10.27.2009
Mots de passe et robots frits
10.23.2009
Hop
10.21.2009
10.17.2009
Hands of a stranger
10.10.2009
Les idées en place
9.24.2009
9.18.2009
9.14.2009
Just for a little while (oh then just to see you smile)
et c'est chiant.
9.07.2009
The drowning man
Pourquoi tu m'écris? Pourquoi pas?
8.31.2009
8.30.2009
Just kiss me in the morning in your dirtiest pants
(anyone but me
maybe one nut
on beauty, men
etc. etc.)
en rentrant je m'asseois sur l'escalier et je regarde le jour se lever au-dessus des toits, je pense à toutes ces choses, celles qui ont juste attendu sur une montagne et les autres que je n'ai jamais avouées, celles qu'on m'a dites et que je refusais consciencieusement d'entendre, il y a le souffle régulier en haut dans la cabane du sommeil comme un appel aux caresses, le contraste toujours si saisissant entre l'effervescence sous ma peau et la fin de la nuit, l'image floue de quelques baisers volés par ces presque-inconnus, regrets instantanés qui s'affichent au néon rouge comme l'enseigne glauque d'un sex shop clignotant dans mes joues pour me rappeler que ces sens sont interdits, je tournicote ma bague autour de mon annulaire dans un sens dans l'autre dans un sens dans l'autre et puis le contraire, et le zébulon dans mon ventre me donne envie de vomir ma si petite vertu en même temps que le vin qui pique sur la langue.
mais à la place je fais des haïkus
sur ma peau humide
le grain de ta paume affleure
je crains du boudin.
haha. quand je serai grande je serai sôseki.
(ou pas).
8.26.2009
You can't always get what you want

alors je fume une marlboro light, et je me jette sous un train.
2.17.2009
Poésie verticale
Y el pensamiento llueve sobre el mundo
como los restos de una diezmada red
cuyas mallas no aciertan a encontrarse.
Llueve adentro del pensamiento.
Y el pensamiento rebalsa y llueve adentro del mundo,
colmando desde el centro todos los recipientes,
hasta los más guardados y sellados.
Llueve bajo el pensamiento.
Y el pensamiento llueve bajo el mundo,
borrando los cimientos de las cosas,
para fundar de nuevo
la habilitación del hombre y de la vida.
Llueve sin el pensamiento.
Y el pensamiento
Sigue lloviendo aun sin el mundo,
Sigue lloviendo sin la lluvia,
Sigue lloviendo.
(Tu vois quelque chose d'aussi joli que les prépositions de Juarroz, toi?)
(Tu veux que je t'explique pourquoi, que je te donne des raisons, mon éloignement, ma distance, mon indifférence, mon mécontentement, mon silence _ je n'ai jamais su réellement parler, tu le sais; tu veux des explications, des raisons. En voilà une: les prépositions de Juarroz.)
2.13.2009
Dear Disable Friend(s)
Naviguant dans ce quelque chose, je vais d'étonnement en petites déceptions.
Etonnement du monde autour, du cinéma qui passe sans moi, des sentiments qui s'émoussent doucement, silencieusement, de l'envie improbable et indicible en elle-même, sublimation freudienne s'il en est, étonnement banal de tous ces déterminismes qui nous enferment, n'en déplaise à Jean-Sol.
Déception consumériste de n'avoir pu trouver, après quatre ans, quatre ans, de bouquinistes en librairies obscures, la Pompe à sang de Jean Gaudry que Grassin n'édite plus. Déception narcissique de n'apercevoir de moi que ce qui me déplaît le plus, l'invariable pressentiment de n'être pas suffisamment brillante, à la hauteur (trois pommes et demi, sais-tu?) _ mais de qui?
Et puis l'indistinct, qui mêle les deux dans une sorte d'ennui. L'ennui de lire les ridicules apophtegmes du dictionnaire égoïste de Dantzig, l'ennui surtout d'y lire que la plus poignante allitération de la littérature étrangère, le plus bel incipit de ma modeste bibliothèque ( "Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta. She was Lo, plain Lo, in the morning, standing four feet ten in one sock. She was Lola in slacks. She was Dolores on the dotted line. But in my arms she was always Lolita.") pourrait être quelque chose comme un plagiat *. L'ennui à Paris de ne plus aimer autant la Rue du chat qui pêche, ou celle des Petits carreaux, de n'être plus émue par les heures anciennes, Quai des Célestins. L'ennui de trouver une Eva Braun sur un salon insipide d'un chat insipide dont le seul occupant qui m'éveillait parfois, souvent, a disparu depuis longtemps _ vers quels lieux s'évaporent ceux qui s'évaporent?
