effectif global, les nanas gagnent leurs droits sociaux à la sueur de leur cerveau mais elles continuent à être les principales victimes d’agressions sexuelles et de violences physique et symbolique, et évidemment c’est la faute à la minijupe, ces petites salopes d’allumeuses pas vrai, elles l’ont bien cherché, un homme qui se tape une minette différente tous les soirs et sa femme le week-end est un don juan, une fille qui suit son exemple est une catin, la forme a changé depuis [émile et l’éducation], le fond pas tellement, alors s’il te plaît remballe ton putain de e à écrivain, ton hypocrisie et ta bonne conscience avant que je sorte réellement de mes gonds. et peut-être bien que je généralise, oui, peut-être bien que je caricature, peut-être bien que ce pauvre petit mec n’y est pour rien, qu’il traite sa copine comme une reine, mais je n’en ai rien à foutre, rien n’est jamais ontologiquement objectif, je suis subjective parce que tout est question de point de vue, et tout est question de choix.

l’évidence des choix, café ou jus d’orange, jupe ou pantalon, blonde ou brune, le corps ou l’esprit, le rouge ou le vert, la vie ou la mort, il s’agit toujours de choisir, de se donner les moyens d’arriver à ses fins, et d’assumer, pas d’accord avec le destin, avec le déterminisme divin, avec le déterminisme social, et dieu sait que si je suis une anticléricale endurcie, j’ai par contre beaucoup de respect pour pierre bourdieu. après mon café j’ai pris le train, pour n’importe où, sans billet ni envie particulière sauf peut-être celle de voir plus loin que le bout de mon nez, et j’ai choisi d’être face à quinze murs qui regardent consciencieusement leurs pieds dans le sens de la marche, plutôt que le mur de mon reflet dans la porte du compartiment, j’observe les gens, il se passe tellement de choses dans les trains sans même qu’ils en aient conscience, ne serait-ce que l’évitement et les périmètres de sécurité, les wagons sont de vrais microcosmes où toutes les peurs de l’humain se serrent les coudes, postées immuables entre la dame qui plaque son sac sur ses genoux à s’en faire péter les articulations, et le monsieur qui lit l’équipe pour ne surtout pas avoir à regarder son voisin, ça sent l’acceptation de la routine, ça sent le rejet des rêves de gosse, ça pue la résignation et le fatalisme sordides, et j’ai envie de hurler, de balancer mon libé au visage de tous ces déjà morts, je me déteste aujourd’hui de penser ça, je me déteste de rejeter en bloc ce peloton de bonnes gens au teint gris qui n’a rien demandé à personne, et peut-être, sûrement je me fourvoie, peut-être sont-ils dans le vrai, je les juge sans même savoir, sans rien connaître de leur vie, mais j’aurais envie de leur éructer que c’est vachement apaisant le soleil qui se lève sur la mer, qu’on se sent vivant quand on prend le temps d’attraper une petite brise dans ses cheveux, que ça vaut le coup, mille fois le coup de sortir des factures, du métro, des emmerdements pour sourire à un môme et voir son visage s’illuminer. et là la môme c’est moi, petite fille qui bouillonne au milieu d’un no man’s land du sentiment, au milieu de ce bordel d’humanoïdes dissociés.
je récupère les bonnes vieilles habitudes, elles ont la vie dure quelques fois, je me souviens d’un échange avec m. quelques mois plus tôt, le grand cirque ici, les jongleurs du commentaire, le sucre qui colle à l’ego, faire le beau ou laisser pisser en levant la patte sur la page d’accueil, écrire pour soi et se ménager suffisamment d’oxygène, faire le deuil des faux-semblants sans regret, mais rien ne change ici, jamais, mêmes têtes mêmes affiches même blabla, et je suis déjà lassée au bout de quelques semaines. vaniteuse, narcissique, démesurément nombriliste, exhibitionniste, contrariante et contradictoire, peu importe, je m’en tape, je change d’avis toutes les secondes, d’état d’âme toutes les minutes, mais au final si je fais le bilan, je suis de gauche bien plus que de droite, je veux un simple amoureux bien plus qu’un très bon amant, je veux être aimée pour ce que je suis bien plus qu’être favorite d’une poignée d’anonymes, je crois à la simplicité, à l’esprit critique et à toutes ces choses qui me font avancer bien plus que je ne crois en moi-même, ma seule certitude est d’avoir tout à apprendre à découvrir à comprendre et surtout à vivre et c’est elle qui me maintient, j’aime l’orthographe et la syntaxe correctes bien plus que le langage sms lololol kikou bisou trobi1 tavu mdr, je préfère alain rey à laurent romeschko et desproges à élie semoun, j’indigestionne la passivité bien plus encore que le militantisme stérile, je ne suis pas une étiquette, je ne suis pas une catégorie, je ne suis pas de celles qui, ou peut-être que si, je suis ce que je suis, exactement telle que je suis et j’emmerde ceux à qui ça ne convient pas, et je m’interroge une fois de plus, déménager à nouveau, aller voir ailleurs si j’y suis et surtout si je m’y [re]trouve, ou disparaître dans les ondes, je m’interroge. je pense à cette notion de liberté sur 20six, mi-chemin entre tyrannie du composé et diktat de la popularité, l’avis de fin et la fin des avis comme mort de la liberté d’expression, mais je n’en ai rien à foutre, strictement rien, la mort de la liberté d’expression c’est tous ces journalistes qui croupissent dans des prisons et qu’on oublie si l’un d’eux a la chance de s’en sortir indemne, la mort de la liberté d’expression c’est les médias indépendants qui rament pour voir le jour, la mort de la liberté d’expression c’est tf1 et la manipulation audiovisuelle, la mort de la liberté d’expression c’est aussi se faire traiter de facho parce qu’on manifeste contre le pen, mais mort aux arabes évidemment ça c’est de la démocratie, et peut-être bien que je suis à côté de la plaque, que j’enfonce des portes ouvertes, que je balance des inepties gratuites, que je dis trop de conneries, mais entre nous je reste convaincue que la connerie est justement la chose la mieux répartie entre tous les hommes. ca fait au moins un domaine dans lequel on peut parler d’égalité.

9.16.2005

Bless you

il est tard, le temps distendu, étiré, et ses mains encore, sur mon corps, ses doigts, douceur, douceur, douceur, caresse mes frissons, redécouvrir, sa bouche, tendre, humide, lui, glissant, moi, chaleur, fluide, et nos soupirs et, sa peau si blanche, diaphane, fragile, que je touche, du bout des lèvres, nos langues, qui s’en mêlent et nous emmêlés, l’espace, le temps brouillés, lui, et moi, en moi, mon odeur sur lui, palpitant, goûte-moi, avale-moi, étouffe-moi de toi, toujours, les draps froissés, ventre luisant de lui, reste comme ça, oui, la fumée, en volutes, bleues, qui montent, sa voix dans mon cou, gémissements, ses dents sur mes veines, bois-moi, encore, viens, et sa main sur, mon dos, mes reins, mes fesses, cambrure, viens.l’aurore, les premiers rayons m’éveillent et, il est là. étendu, nu, soyeux, lisse, ses paupières, et je pose, mon oreille, doucement, sur son torse, son dos, son cœur, écouter lui, battre, ses rêves, j’écoute, son souffle, ses lèvres entrouvertes et sa salive, un peu, jolie, les cheveux sur ses paupières, il se soulève, régulier, apaisement, alors parlez, riez, faites tourner le monde, rond, droit, allez, travaillez, moquez-vous, des amants, de moi, de nous, criez, mais pitié, par pitié, s’il vous plaît, ne le réveillez pas, ne m’enlevez pas ça, s’il vous plaît, ne le réveillez pas, laissez-le, encore, longtemps, comme ça, laissez-le moi un peu, il est si beau quand il dort.

9.12.2005

Please

je me suis endormie sur le canapé à 05:00 am, puis réveillée à 05:30 transie de froid, je suis allée mettre un pantalon, un gros pull en laine et des chaussettes bien trop grandes, mais le mal était fait. le réveil a sonné à 07:00 et j'ai voulu mourir, j'ai pris mon courage à dix doigts et un di-antalvic et un thé à la cannelle et une pomme, mais rien à faire, j'ai cette enclume dans le crâne et une armée de petits marteaux qui s'acharnent à taper dessus en rythme, une pelote d'épingles dans les yeux, et cette once de truc étrange au creux du ventre, un mélange de tristesse et de lassitude, parce qu'aujourd'hui je suis tellement crevée que je ne sais pas comment je trouve encore la force de ne pas m'écrouler, parce qu'aujourd'hui j'aimerais vraiment que ma vie soit autrement, parce qu'aujourd'hui j'ai l'optimisme en berne, parce qu'aujourd'hui je voudrais m'endormir dans les bras d'un amoureux sans parler, parce qu'aujourd'hui je n'ai pas envie de me préoccuper du théâtre de brecht, ni de celui d'artaud, ni de bourdieu ni de mauss ni de goffman, ni de tralala, ni de la croquette, ni de ma mère, ni de mon compte en banque, ni des états d'âme des uns et des autres, parce qu'aujourd'hui j'adorerais qu'on me laisse tranquille mais qu'on s'occupe de moi, qu'on me dise que je suis quelqu'un de bien qui fait les bons choix, que je suis charmante plaisante attirante amusante attachante captivante stimulante excitante avenante piquante enveloppante fascinante élégante attrayante bandante, peu importe, n'importe quoi peu importe, juste des choses gentilles, parce qu'aujourd'hui je suis out, complètement au sac, parce qu'aujourd'hui j'ai la tête dans le fond et qu'aujourd'hui le fond de ma tête is getting so tired.

Movida

noviembre est vraiment un bon film. achero mañas n'a de cesse de me surprendre. il serait temps que le cinéma hispanique élargisse son trou dans les salles françaises.

[antes, queria cambiar el mundo, pero ahora solo quiere que el mundo no le cambie]
[foutu clavier frances]

9.10.2005

Histoire de

quelques fois, je me sens tellement. loin de tout. détachée et. larguée. je crois que larguée est le terme exact. je ne suis pas croyante. je ne suis pas nihiliste. je ne suis pas blasée. je ne suis pas lassée. je ne suis pas pessimiste. juste. à côté de la plaque. j'aime quand ça sent la vie, quand ça hume le mouvant. j'aime la voix et les caresses et les regards qui disent plus que les mots, parfois. et je me sens larguée.

et ce souvenir me revient, je ne sais pas pourquoi, souvent dans ma tête s'impriment ces petites images venues du passé sans que je les ai convoquées, ce souvenir de mes neuf ans dans la cour de l'école du ponteil. j'avais neuf ans, un t-shirt mickey et les paumettes roses, toujours ces joues de petite fille, les mêmes qu'aujourd'hui, celles qui n'ont de cesse de se colorer pour faire savoir au monde mon embarras, alors que je les voudrais discrètes. j'avais neuf ans et incroyablement confiance en l'avenir. et déjà j'inventais. cette histoire de princesse qui veut qu'on lui attrape la lune. élodie était la princesse. parce qu'elle était la plus menue, et que nous devions, pour les besoins de la tragédie, la porter aux nues. c'est amusant comme on peut être pragmatique, sans s'en rendre compte. élodie était la princesse, alexandra marine et moi ses dames de compagnie dévouées, et nous avions à décrocher la lune pour cette princesse capricieuse. nous inventions mille techniques, mille instruments pour monter au ciel, sans qu'une seule fois nous ait effleurées la moindre métaphore, et nous finissions, ingénieuses, par cuire une gigantesque crêpe en la faisant passer pour l'astre. la princesse élodie faisait mine d'être satisfaite, nous étions soulagées qu'on ne nous coupe pas la tête.

9.06.2005

Outro-version

ahah vous y avez cru hein? moi aussi. décidément, je passe maître ès va te faire foutre, et un coup de balai, ouais. [o.], comme l'histoire, disait de moi un jour [nanouk c'est une femme qu'on épouse, et qu'on traite comme une reine, parce que c'est à la fois une amante et une aimante]. il aurait dû ajouter un aimant à connards, accessoirement. voilà pour l'errata.

mademoiselle nothomb devient la paulo coehlo belge, mais ça n'empêche que je l'aime bien, au moins dans ses premiers temps, et elle dit une chose très juste, [l'esprit humain présente une carence intellectuelle fondamentale: pour qu'il prenne conscience de la valeur d'une chose, il faut qu'il soit privé de cette chose], quelque chose comme ça, souvenir approximatif, mais oui c'est tellement ça, dans deux semaines je quitte tout ce qui fait mes repères, les pavés foulés et la mer devant laquelle j'allais me vider l'esprit, je garde tout ça dans ma boîte à malice, mais ça me fait un drôle d'effet, un effet-mer peut-être, je me surprends à me laisser submerger par quelques ondes nostalgiques, mon premier baiser, ma première paye, mes premiers temps avant de comprendre que le monde c'est un peu une claque dans la gueule. je laisse aussi tous ces ceux, ces celles, et j'aurais envie de leur dire des choses, jolies ou moins, et pas que, des tas de trucs pour l'avenir, genre discours ferrero rocher, tic tic tic, aheum aheum, s'il vous plaît, tic tic tic un peu de silence, je tiens à remercier ma famille blabla, rien à voir, en fait je dirais

je ne sais pas.

This lil feeling

elle a dit [moi les mecs poilus c'est pas mon style] et j'ai ri parce que j'ignorais que la pilosité était un style. elle a demandé quel était le mien, et je n'ai pas su quoi répondre.j'aime les gens engagés. et les gens dégagés. et l'idée qu'un rien fasse la différence.

9.05.2005

A voir

mécanique des fluides et/ou métempsychose de l'âme [?]

9.03.2005

Normale

étrange période que celle qui se dessine, de prenantes prises de conscience en surprenantes surprises, quelques bonnes, d'autres moins, ma foi on s'en accommode.
je m'interroge toujours sur la nécessité d'un blog, et sur l'incroyable narcissisme qui me pousse à me répandre ici sans pudeur ni réserve, amusant paradoxe qui veut que j'aime tant passer inaperçue mais que je me dessine ici tous les jours, je me demande si ça tient à un réel besoin, si ça ne me fait pas plus de mal que de bien, et surtout si les blogs ne sont pas finalement qu'une facette supplémentaire de l'ère de l'indiscrétion dans laquelle nous sommes plongés depuis big brother. je n'ai jamais beaucoup aimé, en fait, le principe 20six, les favoris, les commentaires, j'ai souvent déménagé quand je me sentais oppressée, j'ai toujours entourloupé et esquivé quand on espérait de moi une plus synchrone intimité, je n'aimais pas qu'on juge mes états d'âme, je n'aimais pas les phrases-tiroir, je n'aimais pas les blogodragueurs de comptoir, et je n'aime toujours pas ça, mais je me surprends aujourd'hui à prendre du plaisir à discuter avec quelques écrivains de la toile, trois en trois jours m'ont amusée, je déplore seulement qu'il ne s'agisse jamais de demoiselles, ce serait sans doute moins sujet aux malentendus. tout cela n'empêche pas que j'aie besoin/envie d'organique, d'épidermique, et de vocal. passons.
je m'aperçois et commence à vivre le fait que mon existence est simplement telle que je la fais et que l'idéalisation du bonheur et de l'état de grâce n'est qu'un joli leurre, bien que joli soit en fait un terme mal choisi, j'en ai assez de rassurer ceux qui doutent en gardant leurs oeillères et se complaisent dans la mythification de leurs souvenirs heureux, il est temps je crois d'aller de l'avant et de balancer le reste aux encombrants. lassée de ces mecs qui ne savent pas ce qu'ils veulent, exit le syndrome du jokari, plus on me jette fort plus je reviens vite, tous ces types un peu paumés un peu largués et surtout mal dans leurs pompes, ceux qui en général m'émeuvent et me donnent envie de [d'eux] ont cette fois eu raison de ma patience, ma capacité d'empathie et de compréhension a des limites que je n'ai eu de cesse de repousser, mais là j'ai ma dose, je mérite mieux, nettement mieux, je mérite un putain de quatre étoiles avec un méchant service d'étage. mais je remercie quand même [j.] l'homme lâche et indécis qui m'a ouvert les yeux hier soir le temps d'un apéro, il a dit j'aurais pas dû te laisser filer tu me manques, j'ai dit toi non, et je suis partie, merci. merci aussi à [t.] l'homme qui piétine mon coeur, à force d'être disponible et de me cogner dans son mur du soi, j'ai fini par réaliser qu'il y a tellement plus simple ailleurs. à la trappe les histoires foireuses.loin d'être une journée studieuse et ethnoscénographique, aujourd'hui fût quand même visuel, entre wings of desire et aaltra, déjà vus mais toujours autant appréciés, puis le monterey pop festival et cette video pirate trouvée par hasard et pour mon plus grand bonheur, sue foley candye kane et ana popovic au rouge gorge, concert où j'aurais dû aller mais que j'ai raté. william gibson dans une rediff de tracks, pas fan du cyberpunk, mais amusant quand même, et je crois ce festival au luxembourg, feuilles d'automne, j'aurais aimé voir ce que ça donnait, encore une manifestation qui doit donner au gouvernement l'impression qu'il favorise la culture. mouarf. nouveau paul auster en sortance, mes cartons en préparance, mon boulot en stagnance, mes envies en errance, ma tête en vagabondance, ok, tout est normal, je suis normale.

9.01.2005

Possibly maybe

il écrit [do i know any?], et moi je pleure, encore, à la dérive, dévivre de rêves entre deux rives, toujours les bords, penchés vers l'à-côté, l'amer qui perd les eaux et l'osmose assassine, et ce creux dedans, vide-poche ou vide-ordures, je sais pas bien, je sais plus trop, engranger ou déranger ou désengorger la déveine en rouge et en bleu pour l'artère coronaire, à flot d'influx et confluer, ou me déb[harrasser]. combler parce qu'il faut bien, tous les moyens sont bons, ou moins, juste me sentir en plis emplie et accomplie, m'épiler l'intérieur de toutes ces petites échardes, bottes de point à la ligne, jamais de sept lieues même quand [je vais je veux], nouvelles lois nouveau moi nouveaux choix que j'enfile et comme je file, et comme je m'effile, et comme je suis fatiguée lassée, passée, dépassée.
trop se chercher pour éviter de se trouver de se re-trouver puis de se couver, mâles en vers et mal envers et contre tous, toujours l'intérieur à l'envers, puisqu'il n'y a pas d'endroit où je me sente bien, où je me sente là, où je me sente [juste] moi. vin d'ici et eau de là, de l'o dans mon viens, reprendre un doigt ou juste un dé, dé à découdre avec ma toile de fond , ou couder les mots, ou couper les ponts en deux, un pour toi un pour moi, mais pas nous, con-prends-moi, ça [souffr]ira . trompe l'ennui et trompe la mort les jambes au bord du gouffre, boire du thé jeter le rance, se noyer dans un bol de lait froid et les froids et l'effroi qui endorment la conscience et écornent la patience, j'ai besoin d'un shoot au ballon d'oxygène, rien ne se perd toute secouée, et tout se coué, et tout va bien aller.

8.30.2005

Rexpirationnelle

changement d'air, changement d'herbe, de retour chez moi qui ne le suis plus pour longtemps, pas le même goût, pas le même vert, pas le même vers, et le vague à lame de fond de verre de vin. je suis. patience somnolence fatiguance, respire, bientôt tu te tires.

caresser quelques cordes moins raides que celle sur laquelle j'ai l'impression de me mouvoir. et sans filet à papillons, juste de petites mélodies en croissants de lune mais. rien n'y fait, tout est là, encore, archive again n'est-ce pas, tout est là enroué de coups du sort et essorages de sortilèges froissés, philtres d'âme avariée, blabla.

plus de larmes, incroyable sécheresse, tous les pores bétonnés. et dedans. mes pinceaux, pour finir, malgré tout, des couleurs partout, une vraie fauve mais patte de velours, petit leurre pour reprendre l'habitude, ne pas penser pour mieux panser, quelque chose comme ça mais. les pensées qui s'effeuillent. sans doute l'automne. puis après l'hiver, et la suite, encore. aussi froid que lui tout à l'heure, appel à tarte et tête à claque, une de plus, une de moins, plus ou moins, il a dit j'ai rien au coeur, j'ai pensé. que moi si, maintenant. quelle ironie. pas de docteur pour ça.
s'il te plaît quelqu'un. console moi. ou assome-moi. dis moi qu'il y en aura d'autres, de ces corps faits pour moi, des ces mains qui pétrissent, de ces grains de peau, de ces odeurs dans le cou qui serrent le ventre tellement on les aime, de ces mots si clairvoyants. d'autres moi. d'autres lui. d'autres lui et moi, d'autres moi et lui en moi. de mois en moi, et notre émoi, etc.