L'agacement, enfin, pour des détails infimes, de la culture indifférente, du grain de sable dans le rouage de l'horloge. Agacement de la quasi-canonisation de Tharaud, sous couvert de Satie, on m'en dégoute pour me l'avoir servi à toutes les sauces, enfant prodigue, génie, subversif, iconoclaste, idole naissante. Que fait-on d'Armengaud, Queffelec, Cicconi, pour n'en citer que quelques uns ? Agacement de la culture de masse qui endort notre conscience critique derrière une propagande (souvenez-vous: "L'ignorance, c'est la force; la liberté, c'est l'esclavage", etc.) ouatée. Agacement, enfin, de constater que tout m'étonne, me déçoit, m'ennuie, m'agace. Périodiquement. Quand j'ai le temps.
Pour compenser, et puisque je parlais d'incipit, il y a tout de même celui-ci, qui me ravit, lui, presque autant qu'un pléonasme hugolien: "J'aimais éperdument la comtesse de ...; j'avais vingt ans et j'étais ingénu; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta. J'étais ingénu, je la regrettai; j'avais vingt ans, elle me pardonna: et comme j'avais vingt ans, que j'étais ingénu, toujours trompé mais plus quitté, je me croyais l'amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes" **.
*J'écris plagiat, mais ce n'est pas tout à fait exact, plutôt un écho, une écholalie, un parallèle troublant avec Valéry Larbaud. Des parallèles, Fermina Marquez, Jaune Blanc Bleu et sa glose sur les prénoms espagnols (en cherchant un peu du côté de Christine Raguet-Bouvart, le doute n'est presque plus permis): "Lolita est une petite fille ; Lola est en âge de se marier, Dolores a trente ans [...]. Un jour, inspiré par l'amour, je murmurerai : Lola. Et le soir de mes noces, j'aurai Lolita dans mes bras. [...] Pour tout le monde : dona Dolores ; pour moi seul : Lolita. Et cela même ne suffit plus. On adopte un mot tendre, un mot enfantin : Nena, Nenita."
** Et pour intéresser un peu ce billet-doute, un lot (joli, petit) pour celui qui pourra citer un pléonasme hugolien et le roman dont il est ici question.
12.18.2008
Contrariété et autres cheesecakes
Document 4 : Un pamphlet antisémite de Céline réédité à 5010 exemplaires
« Pour lui au moins, les choses sont simples: «Céline est sans conteste l'un des auteurs les plus importants du 20ème siècle, cependant un tiers de son œuvre est mise sous le boisseau». C'est ce qu'a répondu hier à BibliObs Philippe Régniez, responsable des Editions de la Reconquête, qui publie ces jours-ci «les Beaux draps», le dernier des trois pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline, soixante-sept ans après sa parution aux Nouvelles Editions françaises. Philippe Régniez ne manque toutefois pas d'arguments pour justifier la réédition du texte. Motif n°1: «il est impossible chez cet auteur de séparer les pamphlets de son œuvre littéraire, cela peut en chagriner certains, mais c'est comme ça». Le motif n° 2 invite à plus de perplexité encore: «Le caractère antisémite des textes de Céline est souvent mis en avant pour diaboliser cet auteur, cependant la question est beaucoup plus complexe comme le remarqua fort justement Robert Brasillach dans l'essai (loin d'être favorable à Céline) joint en fin d'ouvrage». En guise de paratonnerre, cette édition des «Beaux draps» tirée à 5010 exemplaires est en effet suivie d'une étude du plus célèbre des journalistes collaborationnistes (qui fut fusillé en 1945)… Parce que le statut juridique exact d'un tel texte reste en suspens, Philippe Régniez n'ignore pas, en tout cas, qu'il joue avec le feu: «le statut des pamphlets de Céline n'est pas clair. Quant à savoir s'ils sont ''interdits" ou non, nous le saurons bientôt». Polémique en vue. »
Camille Tennesson, Le Nouvel Observateur, octobre 2008
Question : Peut-on actuellement, selon vous, publier ce genre d’ouvrages ?
« Un pamphlet antisémite de Céline réédité à 5010 exemplaires est une parution aux nouvelles éditions françaises. Es-qu’ils est possible aujourd’hui, dans notre société de publier cet ouvrage? Cette auteur, Céline, est l’une des plus reconnue de ce XXè siècle, elle à écrit ce livre afin de montrer et d’attaquer les gens, afin de les faire reagir et d’informer son caractère antisémite et de faire rependir ces idées.Cependant, cela peut provoquer des attaques envers des gens contre elles, pouvant vraiment la destabilliser en l’attaquant verbalement comme elle, elle fait mais aussi physiquement ce qui peut être très grave et très dangereux.Enfin, ce genre d’ouvrage est bien pour informer son avis mais cependant donne de gros risques de violence envers l’auteur. Comment ce genre d’ouvrage peut il être publier sans aggraver la société encore plus même si c’est que dans plusieurs années ? »
(Ai-je déjà dit que j'aimais beaucoup Betty Page?)
12.02.2008
La marée haute
F. Nietzsche, Aurore
11.16.2008
Rejoins la guerre sainte

Conclusion: Les Madeleine sont toutes des Marie-couche-toi-là qui ne perdent pas de temps.
11.13.2008
A court
10.17.2008
le fond de l'ère (m') effraie
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.
Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !
Tant'è amara che poco è più morte ; "
Dante Alighieri, La Divina Commedia, Inferno (canto I)
9.14.2008
dovrò dunque morire
c'est en descendant l'escalier de pierre, tout à l'heure, alors que l'odeur humide et froide de la cave enveloppait mes cheveux et que mon cœur retrouvait ce rythme des années d'enfance oubliées _ j'ai toujours eu je crois cette peur irrationnelle lorsque le loquet se soulevait avec cette plainte caractéristique du bois gonflé, que ses habitants ne soient si hostiles qu'ils ne me laisseraient jamais sortir vivante _ que j'ai pensé à toi.
ou peut-être était-ce bien plus tôt, des semaines, des mois, bien plus tôt, dans la cruelle apathie du dimanche après-midi et la chambre en désordre, en ouvrant ce livre dans lequel il avait caché une bague _ une 'alliance', mais m'allier, ou simplement me lier, me paraît encore aujourd'hui si incongru, à moi le courant d'air, que je ne peux me résoudre à admettre que c'en est bien une qui ceint mon annulaire.
tu semblais toujours si détaché des contingences qui nous tiraient dans le monde des vivants que tu en devenais radieux et longtemps, longtemps j'ai cru que je pourrais t'aimer, mais comment t'expliquer, alors, que je ne pouvais me résoudre à ta tendresse terne et tes mots d'amour chuchotés à l'oreiller, à ton idéal d'un sexe épuré inodore et inaudible? je désirais si ardemment que tu m'empoignes, me malmènes, attrapes mes cheveux, défies la bienséance . je voulais de l'obscène et tu étais si terriblement doux. mais il était évidemment insupportable d'utiliser cette arme indétrônable et redoutable, cette dague vulgaire qu'on plonge dans l'être en face qui pour une raison ou une autre vis-à-vis de nous est vulnérable ; et pourtant, combien de fois ai-je voulu t’attaquer, combien de fois ai-je hésité à te poignarder de culpabilité ?
en remontant sauve du dessous de la terre j’ai pensé que tu aurais probablement ri de me savoir enfin amoureuse, attachée par un discret anneau d’or blanc à un fantôme fugace dont je partage le monde par intermittence, et j’aurais ri également de cette ironie qui m’enchaîne à l’idée d’aimer à distance mais rarement au plus près, d’aimer ne pas pouvoir vivre ensemble _ qui irait vivre sciemment au luxembourg ? pour excuser l’impudence de ne pas le vouloir, le son de la lourde porte de bois qui se referme sur lui le dimanche soir, l’indiscipline de ses cheveux et son odeur de biscuit, sa capacité à baiser sans pudeur aucune la femme qu’il aime. lui, ce même-autre raisonnablement fou de toujours me trouver belle, moi qui ne suis rien du tout. et tout cela revient comme une traduction approximative et parfaitement inappropriée, vois-tu ? d’avoir l’esprit ailleurs aux abois, tourné vers l’inconnu, le disparu.
faut-il donc que je meure
avant de vous revoir
ô douce source de mon calvaire
ô mon trésor perdu,
que ne puis-je vous dire avant de mourir "je meurs !"
quel chagrin inouï !
de nous pouvoir vous dire "je meurs, ô ma vie"
8.29.2008
Les miettes et le vide
6.20.2008
12.12.2007
n.b
dans bientôt dix jours bientôt tu.