[mode expiration on]
[expulser, expirer, expérer?]
[tourner la page et]
[rester éveillée]

8.28.2005

Pyjama blouze

je suis amoureuse et malheureuse, et en colère, tellement en colère, pas contre lui, comment pourrais-je lui jeter la pierre alors que je sais tellement bien ce qu'il ressent, toute cette indécision, ces couches de n'importe quoi, vouloir tout et son contraire, en colère contre moi, d'avoir baissé ma garde et posé ma carapace un peu trop loin pour retourner m'y enfouir si jamais, d'avoir eu envie de ce lui dans ma vie, pour de vrai, pour la première fois depuis une éternité, d'avoir laissé mon bout de coeur se transformer en une guimauve gluante qu'on peut machouiller à loisir avant de la cracher salement sur le trottoir, et je me suis dit, je me suis dit voilà, c'est bien fait pour ta gueule ma grande, juste revers de la médaille, pour toutes ces fois où je me suis envoyée des petits branleurs par dépit, par ennui, juste pour me sentir vivante, à force d'être un peu garce l'air de pas y toucher, ouais, du genre sainte-nitouche-moi-j-adore-ça-baby, mes boucles rousses devant mes yeux qui pétillent, mon sourire de petite fille sage, la catin sous l'angélique, à force de prendre pour des cons ceux qui s'attachent à moi, ça me pendait au nez, et c'est juste bien fait pour moi. il a pris le train et en arrivant chez lui il s'est connecté, merveilleuse invention qu'internet qui permet aux amants en crise de faire passer tellement de non-sens par un putain de verre securit, on a parlé toute la nuit, il a dit je sais pas où j'en suis, il a dit ça me fait flipper tout ça, il a dit là tu me manques c'est dingue, il a dit je regrette ce que j'ai dit ce week end mais je sais pas, il a dit avec toi c'est juste bien tu vois, juste vachement chouette et tellement naturel, j'ai la trouille, il a dit je suis un sale con, il a dit mais putain de bordel de merde je tiens à toi, il a dit vas-y jette moi une bonne fois pour toutes, et j'aurais dû, évidemment, j'aurais dû lui dire d'aller se faire foutre au lieu de jouer avec mes sentiments, mais j'ai pas pu, degré zéro de dignitié, j'ai laissé la porte ouverte et j'ai dit tu sais où me trouver.
[t'es qu'une pauvre conne, nanouk] [vraiment qu'une pauvre conne]

8.24.2005

Serre-moi

fumer pour passer le temps, not dead but bien raide, encore, les joints qui m'affolent les sens, retrouver le goût d'écrire sans poudre aux yeux, junkie du perlimpinpin, juste dedans et autour, du rose et du gris parce que c'est comme ça, c'est foutrement comme ça que ça se passe non? du rose et du gris et tu cherches, tu grattes, jusqu'au sang, pour comprendre, mais y'a rien, c'est tout, y'a rien à comprendre, c'est juste comme ça que ça doit être, c'est à toi de savoir jouer avec le nuancier. surtout ne pas se noyer, surtout ne pas s'ennuyer, surtout ne pas montrer ce que t'es, petite conne qui sait pas ce qu'elle veut mais qui dit que ça elle en veut pas, faut que j'arrête ça, jouer à être une autre.eva pour les yeux et le cerveau un peu, flotation toy warning pour les oreilles, et putain, are sex toys the only things i can get? furieuse envie qu'il me morde le cou le ventre les seins, qu'il me baise en me disant qu'il m'aime, combien de temps que ça t'est pas arrivé ça chérie, hein, combien de temps que t'as pas eu l'occasion de paniquer parce que tu sais pas faire les deux ensemble, tu sais pas aimer en baisant ni baiser en aimant, combien de temps que t'as pas dit en te lamentant que t'es une handicapée du sentiment, myope des yeux, myope du cul, myope du coeur. mais c'est tellement facile d'écrire au lieu de changer.

8.20.2005

In bloom

mesurer son degré de sincérité avec soi-même et s'apercevoir que tout ça c'est des conneries, finalement. l'impression de perdre pied, un peu, quelques fois. pas de rêves de vie bien rangée, pas d'envies, là, noir sur blanc, comme ça, pas de lui, pas trop de moi, partir toujours pour toujours, et toujours revenir, je voudrais être téméraire, emmerder mes obligations, tourner le dos et le cerveau à tous ceux qui ne comprennent pas, qui ne comprendront jamais, et savoir dire les choses, juste savoir dire les choses simplement, et je ne comprends pas pourquoi tout est toujours si compliqué, les aveux les mensonges et le temps qui passe, et le masque qui colle à la peau, néant gluant et transparence lisse, les sourires en coin, juste pour pas tout cracher à la gueule du monde, c'est tellement fatiguant de jouer à être soi, ou jouer à être une autre, je sais pas. et je crois, je sais que je suis là, sans cesse confrontée à mes contradictions, ces contradictions, ces alternatives, prendre à gauche ou à droite, ou peut-être au milieu, toutes ces dispersions qui me façonnent et m'enlisent à la fois. et il me faudrait bien plus que le temps d'une vie éphémère pour les attraper et les regarder bien en face, cent ans d'existence et de solitude ne suffiraient pas pour comprendre mes rêves, mes envies, tout ce qui fait que je ne passe jamais à autre chose mais que j'emmagasine, j'engraisse, j'encaisse, et je me noie dans tout ça. l'indécente inconstance qui s'incruste sous mes ongles, aimer l'espace d'une minute et se lasser, se laisser, se délaisser, et s'oublier. et s'ennuyer.

7.16.2005

Haven't slept a wink

je suis fatiguée, et quand je suis fatiguée, rien. rien de rien. pas la peine de te forcer, hein, t'as juste envie de balancer tes fringues par terre et de te rouler en boule. prostrée, voilà. j'ai juste envie. je redécouvre chez moi, enfin autour. c'était l'ouverture du festival, j'ai noté tous ces rendez-vous, ces numéros, à quelle heure puis-je vous joindre, un déjeuner ce serait bien hunhun oui hunhun ok c'est noté à demain, monsieur p., monsieur d., mademoiselle s.e.a, et tous les autres, ceux qui ne racontaient rien, les photos le son et la caméra à la main, mes yeux qui se ferment doucement mon esprit épuisé et bercé par les voix, se reprendre, recadrer, penser mobilisation de l'espace scénique et gestuelle narrative, penser pistes de recherche et calame-griaule, et avoir tellement envie de se laisser glisser dans un sommeil apaisant, mais repartir, redescendre à la ville, une heure de route au milieu des montagnes, même pas le courage de mettre de la musique, ni de penser. la maison dans le noir et le noir dans la maison, 03h09 et déjà le 16 juillet, le temps ne s'arrête donc jamais, ou bien est-ce moi, l'impression d'avoir oublié quelques mois de l'année. commencer les cartons, bientôt, sens dessus-dessous, et sans dessous dessus tellement il fait chaud, l'air moite et la sensation de crasse, juste envie d'être nue et de ne rien faire, rien de mouvant, le vent dans les voiles et l'hélice rafraîchissante, fumer une clope et se laisser aller. j'ai relu un peu lui, pour voir, l'ancien et le nouveau, et il y avait cette petite faute, et c'était l'évidence d'avoir fait le bon choix, et bien entendu c'est absurde de se baser sur une bête faute de grammaire, l'histoire d'un accent mal placé, moi je suis bien fâchée avec les pluriels, alors quoi, mais voilà, c'était là et ça ne m'a pas fait sourire, je ne me suis pas dit que le style compensait, ça m'est juste apparu grandiloquent, presque grotesque, j'ai regretté de penser ça, mais c'est tant pis mieux après tout, certaines choisissent leurs amants en fonction de leurs performances au lit, moi je les choisis en fonction de leurs performances à l'écrit. degré de virilité versus degré d'émerveillement. chacun son truc.

7.10.2005

Les histoires

il y a ce titre que je trouve magnifique, contes de l'envie d'elle et du désir de lui, ça me replonge dans l'enfance, ces nuits où je ne fermais pas les volets pour voir le ciel et les étoiles, et où j'avais cet étrange sentiment de ma petitesse, mais tant de sérénité. et toutes les histoires que j'inventais, pour ne pas dormir, parce que c'était tellement plus amusant de penser les images plutôt que les subir, écrire dans sa tête la trame, les personnages, et les faire vivre quelques minutes, le temps de rêvasser. il y a aujourd'hui en moi cette envie de comprendre le monde, peut-être est-ce un besoin, mais c'est moins joli, plus humain sans doute, mais moins joli d'avoir besoin plutôt qu'envie, aujourd'hui j'écoute et je retranscris, la parole des gens, leur vécu, tout ce qui fait ce qu'ils sont. moi je n'invente plus, plus beaucoup, plus comme avant. il y avait cette femme, apaisante, et sa voix, même quand elle se racontait, elle contait, une drôle d'impression, elle a servi du café et de la cassonade, et sa cuisine sentait l'odeur du village sous la pluie, et l'escalier l'odeur du bois, et sa voix sentait le doux, la lessive des draps de mes huit ans, les cigales de mon jardin l'été, la main de ma mère sur mon front avant d'éteindre la lumière, l'histoire des fées des bois et riquet à la houppe, sa voix sentait ce monde, grandir c'est quelques fois oublier un peu qu'on a aimé les histoires. je cherche un titre. qui reflète elle, eux, les histoires de mon enfance et ceux qui les content aujourd'hui, et j'ai peur de perdre la magie en écrivant toutes ces pages, parce que ça ne sonnera pas, parce que les mots chantent tellement moins que les voix glânées, et je pense à d. mais je sais pas raconter les histoires, et c'est vrai qu'elle sait pas, et moi non plus, pas trop, plus trop. et je pense à g. aussi, je mettais ma tête dans son cou qui sentait le savon en l'écoutant, et il racontait lui et les dragons et les lutins et juste la vie, j'écoutais en m'endormant, raconte encore, il s'endormait toujours avant, comme j. je crois, lui aussi il s'endort avant, il s'endormait et alors j'écoutais son souffle, et c'était comme une autre histoire, il était une fois, il sera une fois, cette sensation d'éternité, comme si rien ne pouvait jamais s'achever, ni lui, ni moi, ni rien autour. très professionnelle, j'ai demandé comment on choisissait son répertoire, et je n'ai pas aimé demander ça, c'était comme être une intruse, et je n'ai pas aimé ma voix en demandant, une voix de chercheur, une voix d'ethnologue, ça pourrait être joli, ça l'est, quelques fois, mais là ma voix était si mécanique, et elle a dit on ne choisit pas, ce sont les contes qui nous choisissent, et ça m'a émue, je ne sais pas bien pourquoi, ça m'a juste touchée, ce sourire dans sa voix, et j'ai eu envie de lui demander, là, dans sa cuisine, s'il te plaît madame raconte moi une histoire, mais j'ai seulement posé ma question suivante.

5.12.2005

Acta est fabula

je l'ai retrouvée dans un café, j'avais encore les yeux lourds de tout ce sommeil en retard, et le soleil me réchauffait le dos. elle a commencé par le couplet sur la fille ingrate et profondément égoïste que je suis. je n'ai rien dit, je n'ai pas jugé bon de lui rappeler que mes économies servaient bien trop souvent à éponger leurs dettes. parce que je m'en fous, bien que je sois une fille ingrate et profondément égoïste. et parce que je sais bien qu'elle n'en pense pas un mot. elle a enchaîné avec les yeux humides et le nez qui coule, et j'aurais dû éprouver de la peine, ou au moins de la compassion, mais à cet instant j'ai juste pensé que mon café était froid. et que je n'aimais pas tellement le café froid. puis elle a dit on rend les clés lundi. ça m'a fait l'effet d'une immersion dans une bassine d'eau glacée. j'ai pardonné instantanément. j'ai demandé des détails, elle est restée vague, oui oui ça avance, on a fait quelques cartons. j'ai demandé mais alors vous avez trouvé un autre appart c'est bon. elle a rien dit. j'ai dit putain tu te fous de moi. elle a rien dit. alors j'ai payé mon café, je me suis levée, j'ai dit bon. elle a cru que je partais. j'ai dit bon tu bouges ou bien. je l'ai traînée jusqu'à la première agence que j'ai croisée, on est rentré, j'ai dit bonjour vous avez des t2 dans le centre pour moins de 4200 euros? la demoiselle a dit asseyez-vous. plus tard j'ai dit je te rejoins demain pour visiter. elle avait l'air soulagé. j'ai dit bon, voilà, maintenant je vais aller voir vos cartons. j'y étais pas allée depuis noël. et je l'avais pas vu depuis noël non plus. mon père. il avait appelé quelques fois. j'avais pas décroché. et pas rappelé non plus. il a été aimable une demie-seconde. mais finalement j'ai pris l'habitude. je ne suis pas partie en claquant la porte, je ne lui ai pas fait savoir non plus à quel point ils pouvaient m'indifférer, lui et sa mauvaise humeur. j'ai pris ma voix la plus douce et j'ai juste dit que s'ils déménageaient lundi, fallait s'y mettre vite, on vide pas 120 m² et 20 ans d'entassement en trois heures. alors j'ai emballé. j'ai dit bon je prends les tableaux, les cadres, tout le bordel fragile. chez moi, en attendant. pour pas que ça se casse. il a dit mais t'as pas la place. j'ai dit t'en sais rien, t'es venu qu'une fois y'a deux ans. il a rien dit. j'ai emballé. puis je suis allée dans le jardin. petit espace de chlorophylle urbaine. petite jungle. le jasmin qui s'emmêle au rosier, l'herbe folle, les grands épis qui piquent mes jambes sous ma jupe et mes pieds dans mes claquettes, les trèfles et les pissenlits, les fleurs pour faire des voeux. j'ai eu envie de m'asseoir là, au milieu, et de pleurer. j'ai eu envie de les prendre dans mes bras, tous les deux, de leur dire que j'étais désolée,de paraître toujours si détachée et si distante, que ça finisse juste comme ça, que je les aimais, tous les deux. je me suis tue. parce que je peux pas rattraper 24 ans d'incompréhension comme ça. en rentrant j'ai dit à greg dis tu viens faire les courses avec moi, j'ai pas envie d'y aller toute seule. il m'a demandé ce que je voulais acheter. j'ai dit de la salade, des carottes petit lapin, et des parents normaux. quelques fois je voudrais juste. ne pas être les parents de mes parents. je suis injuste. je voudrais juste qu'ils soient mes parents. mais je leur en veux pas. pas vraiment. je suis seulement un peu triste.

5.10.2005

Blanche nuit et le n'importe quoi

alors y'a un lit, avec un mec dedans. que j'aime vachement, mais qui n'est pas celui que je voudrais avoir dans mon lit. je suis là, j'ai un vieux t-shirt trop grand, parce qu'évidemment dormir en tenue d'ève n'est pas envisageable, j'ai ce vieux t-shirt et je fais de mon mieux pour ne pas toucher l'homme qui dort, je reste sagement dans mon coin, mon royaume contre des caresses, mais pas les siennes, je reste-là et j'essaye de me laisser bercer par sa respiration régulière, je regarde les petits traits blancs que le volet mal fermé projette sur le plafond, résidus de lumière blafarde, je regarde et je fais de mon mieux, je me dis il faut que tu dormes, mais ça ne vient pas, c'est toujours quand on se lève et qu'on doit affronter sa réalité qu'on se paye ce genre d'insomnies, celles qui laissent un sale goût dans la bouche au réveil, et mettent les yeux au plus profond des poches dès le matin. je regarde le plafond, je me tourne, je me retourne, j'écoute son sommeil, et rien à faire, rien, impossible. alors je pense. je pense pff mais quelle conne, de pas savoir tenir ma langue. de me poser trop de questions. de pas trop bien savoir m'y prendre. mais bon pour une fois. que j'ai pas envie de me volatiliser. je sais pas, j'ai pas l'habitude. que tout ça vienne de moi. de dire ça, comme ça. d'avoir. vraiment vraiment envie d'essayer, proprement. je sais pas, ça me perturbe.

mon psy dit que je devrais être plus gentille avec moi-même. j'ai enfin franchi le pas. j'ai pris mon courage à quatre bras, et un rendez-vous dans la foulée. j'y suis allée, j'ai inspiré un grand coup, j'ai sonné et je suis entrée, dans la salle d'attente il y a des rideaux en voile blanc sur une tringle en fer forgé. il y a un texte de zola sur le mur. je l'ai lu et relu en attendant, et je ne me souviens plus de quoi il parle. c'est marrant comme l'esprit vagabonde. errances zé vagabondages. ouais. je suis rentrée dans le bureau, et je m'attendais à trouver, je sais pas, je sais pas ce que je m'attendais à trouver, un divan peut-être, un truc dans ce goût-là, peut-être pour avoir l'impression que c'est une démarche classique de se dire un jour que tiens on irait bien raconter ses petits tracas à un inconnu pour la modique somme de quarante-cinq euros. un truc qui aurait pu s'approcher des clichés habituels, un vieux barbu à la freud ou une convainue à la dolto. un truc tellement ridicule que ça en aurait été presque rassurant. mais non, il n'y avait pas de divan, et monsieur b. est juste un monsieur qui gagne sa vie en écoutant les gens. sans parler. et moi non plus je ne parle pas. je suis là, sur cette chaise en bois sculpté, devant son gigantesque bureau en bois sculpté, je regarde les imposants volumes médicaux dans la vitrine en verre de l'étagère en bois sculpté, et je me sens toute petite petite perdue dans ce lourd mobilier, et je me dis que putain j'y arriverai jamais, j'arriverai jamais à lui raconter quoi que ce soit à ce type-là, ni à personne d'ailleurs, qu'est-ce que je fous-là, j'y arriverai pas, parce que ça fait des années que je ne dis plus rien, que ça s'entasse dans un coin des tripes et que ça bouge plus, ça s'encrasse là comme ça, et finalement c'est peut-être pas plus mal; qui ça intéresse tout ce bordel, mes rancoeurs mes peurs mes ressentis, les trucs qui me font de la peine ou qui me rendent lumineuse, j'écoute mes amis à longueur de journée et eux ont bien compris qu'il valait mieux renoncer à essayer de forcer l'entrée de mon intérieur, et c'est sans doute un tort de ma part, maintenant que j'ai fermé les vannes, plus personne n'essaye de les réouvrir, et moi-même j'ai l'impression qu'elles sont tellement rouillées qu'il n'y aurait qu'une eau jaunâtre qui coulerait en petit filet avant d'être engloutie par la bonde.