(dors)
(putain)
(tu dors des heures et des heures et des heures)
11.09.2007
11.06.2007
wake from your sleep
10.09.2007
quartiers divers
8.30.2007
l'éternel retour

j'ai toujours préféré les incurables optimistes, les ceux qui en toute circonstance, les ceux au verre à moitié plein, les ceux qui en rient, les ceux qui disent que si tout va mal tout ne pourra qu'aller mieux, les ceux qui toujours, les ceux qui ne se regardent pas trop le nombril parce qu'il existe des choses tellement plus vastes qu'eux, les ceux qui disent aussi que la mélancolie est jolie mais l'apitoiement parasite, les ceux qui en toute saison, les ceux qui s'aident eux-mêmes pour mieux aider les autres, les ceux au sourire tenant bon, tu sais.
mais toi, toi. toi tu es terne et bien trop égocentrique pour t'apercevoir que tu es dans l'erreur. ce serait presque triste, si ce n'était pas méprisable. peu importe. tu n'existes pas.
après des mois d'errance, je retrouve mes repères.
re-perds-toi dans la brume, madame.
7.19.2007
yes papa
- vous êtes ici -
- ou là -
tout ce temps et je ne vois rien, ni les dizaines de mails en retard ni les invitations ni les retours ni les départs ni même les souvenirs quand ils te reviennent comme ça à cause de la pluie qui tambourine sur les volets, ni les bilans ni le papillon dans la lampe quand le soir tombe sur le fleuve ni la fleur fanée dans le vase de l'étagère blanche ni les ambitions démolies par les aléas du quotidien ni la couleur du vin ni même celle du ciel, je n'entends pas le train qui passe sur les rails à perte de vue ni les voitures qui se suivent et se ressemblent dans la ville moite, j'attends juste, c'est ce que je fais de mieux, j'attends de voir et d'entendre, sans même écouter, parce qu'après tout il y a les échos qui te ricochent contre les parois dedans, a strange feeling of déjà-vu, déjà-vous, mais il y a les boîtes, les tiroirs et les poupées gigognes d'un coin de cerveau et finalement je préfère les enchevêtrements et la paresse des journées trop chaudes, et c'est serein parfois, quand tu deviens une sphère hermétique et imperméable. et puis je pars.
- à bruges, mon p'tit poussin -
3.11.2007
see you later alligator

2.23.2007
c'est le printemps
il y a toutes ces minutes de l'aube, quand tout semble encore possible, où je est une autre, ou pas, où le soleil filtre derrière le rideau blanc, où le silence se perd dans la fin de la nuit.
mais je regarde lynch et inland empire, je lis joyce et ulysse, et j'écoute giordano et andrea chenier.
alors peut-être n'est-ce pas encore vraiment le printemps.
2.10.2007
qui est-ce
ouais.
t'es quoi aujourd'hui? t'es qui aujourd'hui? qui tu deviens. de qui tu viens. qu'est-ce que tu deviens, après tout ce temps. je deviens rien, je deviens quelqu'un, peut-être, dans les bons jours, ouais.
quelqu'un.
une de ces pétasses bien à la mode, fashionista aux seins arrogants drapés dans des tops trop petits et trop transparents, qui à force de bouffer de la star ac' s'est convaincue que l'important c'est vraiment de porter carpe diem en étendard et de montrer ses jolies dents qui croquent la vie, en souriant aux connards qui puent la testostérone mal dégrossie, attablés devant un whisky au bar de la boite.
je m'appelle vanessa et je suis coiffeuse.
en quoi était-ce si difficile de révéler la vérité?
quelqu'un.
une de ces presque trentenaires dépressives, un peu bobo un peu ado, qui achète des chaussures pour compenser son manque de mec, lit cosmo dans le métro et oublie que ses seins vont commencer à tomber en gobant un xanax devant clara sheller, en jurant à son meilleur ami presque trentenaire dépressif qu'à trente-cinq ans elle lui fera un enfant si elle est toujours célibataire.
je m'appelle charlotte et je suis publicitaire.
en quoi était-ce si difficile de révéler la vérité?
quelqu'un.
une de ces étudiantes narcissiques, qui expose des photos de son cul sur son blog pour éviter de trop se souvenir que ses engagements ressemblent à du flan et espère secrètement être admise comme suicide girl, en expliquant à sa cour d'admirateurs éperdument amoureux et d'admiratrices légèrement jalouses qu'il faut imaginer à quel point le monde est cruel envers les subversifs comme paris hilton.
je m'appelle élodie et je suis graphiste.
en quoi était-ce si difficile de révéler la vérité?
quelqu'un, ou quelqu'un d'autre. une quelconque quelqu'une, quoi.
elle n'avance pas, merci)
1.29.2007
mais est-ce qu'on procède comme des quadrupèdes, j'veux dire comme des chiens?
le garçon m'offre une cigarette, alors je lui offre un sirop de fraise. sept heures plus tard, il caresse ma joue doucement avant de disparaître sur le quai nancéen, et je trouve ça à la fois attendrissant et sensuel, ces deux doigts inconnus sur mon visage, l'espace d'un instant je me plais à imaginer qu'il les laisse glisser vers mes seins, mais ça ne se passe jamais comme ça, la vie est globalement plutôt chiante.
quand la pluie à metz se transforme en minuscules aiguilles qui transpercent ma peau, je me maudis silencieusement d'avoir délaissé angoulême pour s. l'amoureux transi de froid sur le quai. j'oublierai ça quelques jours plus tard quand il trouvera mon point g sur son canapé et le journal d'un remplaçant à la librairie. ça tient à si peu de choses, finalement, non?
1.18.2007
myrna minkoff suce des beats en enfer
entourée de semblants de putes de l'est perchées sur des aiguilles à tricoter le pavé, je prends l'eau dans mes converse, un mec me dit on peut pas fumer dans la salle avant même que j'aie tenté de le faire, avant même que j'aie esquissé le moindre geste laissant présager qu'éventuellement, pourquoi pas, presque fortuitement tu vois, je m'apprêtais à noircir un peu plus mes poumons, et je me demande si c'est écrit sur mon visage, si nous les parias, les banis de la nouvelle coolitude des gens sains et respectueux de l'écologie, avons une aura détestable, ou juste un nuage de gaz carbonique qui nous colle au cuir chevelu. tu crèveras probablement d'un cancer de la prostate à 52 ans, et la gigantesque fumisterie du [pacte écologique] entretient le temps de cerveau humain disponible. j'irai dehors sous la pluie qui lave les cailloux que je pousse du bout du pied, je fais des phrases trop longues et je pense vaguement à finir mes jours en fumant des joints tout en haut d'une montagne au laos, une petite évasion en règle.
une fille s'accroche à tido berman, un mec s'accroche à la fille qui s'accroche à tido berman, fuck me i'm famous darling, les gens sont tellement prévisibles. elle aurait pu écrire son numéro dans sa main, ils se seraient revus dans un café, elle lui jetant des oeillades timides en se demandant si elle n'en avait pas trop fait, avec ce décolleté, lui reluquant discrètement la naissance de ses seins en serrant ses cuisses autour de son érection, ils auraient pu parler de nietzsche ou de la star academy, bien plus tard quand le désir aurait laissé la place à l'agacement de vivre à deux pour ne pas mourir seul, ils auraient pu raconter, au milieu de leur salon aussi délicieusement surrané que le col claudine de madame longet comment ils s'étaient rencontrés à un concert de ttc. ahah. faut vendre des disques pour baiser, mec, ou se faire à l'idée que les filles sont presque autant des sales connes que les garçons. aucun sexe n'est beau, sauf peut-être après quelques bières. la vie est juste comme ça, tu sais.