alors il me pose des questions. je réponds un peu. quelques fois. mais ça vient pas. je me tais, et il repose des questions. et je me sens con. je me dis. je me dis. merde, y'a des gens qui crèvent la dalle, qui souffrent pour des idéologies à la con, qui se battent pour leur liberté, des gens qui en chient, et moi je suis là dans ce bureau en face d'un mec muet à raconter par petits bouts des trucs que je croyais avoir oubliés depuis des lustres. si ça c'est pas pathétique. et je lui dis. je lui dis bon je crois que ça sert à rien. j'ai sans doute des raisons d'être là, mais maintenant que j'y suis elles m'apparaissent nettement moins motivantes. alors je vais juste vous faire un chèque et partir. parce que c'est pas intéressant. je suis juste une gamine qui fait sa crise d'adolescence à retardement, vous voyez. juste une silhouette de plus dans le capharnaüm ambiant. alors bon. voilà. quarante-cinq euros et je m'en vais. puis il me regarde, il sourit, il dit nanouk il faut que vous soyez moins dure avec vous-même, plus gentille, que vous preniez conscience de vos qualités et pas seulement de vos défauts, il faut que vous arriviez à vous percevoir telle que vous êtes réellement, et non telle que vous croyez que vous êtes,vous me suivez, et y'a du boulot, y'a un sacré putain de boulot à faire avant que vous y arriviez correctement.
quand je sors de là, j'ai envie de pleurer toutes les larmes de mon corps. je sais pas pourquoi. envie de m'enfermer seule chez moi et juste de pleurer. dans son cabinet aussi j'ai envie de pleurer. mais je me retiens. j'ai un peu perdu l'habitude de pleurer devant les gens. alors je me retiens, je sens monter les signes avant-coureurs, le nez qui pique et les yeux qui papillotent, mais je pleure pas. je pleure pas, et je me tais.
et ce silence me rappelle tous mes silences, ces larmes sèches toutes celles que je n'ai pas réussi à pleurer alors que ça bouillonnait dedans, et toutes ces fois où j'ai impeccablement donné le change, eu l'air d'être une nana épanouie maîtresse de sa vie, alors que je me sentais juste minable, ça fait remonter tous les souvenirs honteux, théo qui me pelote dans les chiottes du collège, les nuits glauques à sucer consciencieusement un mec rencontré deux heures plus tôt avant de me barrer le plus vite possible pour aller prendre une douche, et ces mensonges, tous ces bobards, des kilomètres de conneries. parce que finalement, le mensonge c'est pas -juste- inventer, réécrire pour faire semblant,c'est aussi ne pas détromper les gens quand on sait qu'ils se plantent. c'est la fermer et sourire, pour ne pas blesser, abonder dans le même sens et espérer que ça se transformera pas en une espèce de carnage irrémédiable. ouais. des tonnes d'omissions, des tonnes de mensonges, à ceux et à celles, et surtout à moi-même , et pourtant je me refuse à mentir comme ça, je me force à être lucide et à mesurer mon degré de sincérité avec moi-même en jetant mes oeillères le plus loin possible, mais quelques fois on est étrangement complaisant avec soi-même, étrangement lâche. c'est un peu comme aller faire un test hiv et pas ouvrir l'enveloppe.

je me souviens de la première fois que j'ai fait l'amour. l'expression est plutôt mal choisie. j'avais 14 ans. et je crois que j'étais encore naïve. et insouciante. j'en sais rien. j'aimerais bien le redevenir. j'étais naïve et je me croyais folle amoureuse d'un connard qui avait juste envie de me baiser. c'est ce qu'il a fait. pas de tendresse. pas de mots doux. juste un lit, lui qui s'affairait au-dessus de moi, moi qui attendais en dessous de lui, voilà. en retirant sa capote il m'a regardée en souriant et m'a dit c'était cool, j'ai dit ah, il a dit oui, puis il a vu que la capote avait craqué. il a dit merde, j'ai dit humpf, il a dit euh, j'ai dit bon j'y vais, il a dit ok, et je suis partie. le lendemain sa copine rentrait de vacances. je la connaissais pas. il a dit sabrina, nanouk, nanouk, sabrina. j'ai chialé en rentrant chez moi. plus tard elle est devenue une de mes meilleures copines, c'est marrant. ma mère a dit ça va, t'as pas l'air en forme, et j'ai dit oui oui ça va pas de soucis. quelque chose comme ça. j'ai appelé elo, j'ai dit faut que tu m'emmènes à l'hosto, il me faut une pilule du lendemain. elle m'a dit ça y est tu l'as fait, super excitée. j'ai dit bon tu m'emmènes ou quoi. elle a compris que c'était pas le moment pour évoquer feue ma virginité. à l'hôpital l'infirmière m'a dit il faut que vous soyiez accompagnée d'un adulte, et j'ai eu envie de lui dire d'aller se faire foutre, qu'à cause de leurs règlements à la con y'avait des petites gamines qui avortaient toutes seules dans les chiottes en se bousillant l'utérus. j'ai juste dit d'accord, et je suis partie. j'ai trouvé une cabine téléphonique, parce qu'à l'époque on n'avait pas encore l'oreille scotchée à notre sacro-saint portable, et j'ai appelé a. je lui ai dit faut que tu m'aides, et dis rien à ma mère. j'ai eu ma pilule du lendemain. et j'ai vomi pendant trois jours. plus tard, au lycée, j'ai fait la connaissance d'un nombre incroyable d'ex de brice. et j'ai recouché avec lui. par désoeuvrement, une après-midi où je séchais. c'est dingue le nombre de petits branleurs avec qui j'ai fait des trucs par ennui. aucun sentiment, et la pilule. risque 0. on apprend vite à se blinder finalement. quelques fois, je pense à tous ces mecs qui ont traversé ma vie. je me dis que pour une petite nénette boulotte et mal dans sa peau, c'est pas si mal. y'a eu les insignifiants. et les autres. pas trop nombreux. qui ont réussi. à, je sais pas, percer un peu la coquille. deux sont morts. ça fait un drôle d'effet. pas un vrai manque, mais quand même. l'impression qu'un petit bout de ma vie passée s'est éteint avec eux. j'y pense de temps en temps. puis j'oublie.

4.08.2005

Alameida

j'ai pleuré pleuré pleuré ça faisait longtemps que c'était pas sorti comme ça je sais même pas pourquoi en fait si je sais bien pourquoi mais il n'y a rien de rationnel c'est cette incroyable impression en ce moment d'être parfaitement inutile de ne servir à rien et de n'être indispensable à personne et bien sûr je sais que ce n'est pas justifié mais ça n'empêche pas que je me sente profondément insignifiante et il y a toujours cette idée poisseuse de l'échec qui me suit partout la sensation d'avoir échoué quelque part ma vie sentimentale ma vie sociale ma vie professionnelle je ne sais pas si on peut encore appeler ça des vies elles n'ont rien de vives mais elles ne sont pas mortes non plus peut-être juste en stand by et je sais bien que c'est moi que c'est de ma faute que si je me donnais la peine tout serait différent mais voilà j'y arrive pas ce matin j'ai les yeux bouffis et la tête en vrac, j'écoute elliott smith qui chante nobody broke your heart you broke your own because you can't finish what you start et if your alone it must be you want to be apart je fuis le monde parce que je ne me sens bien avec personne mais le tête à tête avec moi-même est finalement pire que tout.

4.06.2005

(Psy)cause toujours

le soleil lunatique a décidé qu'aujourd'hui les peaux devraient se dénuder, et je ne suis pas contre, peut-être juste exaspérée par le quinquagénaire grisonnant qui louchait sans vergogne dans mon décolleté, lequel était pourtant tout à fait décent. on m'a donné le numéro et j'ai tergiversé une bonne demie heure, j'appelle, j'appelle pas, j'appelle, j'appelle pas, bon allez, retrouver mon portable dans mon bordel, ptain où est-ce que je l'ai encore mis, ah il est là qu'est-ce qu'il fout dans le panier à linge sale j'me le demande, merde plus de batterie, le sort est contre moi, c'est un signe il faut pas que j'appelle c'est pas le bon moment, ma conscience qui me fait remarquer que je paye un abonnement pour avoir une ligne fixe, autant le rentabiliser hein cocotte, arrête de te chercher des prétextes à la con, tu prends ton téléphone et tu appelles, tu prends rendez-vous, c'est pas la mort, si ça te convient pas t'iras qu'une fois puis c'est tout, oui oui bon, allez j'appelle, monotonie de l'absence de l'autre côté du fil d'ariane, tut, tut, tut, bon là c'est pas moi, je suis sûre que c'est -encore- un signe, y'a personne, y'a personne hein, je vais pas m'acharner, même pas une boîte vocale avec une saison de vivaldi pour me tenir compagnie, si c'est pas malheureux, ce doc ponctionne cinquante euros par mois à sa foultitude de patients, et il a même pas de quoi s'offrir un répondeur, ni une jolie secrétaire qui me fixerait une date de sa voix suave, tout fout le camp vraiment, bon rappelle le chérie, il a p'tet pas eu le temps de décrocher, oui mais non, si y'avait eu quelqu'un bah y'aurait eu quelqu'un c'est tout, ah ben oui ça c'est du bon argument de derrière les aiguilles planquées dans les fagots, putain mais t'es vraiment nase, tu le rappelles là tout de suite ma fille non mais t'as quel âge, aheum aheum, bon ça sonne toujours dans le vide, j'le savais bien hein, j'abandonne, je verrai ça le mois prochain, non non non, ça fait un an que tu dois voir ça le mois prochain, là t'as fait le premier pas alors tu le rappelles à 14h, pas de discussion, hum oui bon d'accord mais alors s'il te plaît quelqu'un, prends moi par les tripes comme au bahut du limousin et trouve l'once de courage et de motivation bien cachée au fond tout au fond de mon intérieur, parce que moi je flanche. je me fais l'effet d'être ce petit mec dans la planche d'edika, je suis même incapable de me décider à passer un coup de fil, ça devient grave, j'ai décommandé mon déjeuner romantique avec anthony juste dans le but de faire tout ce que je voulais faire, de régler ce que j'avais à régler, parce qu'évidemment ce matin à la lueur de mon café ça avait l'air si pressé que ça ne pouvait même pas attendre deux heures, comme d'habitude, impulsion compulsion puis plus rien, je me désespère, et c'est bien pour ça qu'il faut que je joigne ce putain de toubib qui ne daigne pas faire cas des mes appels urgentissimes, je suis sûre que je vais finir comme norman bates, déguisée en ma mère (l'angoisse) dans un motel glauque au milieu de nulle part, sauf que moi au lieu de tuer des gens, je nourrirai des chats errants et toutes les trois minutes je me demanderai si oui ou non j'appelle mon (futur) psy.

4.04.2005

Substratum

je me suis souvent moquée de la solennité des phrases-tiroirs, rien ne sera jamais plus comme avant, le monde change etc., et pourtant je me rends compte à quel point je suis différente et coupée du monde aujourd'hui, à quel point le changement s'est opéré en moi en fonction des choix que j'ai fait ou refusé de faire, je me surprends à me souvenir d'une époque pas si lointaine où finalement tout était bien plus simple, moins torturé, elle me revient l'air de rien, initiée par une chanson ou une odeur, et ça me pousse à me pencher sur l'avenir, dans vingt ans aurai-je des regrets, des remords, tous ces trucs qui périodiquement vous chatouillent l'esprit et vous grignotent le sourire? avant j'avais l'excuse de l'âge, c'était même écrit sur un bout de papier officiel, elle s'appelle nanouk et elle a le droit de se planter de route, mais aujourd'hui c'est plus délicat, une désinvolte de quinze ans, on appelle ça une adolescente, une désinvolte de vingt-quatre ans on appelle ça une dilettante, j'ai l'impression désagréable d'être entre deux âges, trop jeune pour envisager que chaque jour construit les suivants, trop vieille pour ne plus penser aux conséquences de mes décisions et de mes actes, et mes souvenirs me font l'effet d'être des petits cailloux dans mes poches qui me lestent et m'entraînent au fond de la mare, mais je n'arrive pas à m'en défaire, et je ne veux pas vraiment m'en défaire, mais peut-être juste pouvoir les semer sur la route pour retrouver mon chemin si j'en ai envie, sans y voir la nécessité de me raccrocher à un passé aujourd'hui idéalisé, réussir à me détacher de ces battements d'ailes de papillons, si j'avais pris à gauche plutôt qu'à droite, à quel endroit aurais-je pu atterrir, ma vie serait-elle ce qu'elle est aujourd'hui etc. ce que je me demande c'est si finalement il existe réellement des mauvais choix, quelle que soit la direction que l'on (entre)prend, c'est sans doute à nous de la paver d'or, quelque chose dans ce goût-là.

4.02.2005

Electre, le verre de vin et la fleur d'ennui

voilà trois jours, je soutenais avec ferveur et avec mon ex une discussion des plus philosophiques sur l'amour et ses petites complications, et ce à quatre heures du matin en buvant un (excellent) sidi brahim, et ceux qui voudront m'opposer qu'il n'est pas naturel de discuter de l'amour avec un ancien chéri par pc interposés, et encore moins de boire du vin à quatre heures du matin en milieu de semaine pourront aller se faire foutre: je fais ce que je veux. nous parlions de cette distinction entre "être amoureux" et "aimer", je la fais, sans bien savoir pourquoi, en la considérant comme une gradation du sentiment, et je n'aime pas ça, mon éternel besoin de tout disséquer, à la limite de la quantification, pour tromper la peur de me laisser guider par mes ressentis, et ce n'est peut-être, sans doute même, qu'un moyen de plus pour me voiler la face, une excuse pour pouvoir reculer devant trop d'engagement, et ne pas trop souffrir si on me laissait, un jour, par inadvertance, un trou béant à la place du coeur. lui me dit que la différence tient à la durée et à la connaissance de l'autre, que l'amour n'est pas l'affaire de quelques semaines, quelques mois, que l'amour c'est ce qui résiste au temps, mais j'ai encore du mal avec cette idée d'immuabilité, je n'arrive pas, ou plus, à concevoir que l'on puisse aimer toute une vie , admettre cette constance tout en devant se renouveler continuellement pour ne pas faire la part belle à l'habitude et à l'ennui. trouver nécessairement chez l'autre un écho à nos doutes et nos certitudes, il faudrait pour cela évoluer de la même façon, partager une vision tout à fait univoque de la vie, et de la vie à deux, je me demande seulement si c'est possible, si d'"être amoureux" on ne passe pas, sur un long terme, à "avoir de l'affection pour", comment faire le tri dans la multitude de formes que revêt l'amour, comment être sûr de ne pas se tromper, peut-on être sûr de ne pas tromper et se tromper soi-même en disant à quelqu'un qu'on l'aime? il voit l'amour comme une espèce d'état transcendant, une espèce de lumière divine qui irradierait et sublimerait tout le reste, et aussi étrange que cela puisse paraître, c'est précisément pour ça que j'étais, que je suis attachée à cet homme, à trente ans il est à la fois lucide et incroyablement optimiste, et je ne partage pas toujours son point de vue mais c'est un des seuls à avoir cette faculté de m'émerveiller et de me faire redevenir une vraie petite fille, l'espace de quelques instants, et c'est peut-être tout à fait paradoxal, mais il fait partie de ces gens, si peu nombreux, que j'ai su être capable d'aimer réellement à la première seconde où je leur ai adressé la parole, bien que je ne sache toujours pas en quoi ça consiste exactement. peut-être que c'est précisément de ça qu'il s'agit, le fait de ne pas savoir, de ne rien savoir, peut-être qu'aimer, avec le grand a et tout le tralala, c'est prendre conscience qu'on ne sait pas avec certitude ce qu'on ressent, ni pourquoi on le ressent, c'est ne pas trouver de réponse cohérente au pourquoi. mais moi je me pose des questions en écoutant les bruits de cinq heures du matin, parce que je ne comprends pas ce qui cloche chez moi, pourquoi je fuis sans cesse devant mes sentiments et ceux de mes amants, pourquoi je me sens systématiquement enfermée quand une relation commence à devenir trop sérieuse, et même ça ce n'est pas tout à fait vrai, c'est bien avant, une fois la phase de séduction et l'attente impatiente du premier baiser ou de la première nuit passées, rien, plus rien, il faudrait je crois que chaque baiser soit un premier baiser, avec ce que ça induit comme battements de coeur désordonnés et comme chaleur dans les joues, il faudrait que toutes mes fois soient des premières fois, un éternel recommencement , ou un retour du même, à mi-chemin entre nietszche et sisyphe , mais d'un même-autre, et j'essaye de comprendre, de m'apprendre, mais je tourne en rond, je suppose qu'un psy me parlerait de manque paternel et affectif, de complexe d'électre négatif pour expliquer mon rapport aux hommes et à l'amour, et ça me ferait une belle jambe, bien sûr j'ai envie d'être amoureuse, puis d'aimer, mais ça ne fonctionne pas, plutôt ça ne fonctionne plus, hier soir il y avait ce garçon, il était joli, et surtout intéressant, on a bien accroché, mais quand il m'a demandé s'il pouvait me téléphoner dans la semaine j'ai dit non, c'est vraiment n'importe quoi, mais j'ai dit non parce que je sais que ça ne mène à rien, qu'encore une fois, après la petite excitation du début, il ne restera que l'ennui, et l'ennui, et l'ennui, l'ennui d'être moi, l'ennui qu'il soit lui, l'ennui d'être moi avec lui, ce n'est même pas que je suis pessimiste, ni fataliste, c'est juste que je commence à connaître cet état-là, il s'installe sournoisement même avec ceux qui me retournent les sens, surtout ne pas s'ennuyer, surtout ne pas s'ennuyer, surtout ne pas s'ennuyer.

4.01.2005

Pontificapote

quelle ironie que le pape, fervent opposant du safe sex (et du sexe tout court), menace de casser sa pipe précisément pendant la journée de lutte contre le sida.

3.24.2005

Avec le temps va...

tombée du lit à 06h20, je sais pas ce que j'ai en ce moment, si encore c'était pour faire des choses constructives mais non même pas c'est hallucinant comme je ne fais rien et comme je n'ai envie de rien faire ça ne me pose pas de problème de conscience, j'en ai absolument rien à foutre, je trouve l'idée de me sentir enfin vivre séduisante, mon mémoire la fac le boulot, je suis une dilettante et j'adore ça, je foudroie d'un regard poséïdonique les gens qui me font remarquer que quand même il serait temps que je me motive, j'ai choisi d'avoir une carence en sérotonine, peut-être qu'un jour j'irai raconter ça chez evelyne thomas, à 24 ans j'ai décidé d'emmerder le monde et de ne faire précisément que ce que j'avais envie de faire. j'ai écouté des chansons déprimantes comme la pluie qui tombe dehors jusqu'à 7h, des chansons tellement tristes qu'elles finissent par vous donner une pêche d'enfer, c'était ça ou me liquéfier sur place et me noyer dans les larmes, alors quoi y'a pas de raison j'ai tout pour être heureuse comme toujours, tout le monde oui tout le monde est amoureux de moi, sauf ceux qui ne le sont pas, et moi je ne suis amoureuse de personne, je m'invente avec une conscience quasi professionnelle des problèmes existentiels que je vais quotidiennement vomir dans les chiottes 20six, je carbure au coca au vin blanc et à la marijuana, je me soigne l'empathie en regardant mon nombril pendant des heures, je fais ma helène keller et je refuse de disséquer le surmoi de mes amis et de prescrire -tranxen deux le matin-, à l'ombre de leurs fausses pathologies qui m'emmerdent. à 8h j'ai mis des vraies baskets qui me font un pied super moche, mais c'est mieux que courir avec des gazelles à la semelle inexistante, j'ai fait le tour de la forêt en me félicitant de mes pensées profondes et de cet élan sportif, et pour me récompenser j'ai acheté des cigarettes et un croissant, j'ai déposé les bilans stériles dans un tiroir crânien parce que je suis ce que je suis, juste exactement ce que je suis, je ne vis pas dans une tragédie racinienne, je pourrais trouver ça dommage, parce que le savoir ne me permet plus de m'en remettre au bon vouloir de quelques parques qui tisseraient le fil de ma vie, mais l'antigonite aigüe a eu raison de ma patience. je suis rentrée et ô bonheur qu'il n'y ait personne à la maison, je commence à ne plus supporter de vivre avec mon ex, la censure sur les murmures persifflants va bientôt se muer en sang sur les murs, c'est pas lui, c'est pas moi, c'est juste la situation qui va pas, retourner chez mes parents me paraît toujours aussi inconcevable, alternative de merde, branche pourrie/branche coupée, un choix impossible à faire s'est malencontreusement glissé dans la phrase, sauras-tu le retrouver? en attendant je reste là et je serre les dents, je m'emploie à rencontrer des gens stimulants intellectuellement, ça marche plus ou moins bien selon mon degré de bonne humeur et d'ouverture d'esprit, mais ça me tient éveillée.