en roulant trop vite sur ce chemin que je ne connais pas, il met sa main sur ma jambe, je n'ose pas lui avouer, je n'ose pas lui avouer je suis trop lâche pour te quitter, je n'ose pas lui avouer je ne veux pas de ces compromis, de ces compromissions, de cette aliénation, je n'ose pas lui avouer je méprise ton manque d'ambition et ta satisfaction d'une vie morne dans des frontières que tu t'infliges, se lever chaque matin pour ne rien faire et ne rien voir de plus que l'asphalte des rues du nord, cette intonation que tu prends parfois quand tu te penses drôle alors que tu ne l'es pas, ta langue trop molle quand tu m'embrasses, je n'ose pas lui avouer je ne suis pas faite pour toi, je ne suis faite pour personne, parce qu'il y a cette envie d'avoir envie, et la solitude parfois quand l'insomnie rend tes draps oppressants, je n'ose pas lui avouer que je suis une démissionnaire du sentiment. alors je dis c'était pas mal ce concert, avec le ton blasé de celle qui en a vu d'autres.
tu savais que j. kennedy toole s'était suicidé à trente deux ans après avoir tenté pendant des années de faire publier son livre? vingt ans après, en 1981, il reçoit le prix pulitzer. la vie n'est-elle pas d'une ironie admirable?
1.16.2007
le train
le roulement régulier des rails se tait, le haut-parleur grésille, j'entends sac inconnu, j'entends évacuation, j'entends raisons de sécurité, et une dizaine d'inconnus tournent la tête en tout sens, pour chercher l'apaisement dans le regard des autres voyageurs, mais tous les miroirs renvoient la même question, faut-il avoir peur maintenant sur le siège 14 de la voiture 08 dans la gare de dijon? et je ne peux que sourire, que peut-on faire d'autre? penser à toutes ces choses qu'on n'a pas faites, à l'urgence du bonheur qu'on nous vend au rabais pendant les soldes, penser à toutes les révolutions dans son ventre, celles qu'on oublie avec le temps qui passe, regretter, pardonner, absoudre, effacer l'ardoise des aigreurs de stigmates des amitiés perdues, s'apercevoir qu'on aime tout ça, la vie et le reste. on ne peut que rire tout bas de la recherche des pensées convenues qu'on est censé avoir à l'imminence d'une fin. mais on est un con, tout le monde le sait, et je n'ai pas peur de mourir. peu m'importe de mourir si le ciel est beau. ahah. mauvais lyrisme d'une mauvaise journée.
j'adore les correspondances. celles de flaubert et celles des gares dans lesquelles on attend en regardant les gens s'étreindre d'au-revoir. quand lyon est apparue, lugdunum claire obscure à chaque fenêtre, j'ai glissé le papier dans la tablette du siège, devant. lettre à qui voudra. pas de destinataire, parce qu'il n'y avait pas vraiment d'expéditeur, juste un voyage comme ça, quand on rentre chez soi. que la vie est lente, que l'espérance est violente. peut-être ne reconnaîtra-t-il, peut-être elle, pas apollinaire. y a-t-il encore des gens qui lisent apollinaire? y a-t-il encore des gens qui lisent les feuillets d'une lettre anonyme oubliée dans un train anonyme? je ne sais pas.
1.09.2007
l'arbre et le chat noir
le chat noir n'est pas revenu, je siffle en passant dans les jardins et les gens tournent la tête, mais le chat noir ne revient pas. c'est un peu comme la fin d'une époque. les choses me traversent sans me voir, et la peine se diffuse sans jamais faire de bruit, les larmes et les actes manqués disparaissent par la bonde de la baignoire, et la cigarette se consume et entoure l'autour d'un brouillard apaisant, je me suis toujours demandé si le monde était plus doux à travers des yeux flous, la vie serait-elle moins agressive si j'étais myope?
je prends ma ligne, de l'humain plein les narines, et l'envie de croquer tous ces gens qui lisent ces publicités qu'ils connaissent par coeur, là, en haut, mais il y a presque quelques siècles que je n'ai pas tenu un crayon, il y a cette impression d'avoir oublié et l'appréhension du carbone incertain. alors je ne sais pas, j'attends toujours ce qui ne vient pas. il se lève et me dit je suis quelqu'un de bien vous savez madame, alors je souris, parce que je ne suis pas une dame et que toujours on me parle, je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que je regarde les gens, peut-être parce que je ne les vois pas vraiment, je ne sais pas, il s'asseoit et son haleine sent le vin le tabac et la rue, et ça m'enveloppe d'une indicible tristesse, il dit il fait moins froid, il dit j'ai peur qu'il se mette à geler, et je lui donne mon écharpe, l'écharpe de mes dix huit ans que c. avait tricotée, je n'ai pas d'argent, je n'ai jamais d'argent.