3.08.2005

Wouap dou wouap

la mer en hiver est empreinte de cette mélancolie qui assaille les promeneurs égarés, ils calquent leurs pas dans l'écume, le rythme des vagues venant s'écraser tchhh tchhh tchhh et moi souvent je les regarde, c'est un spectacle un peu émouvant je crois, cette façon qu'ils ont de s'abandonner et d'être enfin eux-mêmes, rappelés à leur infinitésimal devant l'horizon. je les regarde et il y a cette femme avec son long manteau qui détache son chignon strict dans un élan et libère une cascade brillante, il y a cet homme qui sourit au lointain, je me demande à quoi il pense, il y a ce garçon qui apprend un texte et le récite à l'eau qui garde chaque mot pour le disperser dans le vent, et c'est dingue ce qu'il ressemblait à j. ou à ce que je connais de lui, il y a cette petite fille qui veut absolument jouer dans les remous et sa mère qui l'empêche puis qui rit et finit par l'éclabousser, il y a tous ces gens et il y a moi, j'ai mon chapeau et ma longue écharpe, j'ai la vague à l'âme et des papillons en bandoulière, je chantonne et j'imagine des tas de trucs, je me raconte des histoires, et quelques fois j'aimerais qu'il y ait juste une apparition lumineuse qui s'approche et qui se pose sur ma branche, ce genre de visage serein mais aux yeux un peu tristes, n'avoir pas besoin de ces mots bredouillés par une timidité obligée, j'aimerais bien de temps en temps, à la mer ou même ailleurs, que tout soit simple, que l'on puisse se regarder dans les yeux et se comprendre, que l'on tombe amoureux l'espace de quelques secondes avant de se délier et de disparaître comme la fumée qu'on chasse de la main pour ne pas gêner, se croiser par hasard et croire que le hasard fait si bien les choses, les gestes, les émotions, peut-être que c'était lui de l'autre côté de la rue, et si ç'avait été lui, alors quoi, ç'aurait été lui et c'est tout, il n'y a rien d'autre, on cherche des signes là où il n'y en a pas, je voudrais juste quelque chose comme ça, je pourrais dire ensuite il s'est assis et on a regardé la mer puis il est parti, ou peut-être pas, peut-être que je sourirais et les autres ne comprendraient pas. j'adore démissionner. je ne sais pas pourquoi je pense à ça. je démissionne de tout, tout le temps. de l'amour du travail et du temps qui passe. une espèce d'éculage à sec. dans un monde où la solitude et la pauvreté sont des gouffres sans fond dans lesquels il s'agit surtout de ne pas tomber, je me paye l'incroyable luxe de tourner le dos aux harmonies douteuses des caisses enregistreuses, et je fais des rimes. une autre, une autre, clame la foule en délire. je déteste ces gens qui sont bons publics. j'indigestionne la complaisance. mais je ne suis pas courageuse, si je l'étais j'aurais tourné les talons pour de bon, il y a quand même cette ombre de lâcheté qui colle à mes basques, qui fait que trois jours par mois je cherche du boulot et je m'envoie en l'air en mentant je t'aime, il y a cette hypocrisie les yeux dans les yeux puis le retour à l'égo dérivant dérivivant dérivivifiant, chassez la nature pêche et tradition, ça revient vite c'est comme le vélo à la petite cour chromée au fond du guidon. je pense à pierre carles et je ne sais pas pourquoi, j'aime bien ce monsieur-là et sa pelloche rafistolée pour faire chier la réalité, quelques fois, mais ça n'a rien à voir, je me dis que la vie c'est comme attendre godot en sachant qu'il ne viendra pas, oh t'es pas drôle, mais si c'est le monde qui est triste, moi chuis super rigolote comme nana, tiens tu connais l'histoire du mec qui s'en va et qui se perd et qui revient plus jamais, tu vois que c'est poilant j'te l'avais bien dit ah ah. alors voilà. moi je m'assois devant la mer et je chante. et je vous emmerde.

Z's not dead baby


je me dis vraiment que quelques fois mes rêves ressemblent à un film d'ed wood

3.06.2005

With a lil help from my friend

ça c'est mon chat. il s'appelle mignon parce qu'il est si mignon. aujourd'hui sabrina est pas venue en cours j'étais trop deg de la vie c'est trop ma copine sabrina. la prof de français a fait une blague et c'était troooop nuuuul lolololol kikou mdr. je me demande si quelques fois des gens tombent sur mes pages et se disent ouh là c'est une vraiment vraie page ça? bref. je suis dans une espèce de phase d'apathie, je n'ai envie de rien ni de personne, je ne suis pas malheureuse mais je ne suis pas heureuse, je ne suis pas détestable mais je ne suis pas aimable, je ne suis pas morte mais je ne suis pas vivante. et je fume beaucoup trop, je pourrais dire que c'est parce que j'ai tout ce dont j'ai besoin et même bien plus dans le placard-au-bambou mais ce serait faux, les autres fois j'avais aussi tout ce qu'il me fallait et je ne m'affolais pas les sens comme ça, d'ailleurs je suis entrain de fumer mon dernier joint et je sens qu'il m'embrume l'esprit mais pas suffisamment pour m'empêcher de cogiter, c'est peut-être ça le problème. ma coupe de cheveux ne ressemble à rien ça devient vraiment dramatique il y a des boucles partout complètement désordonnées et finalement ça doit être assez représentatif du chaos qui règne à l'intérieur de ma caboche, ça me vaut des regards mi-compatissants mi-dégoutés des mes pseudo-copines parfaites, la gueule emplâtrée la chemisette blanche impeccable et le doigt sur la couture du pantalon, elles ne comprennent pas que je ne passe pas quatre heures chaque jour dans la salle de bain à essayer de me transformer en ce que je ne suis pas, elles ne comprennent pas non plus que je puisse aimer mes vieilles fringues élimées ni que je pète un câble au bout d'un quart d'heure quand elles arrivent à me traîner dans un centre commercial quelconque, elles ne comprennent pas que je vomisse leurs rêves de vies bien rangées, à vingt-cinq ans elles en paraissent quarante, elles ne rateraient pour rien au monde un rendez-vous de la première compagnie, la nouvelle star est leur sujet de conversation favori, elles ont choisi le prénom des deux enfants modèles qu'elles vont pondre, d'abord un garçon comme ça ma fille aura un grand frère, mais pas tout de suite il faut d'abord que j'aie un salaire, celui de marc suffit mais je veux quand même travailler, semblant de femme moderne qui veut s'assumer mais fait la gueule quand son mec lui laisse payer sa part au restau, et refuse un théâtre ou une toile parce qu'elle préfère l'accompagner à une soirée où elle n'était même pas invitée, dans laquelle elle joue la potiche parfaite et sourit niaisement, en rêvant en silence à la couleur des futurs rideaux de sa future cuisine, dans sa future maison de campagne où elle et sa future famille iront tous les week ends. elles ne comprennent pas que je puisse avoir envie d'autre chose, elles ne comprennent pas qu'au bout de quatre ans je plaque l'homme parfait parce que j'ai envie d'être seule, ça les défrise qu'on puisse cracher sur la stabilité, mais ça ne bouleverse pas leurs idéaux étriqués, ça fait juste de moi la cynique à qui on sourit jaune quand elle fait une réflexion qui ne convient pas au-savoir vivre de ces messieurs dames. et en retour, j'en suis arrivée à les mépriser plus que jamais. j'aurais tendance à dire que c'est bon signe. j'en profite pour écrémer. je finirai peut-être seule, mais ça me rendra sans doute moins aigrie qu'être entourée de cons.

3.04.2005

Hunhun

oh c'est cool que tu sois venue justement j'avais plein d'trucs à te raconter, j'ai appelé bidule mais elle est pas là alors bon j'pouvais pas lui raconter tu vois enfin bon d'façons elle est jamais là quand j'ai besoin d'elle franchement des fois j'me demande pourquoi on est amies parce bon hein bon alors voilà d'taleur chuis allée chez cette fille là tu sais mais siii la fille là ouais voilà et puis y'avait ce mec j'te raconte pas enfin si j'vais te raconter parce que putain c'était un meeec rhololo au début j'osais pas le regarder tu vois mais j'te jure t'aurais mouillé ta culotte pis il avait des yeux j'te dis pas enfin des putain de zyeux trop d'la bombe que quand il te regarde tu vois tu sens que t'en peux plus et alors bon j'osais pas pis quand même après j'ai dit bon j'm'en fous au pire i'm'met un gros vent alors jui ai dit et là i'm'fait alors moi jui dis et lui i'm'dit t'y crois toi non sérieux j'le crois pas quoi j'hallucine trop sa mémé i craint non moi j'trouve qu'i craint ce mec mais il fracassait trop sa race tu vois pis après y'a une pauv nana qui arrive elle était trop mal sapée j'te jure la honte quoi non mais c'est pas que c'est grave mais bon j'veux dire tu fais un peu des efforts quand tu sors quoi j'veux dire t'es pas à la maison quoi non enfin bon elle arrive pis elle lui dit et lui il la remballe mouahahahah j'étais trop morte de rire la veste qu'elle s'est prise moi je faisais la belle parce qu'il me parlait enfin je faisais pas la belle je faisais la digne indifférente mais j'avais bien envie de me le faire et là e'm dit alors j'la regarde genre on se connaît attends c'est quoi cette pétasse elle vient elle arrive comme une fleur pour draguer mon mec et en plus elle me cause enfin c'est pas mon mec mais bon t'as compris quoi alors e'm redit et moi jui ai répondu ça a fait ni une ni deux ahah non mais attends c'est comme ces mecs là qui se croyent plus malin que tout le monde i croyent que t'es une pute pasque tu mets une jupe alors ça y est non mais faut arrêter quoi j'veux dire tu veux du thé j'vais faire du thé quoi t'es sûre t'en veux pas allez prends en un bon bref pas grave où j'en étais ah ouaaaaais pis j'ai oublié de te dire parce qu'avant en fait j'étais chez machin et y'a truc elle me fait alors bon je l'ai un peu mal pris tu vois normal quoi j'ai rien dit mais j'en pensais pas moins enfin tu vois l'truc genre sourire hypocrite ouioui hinhin bref quelle truie non mais sans dec tu trouves pas qu'elle abuse genre moi j'te dis ça comme ça quand t'arrives tu réagis comment sérieux enfin bon j'l'ai bien remise en place jui dis hop comme ça dans sa gueule j'ai bien fait non qu'est-ce que t'en penses toi?
sinon pour ceux que ça intéresse, je vais bien, merci de le demander.

3.03.2005

fugit irireparabile tempus

ma bronchite prend -encore- des tours inquiétants, tous les ans c'est la même chose, février mars ça s'asthmatiformise et j'ai l'impression d'avoir un étau autour des poumons, paraît que je fume trop, et c'est vrai d'ailleurs je fume trop je m'endors dans mon bain après des nuits d'insomnies, je me réveille transie, j'ajoute de l'eau chaude pour faire disparaître la chair de poule, chaque fois je me sens glisser dans le sommeil et je lutte mais rien n'y fait, alors je me réveille et je laisse couler, j'ai pourtant pris l'habitude de fermer le robinet quand je me brosse les dents, mais pas quand je fais la vaisselle. les écolos me feraient sans doute rôtir sur un gigantesque bûcher, mais pour ma défense je trie sélectif. je voudrais bien zapper la journée de demain, ou de tout à l'heure, passer directement à vendredi, un saut dans le temps ni vu ni connu. ma mère va m'appeler à huit heures du mat, et évidemment mon téléphone sera éteint, elle s'acharnera sur le fixe, je ne décrocherai pas, c'est devenu un vrai rituel, elle laissera sans doute un message acerbe qui me fera comprendre que je suis une fille indigne, mais il y a bien longtemps que je ne me donne plus la peine d'écouter ce que les gens racontent à mon répondeur, là aussi je trie sélectif, je ne rappelle que les numéros que je connais. et encore. mais tout à l'heure bien sûr je me sentirai obligée de faire un effort, en cogitant pour trouver une excuse valable pour boycotter le déjeuner ou le dîner en famille, l'ambiance noël est finalement la même à toutes les fêtes, et particulièrement les anniversaires, le mien où l'on m'offre sur un plateau la liste de toutes les choses que je ne suis pas mais que je devrais être pour convenir aux espoirs placés en l'unique progéniture, toutes les choses que je ne fais pas correctement ou que je ne fais pas du tout (peut-être qu'inconsciemment c'est uniquement pour les emmerder) maigrir le mot magique on n'y coupe pas c'est l'habitude même quand je n'en ai pas besoin, maigrir à toux prix devenir fin éviter les débordements etc, faire de vraies études, trouver un vrai boulot, être une vraie fille avec des vraies ambitions, trouver un vrai mec digne de moi - j'adore les paradoxes de mes parents, de mon père en fait, ma mère a encore du boulot avant de lui arriver ne serait-ce qu'à la hauteur d'un orteil, elle est pas mal dans la catégorie poids plume mais ça n'a rien à voir. rien que d'y penser j'ai envie de partir trois jours sans laisser d'adresse. l'année dernière à cette heure-là j'écrivais un texte super glauque, mode cerveau embrumé et automatisme éthylique, je venais de me prendre un an dans la gueule, non pas que ça ait une influence notoire sur mon quotidien, je n'en fais pas grand cas et les logorrhées dégoulinantes, du bonheur et la santé surtout hein, ça m'emmerde, mais mon anniversaire souvent c'est l'heure du bilan. les grandes personnes aiment les chiffres, je le constate chaque jour oh vous n'avez que 23 ans, oh mais vous êtes très jeune vous êtes certaine de pouvoir assumer ce genre de responsabilités vous savez c'est beaucoup de travail, les grandes personnes aiment pouvoir vous caser bien sagement dans une tranche d'âge et y associer des préjugés à la con, les jeunes se droguent et les vieux puent, ça les rassure de quantifier sans cesse au mépris de la qualité. parlons peu mais parlons bien, 2004 a été une année de merde, j'ai eu chaque jour un peu plus l'impression de passer à côté de ma vie, et pourtant le changement s'est initié imperceptiblement, des prises de conscience et la conscience répréhensible, vagabondages divers, cyclothymie et mal au coeur, dilettantisme, lettres et virgules par centaine. si je pouvais changer des choses, je gommerai cet insupportable trait de mon caractère qui fait que je me désintéresse sans cesse de l'acquis, je veux tout tout de suite, et quand j'ai je ne veux plus, ces derniers jours je me déteste pour ça, je deviendrais peut-être plus altruiste, je prendrais soin de ne pas blesser, mais je ne fais pas exprès, quand je me sens coincée je me dérobe un vrai courant d'air je cours me réfugier dans mon monde intérieur, et ce n'est finalement qu'une autre forme d'enfermement, je suis ma propre geôlière mais ça me donne néanmoins l'impression d'être libérée des justifications et des comptes rendus, de ne plus être agacée par ce que je juge être l'égoïsme de ceux qui m'entourent alors que le seul ego hissé dans cette histoire c'est le mien. je ne fais pas toujours attention, à la façon dont j'annonce à la manière dont je me bute, pas question que je renonce, et je sais qu'il m'arrive de faire souffrir ceux qui ont le mérite de me supporter et de m'aimer comme je suis. je renvoie aux gens une image qui n'a aucune réalité, je ne suis pas ce que l'on (a)perçoit, à la question nanouk est-elle une fille bien, je dirais je ne sais pas, à la question mais qui êtes-vous, je dirais je ne sais pas non plus, à la question qui voudriez-vous être et pourquoi je dirais merde.

3.02.2005

Du soulagement (et toujours autant de caféïne)

j'oublie le principal. le test a dit: vous n'êtes pas enceinte.

Ma (sur)dose de caféïne

j'ai pas dormi mais alors j'ai une pêche d'enfer, la patatatomik quoi - c'est faux, je viens de m'y reprendre à 3 fois pour écrire ce mot barbare, j'ai même noté la papatatomik, ce qui m'a fait rire niaisement alors que je trouve pas ça drôle. j'ai mes fringues d'hier soir qui puent la clope mais j'en ai strictement rien à foutre en fait. guillaume m'a invitée au resto, l'avantage de ce mec c'est qu'il est chouette du dedans et du dehors et bon faut bien l'avouer ça m'arrive pas tous les jours de manger avec un mec beau du dedans et du dehors [ à bon entendeur...]. il doit bien avoir un truc qui cloche, un plaisir coupable de genre ne jouir qu'en pensant à barbara cartland ou un souvenir honteux, vomir le poisson pané de la cantine sur la fille la plus populaire du collège. forcément. vous saviez vous que le coup de foudre chimiquement c'est les neurones limbiques qui sont saturés de phényléthylamine? hop dans la gueule à cupidon. je me demandais tout à l'heure pourquoi je croisais plus jamais mes voisins. en fait on n'a pas le même rythme de vie. le truc qui est bien quand tu vis la nuit c'est que ça évite d'être confronté à un nombre incalculable de connards insipides qui restent bien heureux à l'abri du troupeau. quoique, un mec dans une grosse audi a failli me rouler dessus, ça vous viendrait à l'idée à vous d'écraser des gens en audi à 6h du mat? je crois que je vais me casser, en fait. pas là tout de suite, mais l'année prochaine. je fais allez, mettons un an à paris, et je m'en vais je sais pas où, n'importe où. je fais le tour des ailleurs. parce que là franchement c'est plus possible, si je continue à ce train-là je finirai ma vie devant ce pc à décompenser mes névroses qui n'en sont pas sur ce glob. ça m'ferait mal. j'ai vu une nana qui gueulait sur son mec en pleurant t'es qu'un pauvre type j'le crois pas que tu te sois tapé cette pétasse j'veux plus te voir tu sors de ma vie t'as capté tu te barre tu sors de ma vie, et le gars était tout gêné -c'est assez délicat d'avoir l'air d'être un salaud en public- je sais pas pourquoi ça m'a fait penser à la croisière s'amuse, j'me suis dit isaac va arriver et tout va rentrer dans l'ordre. y'a des gens (et ça rejoint ce qu'avrio -encore elle oui, non je ne suis ni amoureuse ni monomaniaque- écrivait) qui disent ah non non jamais moi je suis pas comme ça et je peux pas pardonner, pis y'a les autres qui ne sont ni hypocrites ni naïfs. et qui assument plus ou moins bien le fait qu'il soit difficile de trouver dans un seul les qualités de tous. j'ai le chat le plus classe du monde. j'aurais du l'appeler georges. hier j'ai appris à jouer de la basse sur un petit bijou malgré son manche un peu vrillé, je me voyais déjà en nouvelle pastorius ou en bibi rover, sauf que lui c'est la contrebasse mais on s'en fout, personne le connaît alors qu'il est super chouette comme mec, il paye ses tournées de temps en temps quand il joue au staccato. n'empêche que plus ça va et plus je touche à tout mais c'est pas terrible. et y'a des gens c'est inné, ils touchent à tout super bien. j'avais un ex comme ça, c'est dingue ce qu'il pouvait me gonfler, et m'émerveiller en même temps. dès qu'il s'essayait à un nouveau truc, il se transformait en faiseur de miracles. mais la perfection c'est chiant, quand même. ma copine claire est dans une espèce de trip mystique mâtiné d'occulte, spiritisme et tout le tralala. quelle idée d'essayer d'attraper les morts. comme si les vivants étaient pas assez chiants. j'irais bien en free perdue dans la forêt. je ne suis pas une adepte, mais une fois de temps en temps ça décrasse. ça fait une éternité que j'ai pas galéré dans une caisse sans chauffage à la recherche d'excités de la danette qui dansent dans un gigantesque supermarché de la drogue . la dernière fois, l'infoline était foireuse, j'ai fini à 7 h du mat à milan dans un café où j'ai bu le meilleur capuccino du monde. en même temps quatre heures de route pour un capuccino, si exceptionnel soit-il, ça fait chier. et c'est quand même dingue que quand on tape capuccino dans google, le premier site référencé soit capuccino le clown préféré des enfants. d'ailleurs c'est faux. c'est krusty.

2.28.2005

La callipyge, l'ithyphalle et les wagons fumeurs

je me rends compte que je ressemble précisément à tous ces gens que je critique. très précisâtrement. ça me file un peu la nausée. sur le trajet j'ai pris un malin plaisir à emmerder une quadragénaire que je trouvais déplaisante. elle s'est empressée de mettre son sac sur le siège. je me suis empressée de lui faire un sourire mielleux en lui demandant je peux m'assoir s'il vous plaît. elle n'a pas osé soupirer. dans le train j'attire les gens. c'est assez systématique, même avec mes écouteurs dans les oreilles ou le nez dans un bouquin, on trouve toujours le moyen d'engager la conversation avec moi. en allant à lyon, il y a eu antoine, qui n'est pas resté longtemps, puis xzef, un routard baba complètement perché avec qui j'ai joué un peu de guitare. on a fumé un joint et il m'a raconté sa vie son parcours, il se contredisait, s'emmêlait les pinceaux dans la peinture de son passé, mais c'était chouette. il avait le visage marqué et de toutes petites petites traces de piqûres sur les avant-bras. les bien pensants ont peur de ce genre de types. la dame derrière nous jetait constamment des regards suspicieux. moi je l'ai juste trouvé un peu à l'ouest. un autre guitariste -beaucoup plus vieux beaucoup plus classe beaucoup plus talentueux- s'est joint à nous et on a chanté de la bossa nova. je crois que je me suis un peu endormie après qu'ils soient descendus. je n'aime pas tellement le trajet nice-marseille. j'en garde un mauvais souvenir. j'ai plutôt confiance en l'être humain, aussi bizarre que cela puisse paraître, et je suis un peu innocente. ça me fait sourire d'employer ce terme alors que je me fais en ce moment l'effet d'être une incroyable nymphomane. mais c'est vrai, je suis un peu innocente, je n'ai pas tendance à voir le mal partout, je ne suis pas complètement parano quand je marche seule dans les rues à 05h du mat, et je ne vois pas un amant potentiel dans chaque homme qui vient m'adresser la parole. mais je me souviens d'un retour de paris, quitter le tgv douillet pour un ter pourri qui met presque plus de temps pour parcourir une moindre distance, un wagon bondé qui sent la sueur, le renfermé et le tabac froid, des sièges dont le cuir usé vomit un rembourrage crade cautérisé par les mégots. il y avait une seule place, dans ce seul endroit fumeur, et je m'y suis installée tant bien que mal, posant mon énorme sac de rando sous mes pieds, fouillant à la recherche d'une cigarette que je ne trouvais pas, puis du feu qui évidemment avait disparu. j'étais assise dans ces fauteuils qui vont par quatre, entourée de trois hommes que je n'ai même pas pris la peine de détailler, une position inconfortable, je tirais tant que possible sur ma jupe qui ne voulait pas rester en place, pour ne pas dévoiler mes jambes. je n'étais même pas sexy, j'avais une jupe au dessus du genou et des collants écossais, mes éternelles kickers et mon air d'écolière, et je tirais sur cette jupe parce que je n'aime pas qu'on reluque mes jambes mêmes quand elles ne sont pas gainées de soie. quand le contrôleur est passé, l'homme d'à côté a tendu son billet et sa carte du fn est tombée. j'étais tout à fait mal à l'aise, il m'a vue regarder ce truc plastifié avec des yeux consternés, et je ne sais pas pourquoi je lui ai souri, je n'ai rien trouvé d'autre à faire, j'ai souri à ce mec qui ne m'était absolument pas sympathique. je me suis levée, j'ai pris mon sac, je me suis dirigée vers la petite porte qui menait à l'autre côté du compartiment, et je me suis arrêtée le temps de finir ma cigarette, le nez collé contre la vitre. monsieur fn s'est levé au même instant, il s'est dirigé vers moi, a ralenti en passant et s'est frotté à mes fesses en me glissant à l'oreille t'aimes ça me faire bander hein ma petite salope hein t'as envie de me sucer. et moi j'étais tétanisée, je sentais son érection contre moi et j'avais envie de gerber, je ne savais pas quoi faire, je ne sais pas si les autres voyageurs l'ont vu, je me demande même si je n'ai pas halluciné, si ça s'est vraiment passé, s'il ne m'a pas juste dit pardon en passant, je ne sais pas. ça me paraît tellement aberrant que je doute. il s'est engagé dans l'autre compartiment, et il a attendu là. je n'osais pas regarder, mais je le voyais du coin de l'oeil à travers la vitre. j'ai repris mes affaires le souffle court, j'ai parcouru le wagon fumeur en sens inverse, le plus vite possible tout en essayant de garder contenance et de ne pas me liquéfier sur place, j'ai changé de voiture et je me suis installée à côté d'une mamie et de son petit fils, camouflée comme je pouvais par le rideau. je n'ai pas revu le type. et je n'ai pas fait ce trajet en ter depuis.

2.27.2005

Les sépales de mes roses

d'habitude je n'arrive pas à écouter un album de cat power en entier. c'est un des trucs les plus déprimants que je connaisse. il est 06h48. j'ai un peu froid. j'ai fini ma crise d'adolescence. j'ai repeint en blanc. il a dit t'as la trouille que ça pue le bonheur hein? j'ai dit oui. j'ai cassé une corde de ma guitare. et un peu ma voix. je regarde les volutes de fumée qui montent. se laisser aller et se sentir vivante. j'aime bien quand il dort. il est juste si serein. comme si rien ne pouvait l'atteindre. il m'apaise. et c'est tellement. évident. finalement. j'avais 15 ou 16 ans, j'habitais avec mes parents, ma chambre donnait sur le jardin. un trou dans la haie du fond. je sortais la nuit et j'allais dormir avec mon amoureux sur la plage. on ne dormait pas vraiment. on écoutait la nuit. je rentrais en retard. ma mère criait. j'allais me coucher. un jour je suis juste partie. j'ai pris mon sac et le train pour nîmes. je suis allée à un concert de noir désir. puis au festival d'avignon. j'ai téléphoné. j'ai dit je vous emmerde. je suis rentrée et j'ai pris une claque magistrale. la seule dont je me souvienne. je jouais du piano. j'avais un trac pas possible avant les examens. je me foutais complètement de passer dans le niveau supérieur. c'était juste. tous ces yeux braqués sur moi dans la grande salle du palais des congrès. j'aimais les boeufs dans les petites salles du conservatoire, avant le solfège ennuyeux. je chantais faux exprès. j'espérais qu'on me renvoie du cours. ce n'est jamais arrivé. j'ai eu tout mes diplômes. treize ans. maintenant les touches me font presque peur. je crois que j'étais trop jeune pour aimer vraiment faire de la musique. les dimanches assise sur ce tabouret. la corvée alors qu'il faisait beau dehors. je voulais être danseuse. petit rat. j'étais l'élève studieuse de mireille. j'adorais l'excitation des coulisses pendant les galas, changer de tenue, refaire son chignon, enfiler ses chaussons, mes pieds compressés dans les pointes, la résine au bout, ne pas glisser, les muscles tendus. plaisir de monter sur scène. j'admirais stephanie. c'était l'étoile. cheveux d'or, taches de rousseur. un vrai corps de danseuse, pas de poitrine et cette démarche particulière, que je garde encore un peu aujourd'hui, sans le vouloir. j'ai revu cette fille il y a quelques années. job infortuné à pizza hut, un été. contre tous mes principes. elle était manager, avait eu deux enfants, et arrêté la danse. les choses changent. je n'ai jamais atteint l'opéra de paris, je n'ai jamais sombré dans la folie comme ce danseur des ballets russes dans l'écume des jours, je ne m'assois plus que très rarement au piano. je rédige des mémoires et des articles que personne ne lit. je donne des cours de français. je peins sur des toiles que je range chez mes parents pour ne plus les voir. j'écris des chansonnettes que je chante à mon chat. je fais de temps en temps de l'expression corporelle avec une nana complètement déjantée qui nous explique qu'il est tout à fait conceptuel de danser nu. je suis sceptique. je suis. gentille (trop). rigolote (de temps en temps). jolie (une fois par an). moche (le reste du temps). douce (toujours). rayonnante (pas assez). spontanée (absolument). bordélique (organisée). naïve (si). écoeurée (par l'injustice). chiante (je sais). inconstante (tout le temps). fidèle (presque). aimée (je crois). inaccomplie (mais en devenir). heureuse (finalement).

2.26.2005

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overdose d'horizontal, je jette mon dé(volu) je me lève et j'avance de trois heures, ok allez habille toi et sors, pour te rappeler à quoi ressemble la couleur de l'air dans la rue et les gens qui font la gueule. j'ai la tête sur le point d'exploser et une envie pas possible d'être ailleurs, un aller simple pour n'importe où, comme ma copine mano, la première chose qu'elle a faite quand elle a reçu sa bourse, c'est mettre 1500 euros de côté pour pouvoir partir sur un coup de tête si l'envie la prend. avant je disais j'irai partout, dans une vieille caisse avec un duvet dans le coffre et peut-être des vieux tubes new wave, et peut-être bien que je vais le faire finalement, j'aimerais me réveiller le matin et savoir que j'ai la vie devant moi, sentir que toutes ces obligations que je vomis chaque jour un peu plus se sont écoulées en même temps que l'eau dans les chiottes, juste le temps de me lever et de faire mon sac, et de me barrer sans rien dire. sur le site de la sncf je prends mon billet pour paris, tellement exotique, les tit ponchs de la guinguette et la crasse de la flèche d'or, d'ailleurs je me demande si elle a fermé finalement, ça fait une éternité que j'y suis pas allée, l'impression d'avoir 150 ans et de peser 120 kilos, et putain qu'est-ce que j'ai mal au crâne, même mon di-antalvic miracle ne fait rien. et deux mois, merde ça fait déjà deux mois, faudrait que je m'en préoccupe, au moins un test histoire de, ou un rendez-vous, le pied à l'étrier et les jambes écartées, j'adore ce genre de positions humiliantes, regarder en l'air et serrer les dents pour pas me casser en courant, air qui sent l'ether, test qui devient bleu et prises de sang, félicitation mademoiselle, pitié non, l'angoisse.

Voilà

elle a dit mais putain c'est quoi ton problème et j'ai failli hurler tout lâcher que je me sens pas capable d'aimer ni d'être aimée que j'ai peur que ma vie me fait chier qu'il me faut de l'air bordel un grand bol d'air à m'exploser les poumons que je ne suis pas parfaite merde je ne suis pas parfaite stop moi aussi j'ai le droit de me planter salement et je veux pas finir seule et être une vieille aux chats et noyer mon chagrin dans le vin blanc et le cul pour le cul ça m'intéresse pas mais je suis nase complètement out je m'enlise je sais plus comment m'en sortir et merde j'ai même pas trente ans je devrais pas me poser ce genre de questions qui mênent nulle part et je lis vera et ana et je me dis bon je suis pas la seule mais ça me rassure même pas ce qui me rassure c'est qu'il y ait encore des gens suffisamment lucides pour dire les choses et arrêter de jouer avec les faux-semblants arrêter l'hypocrisie et les sermons et la fausse pudeur j'ai pas envie d'être pudique ici et accessoirement j'emmerde tous ces gens qui me prennent pour psy à longueur de journée, ceux qui admirent ma patience ma compassion et ma capacité d'écoute, comme si c'était un dû, être toujours là au bon moment pour éponger encore et encore et encore j'en ai ma claque des répandus et j'ai peur qu'on m'aime mais j'ai envie qu'on me prenne dans ses bras et qu'on me caresse les cheveux et qu'on me dise que je vaux le coup et merde je veux toujours tout et son contraire merde merde merde

2.25.2005

Politically Correct

j'ai fait ce test sur internet, politest, pour passer le temps, en écoutant clarika -j'aurais pu écrire moi-même j'suis game over- et on me dit vous vous situez à gauche. aucun parti ne correspond exactement à vos opinions. (quelle surprise) cependant les partis dont vous êtes le plus proche (dans l'ordre) le parti socialiste le parti radical de gauche les verts le mouvement républicain et citoyen. jolie brochette de has been. mais vaut mieux ça que l'extrême droite. et que le reste finalement.

2.23.2005

Jeux de maux

c'était en 1872, je m'en souviens comme si c'était hier, l'hiver avait été rude et les hommes étaient tombés sous les balles et pas du tout, c'était en 1996, j'avais 15 ans, ma meilleure amie s'appelait sylvie, je sortais avec christophe mais aimais secrètement guillaume, j'avais des dreads sur la tête et des pantalons multicolores, j'étais timide, un peu effacée, boulotte et complexée bien que populaire, ma vie intérieure était si féconde que je pouvais passer des heures seule sans jamais m'ennuyer. j'étais avec camille et vanessa sur cette plage bondée que je n'aimais pas, entourant mes cuisses de ma serviette et hésitant à aller me baigner. camille avait 17 ans et déjà le corps d'une femme désirable et sensuelle, des lèvres pulpeuses et un regard aguicheur. elle était plutôt jolie, si ce n'était cette vilaine acné qui lui rongeait le visage. vanessa était obèse. je voyais la graisse pendre de ses bras et branler lorsqu'elle se mouvait, avec grâce pourtant. ce qui choquait n'était pas tant cet amas de chairs, mais plutôt le fait qu'elle était aussi flasque intérieurement. gentille, mais le moindre effort intellectuel ou physique semblait la laisser pantelante, au bord de l'épuisement. elle avait ce visage de madone, rond et pâle comme la pleine lune, et ces yeux étrangement écartés qui conféraient à l'ensemble une drôle de symétrie. un certain dan, que je ne connaissais alors pas, nous avait rejointes, une ex conquête de camille si je me fie à mes souvenirs. il avait un visage d'ange aux traits tellement fins qu'on aurait presque eu peur de le casser, il écoutait de la jungle et arborait une longue mèche jaune qui pendait de son crâne rasé. il était accompagné d'un second dont j'ai oublié le nom. et le reste. je me tenais à l'écart de la conversation, un petit carnet à croquis sur les genoux, je regardais les corps huilés des aoûtiens en rêvant d'ailleurs. camille sortait de l'eau et revenait vers nous. vanessa était allongée à côté de moi et tentait de faire du charme à dan, tout en tendant vainement le bras pour attraper la bouteille d'eau, en poussant d'étranges grognements, elle s'y était reprise à plusieurs fois, sans succès. dan n'avait d'yeux que pour camille, qui avançait sculpturale et sûre d'elle. son ami lui dit "tu regardes ce qui arrive?" il répondit "je préfère regarder ce qui arrive que ce qui n'arrive pas". et il rit. camille et vanessa aussi. moi non. je suppose que j'étais la seule de nous trois à avoir compris ce qu'il entendait par là, et ça ne m'avait pas fait rire, j'avais trouvé ça extrêmement cruel pour vanessa. j'ai compris deux choses ce jour-là. la première, c'est que les hommes portent bien souvent un regard très dur sur la différence, même s'ils n'en laissent rien paraître. la seconde, c'est qu'on peut tout faire avec les mots. depuis, je suis sceptique lorsqu'un homme dit qu'il me trouve belle. et j'use et abuse de métaphores et calembours, je plonge sans cesse dans l'absurde et les private jokes que personne ne comprend. ma vie intérieure n'en est que plus riche.

2.22.2005

Les nuits d'hiver sont longues etc

levée avant 15h, jour à marquer d'une pierre deux coups d'oeil dédaigneux vers la pile de bouquins entassés à côté du lit, je me suis fait un café et j'ai roulé un joint que je n'ai pas fumé parce que je n'avais pas envie, j'ai allumé une clope à la place et j'ai regardé coffee and cigarettes, quoi de plus approprié? tom waits a vraiment un accent de merde, limite incompréhensible. ça m'a fait penser à julie, ça n'avait aucun rapport mais je ne compte même plus les associations d'idées sans queue ni tête qui se forgent dans la mienne, ça m'a fait rire parce qu'elle nie farouchement qu'il puisse exister la moindre ambiguïté, elle dit en rigolant mais non y'a rien c'est juste comme ça on se raconte des histoires avant de dormir, effectivement derrière un écran et sa lumière bleue ça craint pas grand chose, mais on sait toutes les deux que ça commence comme ça et que ça dérape bien trop facilement, et je fais juste exactement la même chose, mais non ce que j'aime avec lui c'est que c'est clair, y'a rien, on s'entend bien c'est tout, ramassis de conneries, ça commence comme ça et au final ça ne mène nulle part. encore une journée à ne rien faire, ça fait un bien pas possible, j'adore ça, mais j'ai quand même fini par m'habiller, j'ai mis des bas qui collent aux cuisses, histoire de me trouver plus sexy que dans mes collants arlequins, personne les voit ma jupe masque le liseré de dentelle, tant pis c'est pour moi, quelques fois, rarement mais quelques fois quand même je suis une vraie fille, avec des vrais trucs de filles. ça subjugue mon paternel qui criait à qui voulait l'entendre que j'allais finir droguée sous un pont à katmandou. il est comme ça lui, la dictature du paraître, quand j'ai 10 kilos de trop et des vieilles nippes je n'existe plus. le film m'a donné envie d'écouter les white stripes, et j'ai réfléchi à la façon dont perrine et paki se sont rencontrés, complètement surréaliste, ou peut-être pas après tout, rien n'est surréaliste si ce n'est le surréel lui-même. ouah. je devrais apparaître dans des dicos de citations. perrine aimait bruno. ou plutôt non. bruno aimait perrine qui n'aimait pas bruno mais s'envoyait en l'air avec bruno. c'est plus juste. perrine et bruno baisaient bien, leurs corps s'emboitaient à la perfection, il y a des fois comme ça où le grain de peau sublime tout le reste, si creux et inintéressant fût-il. perrine et bruno baisaient, il n'y a pas d'autre terme, et ils avaient envie d'un troisième, fantasme de triolisme partagé, homme femme peu importe, il fallait un troisième, paki, qui a été trouvé par hasard sur internet. merveilleux outil quand il n'est pas qu'un pis-aller, encore mieux qu'un vibromasseur gold 5 positions page 458 de la redoute. ils ont joué tous les trois. le lendemain, perrine aimait paki et virait bruno. quatre jours plus tard, paki s'installait chez perinne. aujourd'hui ils ont une petite fille de deux ans, jannelle. on va se marrer le jour où elle demandera à ses parents comment ils se sont rencontrés. allongée (encore) sur mon lit, je me suis imaginée en bonnie, ou mallaury, ou honey bunny, everybody be cool this is a robbery any of you fuckin' pricks move and i'll execute every motherfucking last one of you, ça pète quand même plus qu'ethnologue non?

2.17.2005

Etat des yeux

j'avais pas pris le temps de lire. trop occupée à effacer mes trophées d'amours atrophiées. défilés filés des love panades, pas de quoi écrire des pages tournées pourtant. on n'avait même pas brandi le poing final, ça coulait de source tiédasse, rien de grave, rien n'est important. et j'avais pas pris le temps de lire, et voilà la vague alarme des sanglots longs des vies au long cours pas après ça sert à rien tu le sais bien, le nez qui picote c'est rien c'est la fumée ouais ouais j'l'ai prise dans l'oeil spa grave. sale noce anti-anthalgie qui me prend dans le bide, qui me rend la nature un peu morte, des couches de peinture pour de rire, pour passer outre et m'extraire du gros du lot. pas pris le temps, en trois mouvements, droite gauche droite, rompez. j'ai la prise de conscience somnolente, et l'électrique statique, sauf quand j'ai débranché, là ça fuse, chimie iono, reminessences opaques, douteuses et (re)doutées, si j'avais été plus attentive, si j'avais pas été blasée au point de jeter mes bouteilles à l'amer, avec des scies on coupe du bois j'sais bien, j'sais bien tout ça, mais voilà, assaillie de saisissants souvenirs, allitération de merde, c'était juste de l'assonance en si majeur, syndrome de la midinette qui s'écoeure d'artichaut, les artifices que j'effeuille, je mets une fleur au bout de mon nez et j'avance. sans atours sans détours, love me please love me je suis fou etc, un biaisé volé les yeux hagards montparnasse, le trafic est fluide tu crois qu'on arrivera à l'heurt mais non tu me fais bander, un peu de merchurochrome et ça repart, si t'es fort t'es sirop sport tu l'sais bien. mais j'ai le vertige de l'amour me fait fuir, du genre grand huit, hauts faîtes mal au coeur hauts les corps, un même pas cap à passer, faut qu'on parle je suis désolée mais c'est pas toi tu sais c'est moi j'suis comme ça j'suis pas une fille bien faut pas s'attacher je fais que des conneries et je me sauve de la déconfiture en m'étalant pas trop. je suis entrain d'écrire ces lignes de n'importe quoi et le dernier en date, appelons le raphael puisque c'est son nom, se connecte, ô joie du verre securit et de la prose bordée de mots roses, tu me manques je t'aime arrête de dire ça mais c'est vrai mais non mais si arrête t'es chiant c'est toi qu'est chiante à pas vouloir qu'on t'aime à jamais rien voir à pas voir que t'es belle et que putain raph arrête ça. et il a raison, je suis chiante. je fais pas exprès. je gâche toujours tout mais je le fais pas exprès. traîtrise parfaite de l'art de la fuite, maîtrise de l'occultation, le drague n' drop du lapin blanc, ma tête dans le fond du terrier bouffe les grains de sable et l'engrenage grippé, ça me réussit pas d'avoir de la fièvre, et le fond de ma tête à l'envers décoré d'incertitude, inconstance et trouble des priorités, vous êtes trop éparpillée dissipée dispersée y'a des morceaux de tous les côtés, déconcertée déconcentrée tout ça me casse l'ego trip et il n'y a toujours pas de nouveau message sur ce serveur.

2.12.2005

Un whisky Sue-Ellen?

il y a des petites choses comme ça qui me mettent de bonne humeur , des petites choses insignifiantes, aucune raison valable, aucune raison apparente, mais après tout faut-il nécessairement une raison au bonheur? ce matin il y a eu ce texto qui m'a réveillée. j'ai une réelle aversion pour les téléphones portables, ils m'évoquent cette vulgarité qui veut que l'on soit tous, toujours, interconnectés, comme pour parer absolument à la solitude de l'être-au-monde, comme si le fait d'être reliés en permanence par les ondes fragiles de discours creux pouvait aider à se sentir vivre. et cette hypocrisie qui l'accompagne, on décroche son téléphone n'importe quand, réflexe conditionnel et conditionné, peu importe qu'on soit entrain de discuter avec quelqu'un pour de vrai, qu'on ait de la vie en face, on est plus absorbé par son portable que par la conversation, mais on continue à se plaindre de la solitude et du mal-au-soi parce qu'il faut se plaindre, il faut se lamenter inlassablement, ça justifie l'usage et la compassion. impudeur d'étaler tranquillement ses petites contrariétés aux murs des oreilles indiscrètes qui autour n'en perdent pas une miette. et oui évidemment c'est facile, évidemment j'enfonce des portes que j'ai moi-même contribué à ouvrir, parce que oui moi aussi j'ai un portable dont je me sers de temps en temps, même s'il est le plus souvent éteint et que mon accueil est officiellement devenu le répondeur de votre correspondant contient trop de messages. évidemment je participe à l'édifice que je rêve de déconstruire, la critique est aisée, et je relis cette phrase que sid a écrite je dénonce tout ce qui se passe autour de moi pour ne pas me détester davantage, et elle me donne envie de pleurer, ou juste de changer, me changer moi pour changer le monde, on dirait un slogan sfr, ou un discours d'un politicien véreux, sortez vos mouchoirs, élevez vos bambins dans les airs pour que je puisse embrasser sèchement leurs joues trempées de larmes, mais surtout, votez pour moi. j'étais partie pour écrire sur toutes ces choses qui me font me sentir bien, et me voilà postée sur mon immuable chaise ikea à refaire le monde.

ce matin j'étais de bonne humeur, de bonheur et de bonne heure parce qu'il y a eu ce texto qui m'a réveillée, et hier soir il y a eu ce mail, que j'attends comme le messie, mon vrai sourire quotidien, l'éclaircie de ma journée, je suis là devant mon écran, et il n'y a pas de nouveau message sur ce serveur est un déchirement, j'aurais envie d'entendre sa voix et de discuter des heures avec lui, je ne sais pas, c'est peut-être pathétique, ou simplement prévisible, never mind the bollocks here are the epistoles, toutes ces conneries quoi. et si je voulais être crédible je dirais que je n'ai pas besoin de texto ni de mail pour me donner le sourire, et ce serait vrai d'ailleurs, il y a l'odeur du café, le soleil, la pluie, lyon et bireli lagrène, il y a les livres et le romantisme, et non le romantisme n'est pas mort, pas d'accord, le romantisme n'est pas mort et il n'est pas forcément dégoulinant, on peut être lucide et romantique, ce n'est pas antithétique, ce n'est pas incompatible, et ce n'est pas une honte d'avoir à la fois la tête dans les nuages et les pieds bien ancrés dans l'herbe, et oui les trucs romantiques me donnent le sourire, ils me rendent spleeneuse mais c'est un spleen heureux, une mélancolie pour me souvenir que je suis vivante, et que je suis heureuse même sans texto et sans mail. mais je me fous d'être crédible parce que la seule personne à qui j'aurais éventuellement envie de rendre des comptes, c'est moi, moi, et encore moi. et je ne sais plus ce que je voulais dire, ma tête est un pull effiloché, on tire sur une frange et tout le reste vient avec, une gigantesque pelote d'émotions embrouillées, mais je ne suis pas patiente, je veux tout tout de suite, et c'est un vilain défaut il paraît mais franchement qu'est-ce que j'en ai à foutre, il ya des jours où je n'ai pas envie de me démêler le cerveau.

un bon coup d'après-shampooing dans ma vie sentimentale non plus, je devrais mais j'ai pas envie, je fais n'importe quoi, et alors, oui je fais n'importe quoi et je n'y comprends rien, un week end d'évasion et je couche avec mon meilleur ami qui lui me déclare sa flamme, tout va bien le monde tourne encore, pas forcément rond, un peu en eau de boudin, d'ailleurs je ne comprends pas qu'on puisse aimer mon corps, ni le reste, qu'il me regarde avec ces yeux-là et que ses caresses m'électrisent, et la colocation est-elle compromise, j'en sais rien, je ne veux pas de vie de couple, je ne veux même pas de couple, j'en ai marre de me sentir enfermée dans des principes liberticides, où tu vas qu'est-ce que tu fais tu viens te coucher pourquoi t'as pas envie t'as la migraine, putain non, pas maintenant, et je ferais bien d'arrêter tout ce bordel avant que ça tourne mal, mais voilà, je ne sais pas faire ça, et je n'ai toujours pas de démêlant sous la main. mais je suis de bonne humeur, et même cette connasse de carole qui a enfin réussi à me dégoûter d'elle à force de m'envoyer son ego centré et concentré dans la gueule n'a pas réussi à me plomber le moral, et d'ailleurs ces affiches du tsunami que je croise à chaque coin de rue non plus, d'habitude je vomis des coulées invisibles de bile acide qui me ronge la joie de vivre, et là rien, bien sûr c'est malheureux mais c'est la vie, qu'on arrête de me prendre la tête avec l'asie sous les eaux et les séïsmes, envoyez vos dons, soyez solidaires, parce que le monde est à gerber, il suffit d'ouvrir les yeux et de regarder ce qu'on a fait de la planète, la guerre c'est triste, d'autant plus que ce sont les hommes qui la font, un sdf qui meurt de froid dans l'indifférence d'un pays riche ça me donne plus la nausée qu'un raz-de-marée, il faut arrêter de considérer que le poids de la mort est proportionnel au nombre de victimes. on se sent en paix avec sa conscience parce qu'on a envoyé 10 euros à médecin sans frontière, que ne ferait-on pas pour elle disait le joli garçon et il a raison, stratagèmes pour se sentir charitable et avoir l'impression fugace d'être quelqu'un de bien, et oui bien sûr encore une fois, moi aussi j'ai participé à la mascarade, j'ai envoyé un peu parce que ça m'a touchée et ça m'a révoltée de voir de pauvres gens s'excuser auprès des touristes d'avoir gâché leurs vacances de rêve en empêchant des gros porcs d'aller enculer des gamines dans des bouges de Phuket, mais j'en ai rien à foutre d'avoir l'air de prêcher la bonne parole alors même que je rentre dans tout ce mensonge, parce que je ne m'absorbe pas dans la contemplation de mes pieds quand je croise un clochard qui fait la manche.

2.05.2005

Rien de plus

Quelques fois -souvent- je ne fais rien. il est 13h, je me lève parce qu'à partir de 13h j'ai du mal à supporter la position horizontale. non c'est faux, je m'en fous. je me lève à 13h, et je ne fais rien. je prends un café, et je reste là, dans un vieux t-shirt troué, je vais de l'ordinateur à mon paquet de cigarettes, je tape dessus et la cendre tombe dans le verre à côté, ou sur le clavier, je fume, je regarde dehors et il fait beau, ou pas. je fume, je squatte -le fond du couloir (à gauche) ou ailleurs, ça dépend, et alors. je fume, je bois du café, je lis, je reste là et il est déjà 16h. j'enfile mes fringues de la veille, je vais au tabac, à la boulangerie, et je ne suis pas timide à la boulangerie, ni dans le bus. là je ne prends pas le bus, mais je ne suis pas timide dans le bus. je rentre, j'ai un nouveau paquet de clopes et une baguette que je ne mange pas, mais c'est le privilège des occidentaux d'acheter des choses qu'ils ne mangent pas, j'achète donc je suis, je consomme donc je fuis, allez pense à autre chose. quelques fois -souvent- je suis là et je ne fais rien, je vis c'est déjà pas mal, et je travaille de temps en temps, dans l'urgence je travaille mieux, je suis plus productive, et après tout peu importe l'essentiel c'est bien ça, c'est d'avoir l'air productif, l'air actif des gens affairés, avoir des affaires à faire, juste faire semblant d'être fécond et créatif, parce que c'est dans l'air du temps de faire partie de cette ère du tant. et moi j'ai l'air de rien, je suis là pas lavée dans mon t-shirt troué. le reste de l'année, c'est une espèce de retour au monde, reprendre pied, respire, résiste, prouve que tu existes etc. et affronter ma réalité même si je n'aime pas les obligations. d'ailleurs je n'aime pas non plus céline dion, mais ça c'est une autre histoire, comme celle de la petite fille qui marchait sur les lignes. alors je retourne dans la vraie vie et le plus souvent ça consiste à me rendre de l'objet petit a au point de croix, ou de chute c'est selon, sans passer par la case départ, et en fait c'est faux, je brode, my life as a novel, je vais juste de chez moi à ailleurs en ne pensant à rien ni personne en harley davidson. je marche dans les rues, sans savoir, sans savoir comment ni pourquoi j'en suis arrivée là ohoh, ma vie en chanson cette fois, d'ailleurs ça me fait penser que je devais aller voir mano solo à l'olympia mais que finalement je n'y suis pas allée, peut-être parce que l'olympia est à 900 km de chez moi, peut-être pas. je prends le train et je regarde les gens, et ça les met mal à l'aise ça, qu'on les regarde, et je suis sûre que vous aussi vous faites partie de ces gens qui sont mal à l'aise quand on les regarde, qui n'arrivent pas à soutenir un regard plus d'une minute sans être gênés. le monde ne se regarde plus tourner le dos, absorbé dans la contemplation de son nombril, ou de la mer qui défile sur la droite dans le sens de la marche. tout à l'heure il y avait cet homme avec son manteau bleu et son écharpe rouge, et son visage blanc, c'était un homme patriotique qui regardait ses pieds. il y avait cette femme avec les cheveux gris et la bouche pincée de sel aussi corrosive que sur une plaie ouverte, elle serrait son sac contre ses seins flasques, de peur qu'on lui arrache l'idée qu'elle se fait de son identité, le soi gravé sur un bout de papier de madame machin née machin sous une mauvaise étoile ah si seulement je l'avais pas épousé j'en serais pas là. la vraie vie c'est 2/3 de transport, le transport c'est 1/3 de bus, dans le bus il y a eu un peu de soleil, et cette fille qui a tenu un peu plus longtemps que la moyenne les yeux dans mes yeux. il y avait ce clochard qui parlait un peu seul, mais ça c'est symptomatique de notre société, on ne se voit plus alors on s'invente des interlocuteurs, et pourquoi pas après tout, ça procure un sentiment d'existence et de la vie qui coule et qui découle, le temps s'enfuit je de-meurs etc.

1.20.2005

Essai de simplicité

Je suis montée par l'escalier étroit aux tomettes cassées et à la rampe branlante. Dans le couloir, ça sentait le bois gonflé d'humidité. Son nouvel appartement est joli, beaucoup plus joli que sa petite chambre. Il ressemble à celui que j'habitais avant. Quand j'avais encore ma chambre, et que je ne faisais pas de concessions "par amour". J'aimais ne pas avoir à faire de concessions "par amour". Nous nous sommes assises sur le lit. En fait un matelas posé à même le sol. Elle a mis de l'encens, et un peu de musique. Nous avons discuté, comme deux amies qui ne se sont pas vues depuis longtemps. C'est ce que nous sommes. Juste deux amies qui ne sont pas vues depuis oh. Une éternité. Elle a dit: "Ca te va bien cette coiffure. Ouais. Vraiment bien", et elle a souri. J'ai dit: "Alors ça y est toi aussi tu t'en vas? Tout le monde s'en va", mais je n'étais pas triste, ce n'était pas triste, c'était juste. Comme ça. J'ai demandé si je pouvais me démaquiller. Le lundi, c'est le seul jour où je me maquille. Pour masquer les cernes du week-end à mes élèves, pour être crédible du haut de mes vingt-trois printemps. Mais je n'aime pas tellement ça. Ca me rend un peu plus jolie je crois. Mais c'est juste. Je n'aime pas tellement ça. Ma peau alourdie. Je n'aime pas devoir me lever plus tôt et finir par sentir ma peau alourdie. Elle a fait du thé. Du thé des Pharaons. J'en avais déjà bu. Je ne me souviens plus de quoi il est fait. D'hibiscus et de. Je ne sais plus. Julien est rentré, il a dit "Oh, vous êtes là? Salut" et il l'a embrassée. Et j'ai compris qu'elle ne l'aimait pas. Elle vivait avec Julien et elle n'aimait pas Julien. C'est d'une telle banalité finalement. Là, c'est triste. Oui. C'est triste d'embrasser et de vivre avec quelqu'un qu'on n'aime pas. Julien est reparti. Il passait juste prendre. Je ne sais plus. Il est reparti et elle a rit en disant: " Il ne comprend rien, tu vois. Il. Oh, bon. C'est juste que j'essaye de lui parler de tout ça. Et il me regarde toujours sans comprendre. Alors j'attends". On est un peu lâche quelques fois devant l'anamour. Plus tard, j'expliquais " Non mais tu sais. Il me parle de conceptualisation. J'en ai rien à foutre tu vois. Rien. Et puis bon. Bon. C'est qu'il ne saisit pas ce que je veux lui dire". Et elle m'a embrassée. Comme ça. Et c'était. C'était. Etrange. Etrange et doux et si. Simple. Juste merveilleusement simple. Comme si c'était la chose le plus simple du monde. J'aime la simplicité. Parce que je suis une fille compliquée. Alors j'aime que ce soit juste simple. J'avais déjà embrassé une fille. Je n'avais jamais embrassé une fille de cette manière là. Je n'ai pas eu le coeur qui bat, je n'ai pas eu envie d'elle, ni rien de ce genre. Mais il y avait cette ambiance, ces particules indéfinissables qui flottaient dans l'air. Elle a dit: "J'aime bien". J'ai dit "Moi aussi", parce que c'était vrai. Alors on s'est à nouveau embrassé, et elle a caressé mes seins. J'ai pensé que c'était amusant que cela se produise justement lorsque je finissais ce livre, Politique. J'ai pensé que c'était amusant comme le fantasme s'écarte de la réalité. Je veux dire. Je suis profondément hétérosexuelle. Je me sens, je me sais hétérosexuelle sans avoir besoin de m'en convaincre. C'est pour cette raison je pense que je suis à l'aise avec l'homosexualité. Sous toutes ses formes. Enfin. Je ne sais pas. Je crois que lorsqu'on est bien avec sa sexualité, alors le saphisme n'est pas effrayant. Je n'ai pas peur de ça. Je ne me pose pas de questions. Mais comment dire. J'aimais l'idée que je puisse un jour faire l'amour à une femme. C'était une envie liée à une forme de curiosité. Mais quand j'y pensais, j'imaginais du sexe cru. Lubrique. Je ne me concevais qu'avec une inconnue que je ne reverrais plus, une inconnue avec qui je baiserais presque salement. Et peut-être que c'est pour ça que ce n'était qu'un fantasme. Parce que je ne suis pas lubrique. Enfin. J'aime baiser. Oui. Mais j'aime beaucoup plus faire l'amour. Je suis une de ces filles qui aiment se sentir glisser lentement. Je suis une de ces filles dont la sensualité discrète et la réserve romantisent l'acte sexuel. Karine et moi n'avons pas fait l'amour. Si. Bien sûr. Mais ce n'était pas par amour. Et ce n'était pas du sexe cru. C'était. Je ne sais pas. Ca s'approchait peut-être plus de la tendresse. Et c'était juste. Simple. Et je me suis sentie tellement sereine. Bien plus tard, dans le train, j'ai pensé. Que je voudrais que tout soit toujours aussi naturel. Embrasser quelqu'un, lui donner du plaisir, en prendre un peu aussi, juste par envie, sans analyse, sans toutes ces conséquences qu'on imagine. Avant, je croyais ne plus jamais pouvoir regarder une amante dans les yeux. Parce que ce serait une femme. Parce que je suis une femme. Et bon. C'était. Un peu bête. Mais c'est la même chose avec un homme. C'est juste exactement la même chose. Toutes ces convenances. Je trouve ça si. Compliqué.

1.10.2005

L'odeur du papier

Je viens de finir mon bouquin. Politique. Politique ne parle pas de politique. Il parle de Nana, de Moshe, d'Anjali. De l'amour, du sexe, et du triolisme. De Londres. D'un père et de sa fille. Des surréalistes français. De la judaïté et du sentiment d'appartenance. Du Bauhaus et de van der Rohe. D'Henderson amoureux de Stacey amoureuse d'Henderson. Des mst de Mao. De Jules et Jim, de Truffaut, d'Henri-Pierre Roché. De Bollywood. De Malcolm X. De la Russie stalinienne. De Gramsci. De Casablanca et de vaches sacrées. De lesbiennes et de menottes roses trop grandes pour les poignets. D'idylle et d'éjaculation. De romantisme et de techniques sexuelles. Je ne sais pas si je l'ai aimé. Au début, non. Maintenant que je l'ai terminé, je ne sais pas. Je crois que oui, finalement, j'ai bien aimé ce livre. Ce qui m'agace c'est que je ne sais pas pourquoi. On pourrait m'objecter qu'on n'a pas besoin d'analyser pour savoir si on a aimé quelque chose. Qu'on aime, qu'on n'aime pas, qu'on ressent, c'est tout. Et ce serait vrai. Mais moi j'ai besoin de comprendre. Comprendre pourquoi j'aime, comprendre pourquoi je n'aime pas. On pourrait me dire que je suis torturée, que je me pose trop de questions. Ce serait vrai aussi. Il y a juste un passage que je sais avoir aimé, parce que j'ai compris sans comprendre. Parce que tout le monde comprend ça sans comprendre.
Ca fait: " Et Nana et Moshe étaient romantiques. Ils étaient romantiques à leur façon. Ils s'aimaient. Ils disaient qu'ils s'aimaient. C'était vrai. Et ceci fut leur premier "je t'aime". "Tu voulais dire quelque chose de particulier?" le taquina Nana. Moshe dit: "Non." Ils restèrent comme ça. Moshe dit: "Tu me plais vraiment, tu sais." "Je te plais vraiment?" dit-elle. "Ouais tu me plais", dit-il. "Qu'est-ce qui te plaît?" demanda Nana. "Tout en toi me plaît", dit Moshe. "J’aime tes poils pubiens", dit Moshe. "J'aime la couleur de tes poils pubiens. J'aime ton, j'aime ton. Je t'aime c'est tout", dit Moshe. "C'est pas ce que je voulais dire", dit Moshe. Même leur premier "je t'aime" fut non romantique. C'était une erreur. "Bien sûr", dit Nana. "Je veux dire je ne peux pas", dit Moshe. "Hunhun", dit Nana. "Je veux dire, on ne se connaît que depuis quoi, un mois, deux mois", dit Moshe. "Hunhun", dit Nana. En fait, non, c'était tout à fait romantique. Il est tout à fait possible, je pense, de connaître quelqu'un depuis deux jours et d'être certain qu'on peut l'aimer. On sent qu'on l'aime déjà. Ca n'est juste pas disible. Vous ne pouvez pas dire que vous l'aimez. Donc le fait de le dire, à rebours de toutes les règles sociales, était romantique. Le "je t'aime" de Moshe et Nana était romantique. "Tu crois que tu pourrais?" dit Nana. "Quoi?" dit Moshe. "M'aimer", dit Nana. "Quoi déjà?", dit Moshe. "Je ne sais pas", dit Nana. "Eh bien je ne sais pas, dit Moshe. Peut-être". "Peut-être" dit Nana. "Eh bien d'accord" dit Moshe. "D'accord quoi?" dit Nana. "Eh bien je pense un peu que je t'aime, dit Moshe. Je pense un peu que je t'aime". Nana s'interrogeait sur le "un peu". Elle dit: "Tu sais que je pense vraiment que tu es joli?" Nana pensait que Moshe était joli! Quelle histoire d'amour que celle-ci! Elle dit: "Ouais, oh. Oui. Je t'aime moi aussi. "Tu m'aimes", dit-il. "Ouais", dit-elle. "Tu m'aimes", dit-il. Elle l'embrassa. Il l'embrassa. "Alors", dit Moshe. Moshe souriait. "Tu es amoureuse de moi". "Non je ne t'aime pas", dit Nana. "Tu ne m'aimes pas?", dit Moshe. "Si je t'aime", dit Nana. "Mais moi", dit Moshe. "Va te faire foutre", dit Nana. Mais Nana n'était pas méchante. Elle dit "va te faire foutre", et ensuite elle l'embrassa."
Adam Thirlwell, Politique

1.03.2005

So so exciting

Je me suis encore levée trop tard pour faire ce que je voulais faire, même si cette fois c'était pas à 13h, mais je m'en fous, et ça fait du bien des fois de se lever à pas d'heure et de glander dans un t-shirt troué en buvant des litres de café, et j'emmerde tous ceux qui racontent que l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, tout ça c'est des conneries. J'ai discuté avec R. de ces concours de nouvelles, et ça m'a donné envie d'essayer, même si j'envoie pas le manuscrit, après tout pourquoi pas, faut que j'arrête de me considérer comme la dernière des connes. J'ai joué à "je suis une femme consciencieuse qui s'occupe de son foyer à la perfection" en faisant ( toute, oui toute) la vaisselle et en repassant une housse de couette, un drap housse, et même des torchons, et ça c'est une grande première, le tout en me trémoussant sur la bo de Snatch et je suis arrivée à la conclusion que oui, j'aime bien la bo de Snatch, mais que non, en fait, je crois que je pourrais pas être femme au foyer. Je suis allée m'allonger sur les vieilles pierres du bastion sous un rayon de soleil qui me réchauffait les cuisses à travers mon jean, et j'ai mis sur pied des plans mégalomaniaques incroyables dans lesquels je devenais maître du monde, et je me suis dit que quand même la mer allait me manquer. J'ai regardé Shining d'un oeil en mangeant des nems à côté de Monsieur Petite Nature qui sursautait toutes les trois minutes, puis Tracks des deux yeux, parce que c'est bien une des seules émissions que j'aime, et j'ai pensé que j'avais prévu d'apprendre la langue des signes et que comme d'habitude, c'était un projet qui prenait la poussière au fond d'un tiroir de ma tête. J'ai peint un peu, sans conviction, assaillie de questions que tout le monde doit se poser à un moment ou à un autre: "si j'écrivais à Vis ma vie en expliquant que je supporte pas les riches, le luxe, les palaces cinq étoiles ni la thalasso, est-ce qu'on me proposerait de vivre la vie d'une nantie?", " pourquoi est-ce qu'on appuie systématiquement plus fort sur les touches de la télécommande quand les piles sont à plat? Est-ce que c'est le même phénomène qui fait que je me contorsionne et que je saute en même temps que les bonhommes quand je joue à Mario Kart?", "est-ce que c'est parce que Jennifer Aniston est un mauvais coup que Brad Pitt l'a plaquée?", "les fusées ont-elles des phares, des codes, des veilleuses?", bref, les grands mystères de l'existence. Là j'écoute les Beatles en fumant ma dernière clope, et je crois qu'on peut bien dire ce qu'on voudra, hein, mais Sergent Peppers y'a pas à chier, ça déchire.

1.01.2005

Dégénération

Un Générateur de Bonnes Résolutions. Rien que ça. Le passage d'une année à l'autre n'a jamais changé ma vie. J'aime beaucoup la vision Desprogienne de la chose: "Qu’est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassés d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père Lachaise…Cet hiver, afin de m’épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j’ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de dire « Bonjour à tous», j’ai mis « Bonne année mon cul ». C’est net, c’est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire." J'ai appelé trois personnes pour leur souhaiter des trucs que je pense vraiment. Ni plus ni moins. Je trouvais que c'était une bonne moyenne. Trois étant mon chiffre à moi. Ne me demandez pas pourquoi, j'en sais rien. Ca aurait pu être 5 ou 12, mais c'est 3. Alors donc j'ai joué avec mes résolutions. Parce que de toutes façons, j'ai cessé d'en prendre depuis longtemps, ayant saisi rapidement que le propre des résolutions de début d'année était de n'être jamais respectées, de façon à ce que l'on puisse se sentir bien vide de toute volonté. Ca me cassait le moral de me rendre compte que je ne m'y tenais jamais. Là c'était marrant, qu'on en prenne à ma place. Puis ça m'a étonnée, un peu, parce que la première c'était: "Commencer vaillament à s'analyser pour de vrai". Alors là, je me suis dit "merde, les développeurs me connaissent personnellement ou quoi?". Vous savez bien, ce genre de sensation irrationnelle, le truc complètement con qui fout le doute alors qu'on sait très bien que c'est pas possible. Comme quand on lit son horoscope avec une semaine de retard, et qu'on se dit " ouahou c'est exactement ça", alors qu'en fait pas du tout, c'est juste une interprétation du texte à retardement. Alors bon, j'ai rejoué, et la deuxième résolution qu'on me proposait, c'était: " Imaginer naïvement de voir des choses à en mourir". Ca aussi ça m'a interpellée. Parce que ça touchait à une chose que j'écrivais dans une lettre pas encore envoyée au Petit Garçon. Ca touchait à la vision que je me fais de l'enfance et du monde des grandes personnes, à ce regard naïf sur la vie et sur toutes ces choses qu'on ne voit plus, alors qu'en les regardant vraiment comme si on avait encore cinq ans, on aurait presque l'impression de crever devant tant de beauté. Ca m'a fait drôle. Ma troisième résolution, c'était: "S'astreindre avec brio à tout oser pour de vrai". Là je me suis encore dit que c'était pas possible, que c'était un peu une blague, ou alors que j'étais l'héroïne d'un épisode de twilight zone, parce que justement je suis en plein là-dedans, je suis à une période de ma vie où il faut que je fasse un choix qui déterminera toute la suite, toute ma suite, ou au moins une large part de celle-ci. Ces résolutions-là, elles me bottent vachement plus que "arrêter de fumer", "maigrir", ou "épouser un octogénaire riche à millions et prendre son jardinier pour amant". Alors une fois n'est pas coutume... Cette année, je vais trifouiller sérieusement mon dedans pour exorciser mes démons, je vais retrouver mes yeux de petite fille et apprécier mon retour aux vraies valeurs, et je vais être téméraire.

12.29.2004

Rainy Day Woman


Je me traîne cette fatigue. Ces milliers de petites épingles dans les yeux. Ces tas de casseroles pendues au garde-boue de ma caboche.Alors que ma vie devrait être aussi simple que ça.

François le Diascorne
Putain.

12.27.2004

Useless Ficus

Je suis arrivée pile à l'heure devant le grand portail en fer forgé, et j'ai jeté un oeil de l'autre côté de la rue pluvieuse. J'entendais la musique et les rires étouffés par la baie vitrée. Je me suis roulée une cigarette, et j'ai attendu là, dans le froid, devant l'immense baraque.La fumée m'a brûlé la gorge et j'ai jeté ma clope dans une bouche d'égout. J'ai inspiré un grand bol d'air, je suis entrée. J'ai parcouru l'allée de graviers en retenant ma respiration. Devant les moulures et la tête de lion, j'ai failli prendre mes jambes à mon cou. Mais à la place j'ai juste sonné. Mon hôte a ouvert et m'a saluée avec une effusion qui sonnait tout à fait creux, la chaleur des présentateurs du Juste Prix quand Marcel du Trou-du-Cul-du-Monde gagne la vitrine à un million. Je l'ai suivi dans le couloir qui menait au salon, en faisant bien attention de ne pas me prendre les pieds dans le tapis et de ne pas m'étaler lamentablement. Il marchait du pas assuré de celui qui sait dominer la situation.
Lorsque je suis entrée, les conversations se sont arrêtées et vingt paires d'yeux se sont tournées vers moi. J'ai eu envie qu'une immense faille s'ouvre et m'engloutisse, mais bien sûr il ne s'est rien passé, et je me suis forcée à soutenir ces regards. J'ai essayé de sourire, mais ça a du se muer en une étrange grimace. Il m'a présentée comme " une vieille amie", et j'ai failli rectifier, dire que je n'étais ni vieille, ni son amie. Je me suis tue. Il a pris ma veste de la Redoute et l'a posée sur un fauteuil en cuir, puis m'a emmenée près du buffet en m'enjoignant de me servir à boire. Une margarita, il me fallait au moins ça. J'ai siroté mon verre en regardant les autres invités. J'ai eu un peu honte de mon jean râpé et de mes kickers à la semelle trouée. A ma droite, un jeune homme de bonne famille, de ceux qui se présentent crânement en appuyant sur la particule et roulent bien trop vite dans leur coupé sport, louchait sans vergogne sur le décolleté de son interlocutrice. Du genre bêcheuse qui sait l'effet que produit la bretelle de soutien-gorge en dentelle dépassant de sa robe Lacroix trop courte, offerte par l'AmEx de Papa. Je l'ai entendue rire coquettement à chaque compliment-paquet-de-lessive que lui faisait le type, des phrases pas originales pour un sou qu'il avait du répéter longuement devant son miroir en s'aspergeant de parfum et en se tartinant de gel. La confiance en soi semble tout excuser, même une drague minable. J'ai eu vaguement mal au coeur, et j'ai noyé le ramdam de mon ventre dans une vodka tonic sans tonic. Picole ma grande, ça te fera passer le temps.De l'autre côté, deux créatures sorties tout droit d'un magazine people. Crinière brune parfaitement brushée, yeux de biche allongés par du mascara épais, french manucure impeccable. Je fais tache avec mes ongles rongés et ma barette Schlecker. La première raconte sa dernière escapade chez Vuitton et ce petit chéquier, une vraie folie. Elle explique en lançant un regard complice: " c'est Eddie qui a payé, il dit oui à tout depuis qu'il m'encule". Sa copine part d'un rire hystérique qui fait balloter sa poitrine, et moi je suis consternée. Décidément, elles peuvent bien avoir un corps à tomber par terre, rien n'est plus repoussant que la vulgarité du coeur.
Je finis par scruter sans relâche le tapis, y cherchant sans doute la raison de ma présence en ce lieu. Kévin, mon hôte, m'arrache à ma rêverie. "C'est un Kilim", dit-il. Super. Il joue parfaitement son rôle, qu'est-ce qu'il est content de me revoir, c'est géniaaal que j'aie accepté de passer ce soir, ça faisait teeeellement longtemps qu'on s'était pas vu, c'est dommage il faudrait pas perdre le contact comme ça, ça fait combien maintenant, cinq ans? Oh, huit ans déjà, tant que ça? Ah oui, huit ans. Je rigole tout bas de cette mascarade. On n'a jamais rien eu en commun, on n'a jamais été amis, ni même copains. Kévin, c'était, et c'est toujours, le gosse de riche présomptueux dont l'insolence laissait les profs du collège sans voix, dont l'égo était si démesuré qu'il arrivait finalement à subjuguer les plus faibles comme les plus sûrs d'eux. C'était le play-boy populaire, cliché par excellence des soaps pour ado en mal de reconnaissance, celui qui portait nonchalamment sur l'épaule son sac Chevignon et rendait humides toutes les culottes qui croisaient sa route. Sauf la mienne, parce que je préférais le petit mec invisible avec la mèche dans l'oeil et le pantalon déchiré, celui qui parlait à personne et avait toujours un walkman à la récré. Moi-même, j'étais plutôt invisible pour Kevin, sauf éventuellement quand il pompait mot pour mot ma copie pendant le contrôle d'anglais. Pendant qu'il se pavanait à la boum annuelle de Séverine et qu'il lui pelotait les seins pendant un slow, avant d'aller faire à ses copains un récit imagé de la situation, moi je regardais mes pieds en me demandant ce que je foutais là, en pensant à mon looser au tee-shirt Apple élimé, qui lui n'avait évidemment pas été invité. On n'avait rien en commun. On n'a toujours rien en commun.
J'ai essayé de prendre congé, mais il m'a servi un troisième verre, et j'ai accepté, encore, non pas parce que je suis alcoolique, mais parce que ouaouh, il m'aurait fallu bien plus que trois verres pour supporter cette hypocrisie et ce déballage de fric. Une demoiselle est venue se joindre à nous. Son visage me disait vaguement quelque chose. Et pour cause, nous étions ensemble au lycée. Elle m'appelait "la hippie"; moi je l'appelais pas, elle m'était totalement indifférente. On a du se dépanner de quelques cigarettes aux intercours, ça s'arrête là. Même topo. Raaaaavie de me revoir, quoi de neuf? Ben il y a plein de neuf en six ans, chérie.Mais tu crois quand même pas que je vais te raconter ma vie,là, au beau milieu de vingt ploucs que je connais pas, si? De toutes façons, elle n'avait pas vraiment envie de savoir, c'est juste le passage obligé, "comment tu vas? qu'est-ce que tu deviens? ok on s'appelle". Par contre, elle s'étend, se répand pendant un temps qui me semble interminable. Je n'ai pas tout retenu; parce que je n'ai pas tout écouté. Sur le coup, j'ai eu un peu l'impression d'être la Marianne d'Anna Gavalda, ça m'a fait sourire. Elle a dû comprendre que ses histoires d'amour ne m'intéressaient que très (très très) moyennement, et elle est allée raconter ses malheurs à des âmes plus compatissantes.
J'ai regardé une dernière fois autour de moi, et j'ai fait une chose qu'en vingt-trois ans je n'avais jamais faite. J'ai pris ma veste et je suis partie discrètement, sans dire au revoir, sans remercier ( de quoi, d'ailleurs, aurais-je pu remercier ces gens-là?), juste comme ça, je me suis barrée sans bruit. J'ai marché sous la pluie, et ça faisait du bien, l'eau qui ruisselait dans mes cheveux; comme si ça me lavait de cette ambiance. Je suis rentrée chez moi, en pensant à mon nouveau boulot qui me fout la trouille même si je dis le contraire à Cré, et aussi un peu au Petit Garçon qui me fait des trucs bizarres dans le ventre. Greg, Marc, Carole et Delphine étaient là, je me suis sentie bien. Bien de retrouver Carole et sa logorrhée, Marc et son joint, Delphine et son poncho du Brésil ( tu trouves pas qu'il déchire?), Greg et son câlin. J'ai pris une douche en les écoutant se marrer, j'ai mis des fringues sèches, j'ai bu un thé. Quand ils sont partis, je suis allée dans la salle de bain, et je me suis regardée dans le miroir. C'est quelque chose que je fais de temps en temps; sans vraie raison; même pas par narcissisme. Greg est entré, il m'a prise dans ses bras, et m'a embrassée dans le cou. Nous sommes restés longtemps comme ça, sans parler, moi appuyée contre le lavabo, lui m'enlaçant et respirant doucement dans mon oreille. Plus tard, j'ai cherché un passage d'un livre. Un bouquin dont on m'avait fait l'éloge, mais qu'à vrai dire j'avais trouvé un peu plat.

"Comment lui dire? Il la quitterait le plus dignement possible, sans lâcheté. Car les lâchetés sont comme des réflexes dans les moments de rupture: elles apparaissent avec l'innocence d'un courant d'air.Tristan observait le mouvement de sa pensée et était surpris de l'avance qu'elle prenait sur la réalité. Ainsi, dans le monde abstrait des idées, il était déjà séparé d'Amélie. En vérité, comme tant d'autres, il adoptait régulièrement cette attitude dangereuse et complaisante envers tout ce qui lui arrivait: il assistait à sa propre vie et en était le plus fidèle spectateur. Il se mentait à lui-même pour déceler par avance la configuration des choix qu'il devait faire. Il prétendait qu'il était prêt à la quitter alors qu'il était encore noyé dans la plus obscure des incertitudes. Il travestissait ce qu'il pensait, comme un frileux, pour tenter de comprendre ce à quoi il s'exposerait si jamais il en venait à penser véritablement ce qu'il prétendait penser _ bref, il n'était pas plus avancé qu'en début de journée, et il se détestait pour cette faiblesse."
Florian Zeller, Les amants du n'importe quoi.

12.24.2004

Have yourself etc.

J'ai jamais trop bien aimé Noël. Religieusement ça représente plus rien de toutes façons, tout le monde ou presque se fout du petit gamin de l'étable, on peut pas monter sur ses genoux pour prendre une photo, et puis de toutes façons c'est même pas vrai que c'est un rédempteur qui a brisé toute entrave, il en a mis plein des entraves aux pieds des hommes et des mitraillettes dans leurs mains et de la haine dans leurs yeux alors qu'on vienne pas me dire que Noël c'est la fête de l'amour parce que tous les prophètes du monde qui sont venus prêcher la bonne parole de leur Dieu unique le seul le vrai ils doivent bien se marrer maintenant en regardant le bordel qu'ils ont foutu et ils doivent être un peu des bookmakers du ciel qui font des grilles de pronostics sur combien de morts il va encore y avoir à cause d'eux. Ou alors ce sont les hommes, ce sont eux qui comprennent rien, et ils transforment des messages de paix en petits jeux de massacre et en plus ils en redemandent, et les bookmakers ils se marrent pas ils se disent bon dieu mais qu'ils sont cons ils ont rien compris puis ils rougissent un peu d'avoir juré et ils culpabilisent d'avoir fait une boulette et d'avoir donné tout ça à des hommes qui comprennent rien qui tuent et qui meurent pour faire valoir leurs convictions. Ca pourrait être beau comme truc d'être empreint d'un foi sans faille et de mourir pour elle mais moi je trouve pas ça trop beau, moi je trouve qu'on devrait tous mourir entourés des gens qu'on aime et de toutes les choses qui ont compté pour nous et de savoir qu'on va fermer les yeux en étant heureux; ça c'est beau de mourir heureux; peut-être qu'ils sont heureux ces hommes de mourir pour leurs idées mais ils sont sur un champ de bataille et le dernier truc qu'ils voient c'est du sang partout , c'est la douleur qui ferme leurs paupières et voilà, c'est fini. Ma grand-mère elle est morte un 24 décembre entourée des gens qu'elle aimait et qui l'aimaient aussi, dans sa maison à elle où elle avait des souvenirs et des parfums et du bonheur et son chat, et nous on était là et on savait pas quoi dire, ma mère a crié maman maman qu'est-ce qu'il y a réveille toi qu'est-ce qui t'arrive mais elle s'est pas réveillée et mon père il l'a prise dans ses bras; je m'en souviens, il savait pas trop quoi faire au début, il restait là à côté et il regardait ma grand-mère et je sais pas s'il comprenait bien ce qui se passait puis il a pris ma mère dans ses bras et il l'a emmenée un peu plus loin il lui a parlé dans l'oreille j'ai pas entendu ce qu'il lui disait, mais ma mère elle hochait la tête et elle disait oui oui d'accord en pleurant, et je m'en souviens parce que c'était la première fois que je voyais mon père prendre ma mère dans ses bras. Rosine elle a vite pris le téléphone pour appeler l'infirmière qui s'occupait de ma grand-mère, je me souviens plus de son nom, pourtant j'allais jouer avec ses filles dans son jardin quand j'étais petite. L'infirmière est venue, le temps m'a paru interminable il passait au ralenti et je voyais la scène comme si j'étais pas là comme si c'était pas moi comme si j'étais très très loin de tout ça. Jenny elle disait rien non plus, des fois on se regardait mais on disait rien, on savait pas trop ce qu'il fallait dire, peut-être qu'il fallait juste pleurer. Je pleurais pas. J'avais de la peine mais j'arrivais pas à pleurer, ça sortait pas j'y pouvais rien je pouvais pas me forcer. Le jour de l'enterrement non plus je pleurais pas. C'était pas un enterrement c'était une incinération et je me rappelle le contraste entre le froid d'Albi et la chaleur étouffante du crématorium je me suis dit qu'on allait tous attraper la crève et je me suis détestée de penser ça à ce moment là mais je pleurais pas. Les gens qui sont venus pleuraient un peu, ma mère avait un long manteau noir depuis elle l'a jamais remis il est dans un plastique dans son armoire avec le cd du requiem de Fauré; ils passaient à côté, ils lui serraient l'épaule et ils me regardaient un peu parce que j'étais en jean avec un manteau rouge et que ça doit pas se faire, et peut-être aussi parce que je pleurais pas. Qu'est-ce que ça peut faire que je sois en jean avec un manteau rouge je m'en fous moi d'avoir un jean le jour d'un enterrement, et un manteau rouge, et ma grand-mère aussi elle s'en serait foutue elle aimait la vie et les couleurs, c'est pas vulgaire les couleurs à un enterrement, ça détermine pas le degré de tristesse, et les larmes non plus, pas toujours. Elle aurait rigolé de me voir en rouge à un enterrement, elle aurait remis ma capuche comme il faut avec ses doigts qui tremblaient à cause de Parkinson et elle aurait peut-être dit un truc dans mon oreille que j'aurais pas trop compris parce qu'elle arrivait plus beaucoup à parler sur la fin, et je me serais moquée gentiment en lui disant qu'elle allait me crever le tympan, et elle s'en serait foutue, elle aurait juste rigolé à cause de mon jean et de mon manteau.
Depuis ma mère pleure à tous les Noël. On les passe plus là-bas avec les autres, juste tous les trois ma mère mon père et moi et en fait ça m'ennuie, j'ai pas toujours envie d'y aller, je serais aussi bien chez moi avec une bouteille de vin blanc et mon chat et peut-être du chocolat quand même, mais je leur dis pas et j'y vais et je me dis que mon coeur doit être tout rassi pour pas avoir envie de passer Noël avec mes parents et j'ai un peu honte. Quand j'arrive j'embrasse ma mère, je lui dis ça va ça se prépare, et elle sourit mais je sens bien qu'elle a de la peine et qu'elle fait tout ça juste parce qu'elle croit que j'aime Noël et que je veux absolument un sapin qui sent le sapin et qui est plus grand que moi et qui brille alors qu'en fait non, je m'en fous du sapin et des cadeaux et du repas et du champagne ça me laisse de marbre tout ça je fais juste semblant d'aimer. On fait semblant toutes les deux. Mon père il est jamais prêt quand j'arrive. Il arrive un peu après et il dit ah t'es là et il me fait la bise comme si on se connaissait pas trop, que j'étais juste une invitée comme ça, et d'ailleurs c'est vrai qu'on se connaît pas et que chez lui je me sens pas chez moi. Il me parle de mes études qu'il connaît pas non plus juste pour dire quelque chose, puis de mon amoureux comment il va ça se passe bien son travail et est-ce qu’il passe pour le dessert. Je crois qu'il fait des efforts avec moi le soir de Noël pour se rattraper des autres jours et moi aussi je fais des efforts je dis oui oui je souris je dis rien quand il me demande de jouer des chansons de Noël au piano; une fois j'ai dit que de toutes façons Dieu existe pas alors qu'est-ce qu'on en a à foutre de toutes ces conneries, et il m'a traitée de mécréante et oui je suis une mécréante et je m'en fous, je lui ai dit, moi je préfère investir dans des trucs qui existent pour de vrai que dans des conneries de Noël qui veulent rien dire et de toutes façons t'es musulman qu'est-ce que ça peut bien te foutre que j'aime pas Noël et les fêtes chrétiennes, et je suis partie. J'ai un peu tout gâché ce soir-là mais c'est vrai que je suis un peu spécialiste et finalement oui je dois avoir au moins un bout du coeur rassi. Avec ma mère ils font pas trop d'efforts entre eux; quelques fois oui un peu mais ils se prennent pas dans les bras ils rient pas trop ensemble ils me parlent à moi pour combler le vide entre eux. Mon père il dit oh mais c'est pas là-dedans qu'il fallait mettre les cacahuètes pourquoi tu les as mises là-dedans, et ma mère dit ben t'avais qu'à le faire au lieu de passer quatre heures dans la salle de bain je suis pas ta bonne, et mon père dit oh ça va tu vas pas commencer à m'emmerder c'est Noël, et ma mère dit ça représente rien pour toi Noël de toutes façons t'es même pas capable d'être agréable ce soir-là t'es toujours entrain de critiquer tu me fais chier j'en ai marre de vivre avec un con comme toi. Au début, je leur en voulais vachement et je criais plus fort qu'eux mais vous êtes vraiment trop cons j'en ai marre de vous entendre là ça suffit sinon j'me barre et je viens plus jamais et c'est pas possible d'avoir des parents qui gâchent toujours tout, vous êtes vraiment des gros nases putain mais c'est pas possible. Quelques fois ça marchait. Maintenant j'ai l'habitude ou alors peut-être que c'est juste que j'ai plus la force et que je m'en fous qu'ils s'aiment pas après tout ça les regarde, alors je vais juste dans le jardin fumer une cigarette et penser à autre chose; je sais même pas s'ils se rendent compte tout de suite que je suis plus là tellement ils sont occupés à se gueuler dessus mais au bout d'un moment il y en a un qui vient me chercher un peu penaud, comme un gamin qui vient s'excuser d'avoir raconté un mensonge, et il me dit allez rentre tu vas prendre froid tu devrais pas fumer c'est pas bon allez rentre regarde on va boire l'apéro et on va mettre de la musique. Alors je rentre et je m'assois sur le canapé et eux ils essayent de faire comme si rien mais je vois bien que ça marche pas ils sont plein de rancoeur et ils ont un peu la bouche pincée et moi j'ai plus trop envie de détendre l'atmosphère j'ai juste envie de rentrer chez moi. Après on ouvre les cadeaux. J'adore faire des cadeaux mais à Noël ça m'énerve un peu parce que c'est devenu une obligation et je me demande pourquoi les gens ont besoin de ce genre de prétextes débiles pour vouloir faire vraiment plaisir aux autres. J'ai pas trop de cadeaux chez mes parents, quelques fois j'en n'ai même pas du tout et ils s'excusent, ils disent qu'ils sont désolés de pas pouvoir m'offrir des choses mais que c'est parce que tu sais l'appartement d'Alger est toujours pas loué alors on n'a pas beaucoup de sous j'espère que tu nous en veux pas d'avoir juste fait une carte, tu sais bientôt ça ira mieux hein faut pas nous en vouloir, ça veut pas dire qu'on t'aime pas on t'aime très fort et on est fiers de toi. Moi ça me dérange pas de pas avoir de cadeaux, je m'en fous des cadeaux et des papiers qui font du bruit quand on les déchire et des rubans bouclés assortis au paquet, je m'en fous de tout ça, je suis contente parce que moi je leur offre des petits trucs, je dis mais c'est pas grave on s'en fout des cadeaux et j'ai envie de leur dire que je préfèrerais qu'ils s'engueulent pas ça ce serait un super cadeau mais je le dis pas ça sert à rien je sais qu'ils y arriveraient pas même en essayant.
A mon amoureux je sais jamais quoi lui offrir. Je sais pas si c'est parce qu'il aime rien ou parce que moi je l'aime plus vraiment et que c'est plus un vrai amoureux, juste une habitude, un peu comme on a l'habitude de boire son café le matin, moi j'ai l'habitude de vivre avec lui, et de chercher quoi lui offrir pour Noël. Peut-être que c'est un peu les deux. Il y a deux ans, j'avais pas trouvé d'idée alors j'avais fait un portrait de lui au fusain sur une grande feuille et je le trouvais assez réussi; derrière j'avais écrit un mot gentil qui venait du fond qui disait un peu tout ce que j'arrive pas à lui dire et j'avais mis tout ça dans du papier craft moche mais j'étais contente. Lui aussi il avait l'air content il m'a prise dans ses bras et il m'a dit merci et il l'a montré à ses parents parce qu'on était chez eux et ses parents ont dit oh c'est chouette tu l'as fait faire où, ça vient d'une photo, ah c'est toi qui l'as fait; ils comprennent jamais rien, eux. Mais après il l'a juste laissé dans un coin et il l'a oublié et il l'a récupéré six mois après alors je me suis dit que ça lui plaisait pas et j'ai eu un peu de peine mais j'ai rien dit. J'aime pas aller chez ses parents; son père parle pas ou alors quand il parle il critique tout; le travail le chômage les français les arabes et les américains la pintade les universités la retraite la peinture les plantes l'alcool la cigarette et après il s'endort sur le canapé. Sa mère elle parle tout le temps, elle, de tout et n'importe quoi, elle donne son avis sur tout même quand elle connaît pas, oh mais t'aurais du continuer médecine franchement là c'était une connerie qu'est-ce que tu vas faire il faut que tu travailles tu peux pas rester sans travailler tes études elles te mènent à rien alors ça sert à rien puis t'es trop dépensière faut que tu comprennes que tu peux pas mener un train de vie comme ça à toujours acheter des choses inutiles des livres des pinceaux mais surtout les livres si t'as pas d'argent et puis t'as recommencé ton régime parce que ça va t'es bien comme ça mais plus mince ce serait encore mieux tu le sais alors pourquoi tu le fais pas franchement hein c'est pourtant pas si compliqué; et je pourrais trouver ça bien quand même parce que ça part d'un bon sentiment, mais pas sur elle, sur elle ça m'énerve j'ai envie de lui dire d'aller se faire foutre. Sa soeur aussi, j'ai envie de lui dire d'aller se faire foutre, mais je le dis pas parce que ça se fait pas, alors je souris et je me dis que je vaux bien mieux que tous ces cons et je me demande ce que je fais là à les caresser dans le sens du poil, et peut-être que j'ai tort et que c'est juste du snobisme, que je vaux pas mieux et que moi aussi je devrais passer ma vie au ras des pâquerettes sans éprouver le besoin de m'élever un peu et de regarder plus loin que le bout de mon nez, peut-être qu'ils ont raison tous ces gens de vouloir de l'utile de l'utile toujours plus d'utile, parce que le rêve ça sert à rien, parce que ça sert à rien d'avoir des plaisirs simples et de la sensibilité à plus savoir qu'en faire, de pleurnicher devant un film triste et de rire en courant pour rattraper mes feuilles qui s'envolent, parce que les livres c'est que des histoires à dormir debout qui essayent de nous faire croire à des chimères, comme tous ceux qui disent que Belle du Seigneur c'est un magnifique roman d'amour alors que c'est juste exactement tout le contraire.

12.10.2004

Tout à l'heure

Je suis sortie un peu, tout à l'heure. Oh pas loin, j'avais pas envie de trop m'immerger dans la vraie vie. J'ai hésité, parce que j'avais peur de croiser mon voisin. Je crois que ça ne fait pas longtemps qu'il est là, je ne l'ai vu qu'une fois. Tout à l'heure, je chattais, et des reflets importuns sont venus m'éblouir. J'ai cru que c'était un rayon de soleil. Mais quand je suis allée à la fenêtre, j'ai vu cet étrange voisin. Il était dans son jardin, en face. Il portait uniquement une veste de costume et un slip. Il est maigre. Il jouait avec un miroir, il réflechissait la lumière dans la lampe de ma cuisine. J'ai posé ma main sur la manivelle du store, mais il a arrêté instantanément. Alors je me suis rassise, et il a recommencé. En sortant je ne l'ai pas vu. Je suis allée jusqu'au distributeur, essayer de retirer de l'argent que je n'ai pas. Crédits insuffisants. Quelle surprise. Je suis rentrée, en rêvassant. A l'instant, en arrivant dans la résidence, j'ai croisé Cynthia et son amie Orianne.. Elles étaient en train de rédiger leur lettre au père Noël, d'une écriture enfantine aux boucles rondes. Elles s'appliquaient. Orianne avait ajouté quelques coeurs, et une étoile dont la branche du haut était curieusement disproportionnée. Elles m'ont demandé de relire pour être bien certaines qu'elles n'avaient pas fait de fautes. Il y en avait plein, mais j'ai trouvé ça attendrissant, et je n'ai pas eu envie de corriger leur spontanéité. Je leur ai dit que j'avais froid, et que j'allais rentrer. Orianne m'a demandé ce que je voulais pour Noël. J'ai répondu du bonheur.

11.17.2004

Fonds de tiroir

Prise d'une inexplicable frénésie ( confinant à la névrose obsessionnelle?), j'ai rangé _que dis-je? j'ai Rangé_ la pièce qui me sert de bureau. A l'oreille, comme ça, ça sonne plutôt pas mal. C'est mon "bureau". Mais dans les faits c'est un bordel sans nom, et même la mieux intentionnée des truies n'y retrouverait pas son lardon. Le périlleux exercice a consisté à vider les tiroirs en vrac sur le sol déjà encombré de mon salon, et à regarder dans le blanc des pages les bouts tangibles de mon passé d'adolescente mal dans sa peau. C'était assez impressionnant, en fait. La dernière fois que j'ai fait ce genre de truc, à savoir mettre vraiment de l'ordre dans mon capharnaüm existentiel, c'est quand j'ai quitté le cocon familial, voilà cinq ans. A l'époque, pressée d'emménager dans mon nouveau chez moi, j'avais tout foutu dans un grand carton, et j'avais pris un soin méticuleux à déballer une fois arrivée, à relire, à organiser, à classer selon une logique propre à tous les bordéliques dignes de ce nom, c'est-à-dire à laisser tomber les papiers dans un tiroir après les avoir relus, en sachant que tel flyers se trouvait dans tel carnet à croquis, bien que ce ne fût absolument pas sa place. Et bien sûr, en ne jetant rien, selon une variante de l'antienne bien connue du ça-peut-toujours-servir: "j'aurais-peut-être-envie-de-les-montrer-à-mes-enfants-un-jour". Donc là, j'ai fait sensiblement la même chose, sauf que j'avais un allié non négligeable: un sac poubelle 100 L. Je me suis assise en tailleur sur le tapis à côté de mon tas de trucs de ma vie d'avant, et j'ai trié. J'ai retrouvé des lettres de mes ami(e)s du collège, de la sixième à la troisième, écrites à l'encre bleu turquoise ( appelée pompeusement bleu lagon ) des stylos plumes Creeks qui étaient hautement fashion à l'époque. Puis des lettres de ma meilleure amie du lycée, Cécile, que je n'ai pas vue depuis à peu près trois ans alors qu'on habite à 20 kilomètres l'une de l'autre. Je n'ai pas éprouvé le besoin de l'appeler pendant tout ce temps, elle non plus apparemment, la vie suit son cours, hop. Il y avait aussi une bonne quantité de feuilles grands carreaux en piteux état, avec des poèmes foireux, des dessins, des numéros de téléphone, genre tout ce que peut faire une fille unique de 15 ans quand elle s'emmerde dans sa chambre, ou en cours, ou ailleurs, ou même quand elle s'emmerde pas mais qu'elle crie son mal de vivre qui n'en est pas un sur des feuilles grands carreaux. Puis des tas de flyers, festivals en tout genre, arts de rue, ska, concerts privés, free party, et autres soirées de débauche auxquelles j'ai du participer, apparemment sans qu'elles changent en rien le cours de mon existence, puisque je ne m'en souviens plus ou presque. Des places de concert par paquets ( je ne sais pas d'où je sortais les thunes pour y aller, d'ailleurs, il y a comme un halo mystérieux autour de mes budgets de l'époque), Noir Des', BB king, Keith jarret, Sinse, Magma, Gong et David Allen, Nice jazz Festival ( cinq, à trente euros la place... j'ai du bouffer des kilos de pâtes pour mes les payer, je suppose), Jazz à Juan, Placebo, Tiersen, Bumcello, Portishead, M, Bénabar, Reggae festival à la pinède, etc, etc, etc. J'ai retrouvé aussi un bracelet auquel je tenais particulièrement. Un truc moche au possible. Des étoiles en plastique rose, bleu, jaune et vert sur un élastique blanc. Ca venait de Pierrot la lune, un magasin où je passais des heures quand j'étais au lycée, du style jouets en bois et kaléïdoscopes, marionnettes et Petit Prince. Ce truc avait une valeur sentimentale énorme, parce qu'il venait de Marco, mon meilleur ami (perdu de vue depuis, lui aussi) avec qui j'avais malencontreusement fait du sexe, contre toute bonne morale chrétienne. Ce bracelet scellait la promesse solennelle de ne jamais recommencer, selon le principe du on-ne-couche-pas-avec-ses-amis-non-même-pas-pour-dépanner. Oui, ma vie est régie par des principes à la con que je ne respecte pas, et c'est très bien comme ça. En plus de tout ça, il y avait mes journaux intimes. Pathétiques au possible. Ecrits dans un style pseudo-lyrique tellement minable que je me suis foutue de ma gueule toute seule comme une grande, et que je me suis quand même demandé si j'avais pas pompé ces inepties dans les lettres des lectrices d'OK Podium. J'ai aussi retrouvé un joint. Dire qu'il a passé tant d'années seul dans un tiroir alors que je fumais moult de ses congénères. J'ai passé deux heures et demi à farfouiller là-dedans. Au moment fatidique où d'une main ferme et décidée je m'apprétais à tout balancer, je me suis mise à pleurer. Pourquoi, j'en sais trop rien. Après tout y'avait pas vraiment de raison.
En fait non, je pleurais pas, je pleurnichais. C'est-à-dire pas vraiment pleurer, faire un peu semblant d'être triste en ayant la larme à l'oeil mais sans qu'elle tombe pour de vrai, tout ça ayant pour but de m'autopersuader que je regrettais amèrement ces périodes bénies de mon adolescence parce que les problèmes que je croyais alors avoir n'avaient finalement aucun poids face à ma vie sociale trépidante, mais que par contre ma vie actuelle était profondément chiante et morne, que c'était franchement la loose à 23 ans de passer des heures devant son pc au lieu d'aller se murger avec de vraies gens dans de vrais bars tous les soirs, ce qui est totalement faux puisqu'aujourd'hui je suis nettement mieux dans ma peau qu'il y a dix ans, et qu'en plus je me murge assez régulièrement dans de vrais bars avec de vraies gens, que j'aime plus ou moins selon l'humeur.

11.08.2004

Mascara(de)

Faut dissocier à plein régime, faut que ça jette, faut que ça balance, qu'est-ce que tu croyais? Pas moyen de faire de lipo(ré)tension, c'est une période slim faste. C'est mon tour de taille des kilos métrés dans le complexe. Arrête chérie tu vas pas sortir comme ça? Oublie pas ton raccord, dans ton sac à maintenance. Et remets un peu de poudre aux yeux, fard d'eau de jouvencelle qu'on manucure de protéines en sachet. C'est bon pour le fond du teint, je t'assure, un petit lifting de l'âme. Une lyophilisibilité de l'intellect c'est pas fashion ya know, l'heure est aux silly connes, aux botoxicomanes de l'appât rance. Un shoot au dhea dans la cellulitosphère? Maquille toi l'âge aux UV, les a, les b, juste un b-a ba de bon goût quoi. Sers-toi ta parabole de soupe aux légumes allégés, et deux doigts dans la gorge. Métabolide à toute vapeur, et comédonne ton corps à la science infusée dans la tisane amaigrissante, tu verras tu te sentiras mieux. Nantis des antinatures, on en graisse des pattes d'oies, on en tire plus d'une, vite vite, faut vernir avant de vieillir, et pile poil, à la cire, même Santa Klaus troque sa barbe contre une barbie, alors tu vois. Couche toi dans le moule, t'as qu'une paire de seins. Si tu blushes je relance de dix ans.