en rentrant il y a l'homme allongé par terre, je demande monsieur, monsieur? et j'appelle les pompiers, de vagues souvenirs, vérifier qu'il respire, le mettre sur le côté et, je ne sais plus, je lui parle sans trop savoir quoi dire, j'aurais envie de lui parler du chat noir, lui dire ma peine de la disparition du chat noir, de l'homme de la ligne d que peut-être il connaît, de c. qui tricotait des écharpes pour moi dans une autre vie, du carnet à croquis oublié dans l'herbe, de l'eau dans la rigole à côté de l'opéra, d'un voyage dans la cariole d'un paysan, d'un homme assis tout seul sous un arbre place des vosges, du feu dans les joues au premier baiser, de l'incertitude d'être soi, de l'oiseau à ressort et de la libellule de mes huit ans à moi, mais je dis juste ça va aller en tenant sa main sale d'avoir été oubliée des vivants, parce que je suppose que c'est ce qu'on dit dans ces cas-là, parce que je sais que ça ne va pas vraiment aller, que demain, le jour d'après et le suivant sa vie n'aura pas changé, mais parce que c'est juste ce qu'on dit dans ces cas-là, je crois.
à l'homme aux calembours je raconte les autres hommes, larme à l'oeil et au poing, la colère quand le monde change de trottoir et l'impuissance face à la solitude, et peut-être aussi l'égoïsme que j'enterre sous une bonne conscience à forme d'écharpe, il écoute sans rien dire.
il y a des jours, comme ça, où je voudrais me mettre entre parenthèses.
12.07.2006
la case 07 et le chocolat
11.27.2006
lettres et le néant
11.19.2006
bulletproof i wish i was
plus tôt, un type avait crié mademoiselle, mademoiselle, mademoiselle, et son cri s'était perdu dans l'avenue de saxe parce que je n'étais pas d'humeur à abandonner mon âme sur le trottoir. peut-être que j'avais juste perdu quelque chose d'un peu plus matériel.
cette pièce perpétuelle dans laquelle je joue, cet éternel recommencement d'un jour sans fin ni finesse, les mêmes masques aux même répliques, pathétique mimétique, par centaines. mais je ne suis pas une enfant de la balle, et le gigantesque théâtre des illusions perdues m'épuise.
11.05.2006
je vois des gens qui sont morts
un putain de froid qui te fait cracher de la buée, en même temps que tes poumons. mais t'aimes bien. t'aimes bien avoir la rue pour toi quand tous les humanoïdes marchent trop vite, quand tous les yeux disparaissent entre les bonnets et les écharpes. alors tu marches, comme ça, au hasard, les mains dans les poches. jusqu'à ce que tu trouves des rues que tu connais pas. pour voir si le hasard fait bien les choses, pour voir si le destin a un sens quelconque au pied des immeubles tagués. tu regrettes de pas avoir ta boîte à images pour mettre les murs dedans. you looked better on myspace. tu regardes ton ombre dans le lampadaire de la rue terme. t'as failli habiter là. wow qu'est-ce que t'aimais cet appart. biscornu. t'emploies jamais biscornu, comme mot. mais là c'était biscornu, des petits recoins improbables, des angles indéfinissables. et des kilomètres de plafond. il aurait pu abriter quelques nuages qui adoucissent les moeurs, ce plafond. c'est con.
un putain de froid qui te prend à la gorge et qui te met un noeud coulant autour du cou. à moins que ce soient les pensées qui vagabondent, ça fait le même effet, corde raide sous les pieds et en guise de collier. tu vois ce mec, qui chante à l'arrêt de bus, tu reconnais les paroles, t'aimes bien, ça te met l'air dans la tête, she takes like a woman yes she does she makes love just like a woman yes she does and she aches just like a woman but she breaks just like a little girl. ouais, précisément. t'en souris tellement c'est ça. tu réfléchis à la dernière fois que t'as baisé avec un inconnu rencontré une heure plus tôt. ou même pas. tu te demandes si tu pourrais ramener bob dylan chez toi, ce soir t'as pas envie, toute seule, t'endormir glauque, t'endormir comme ça sur le ventre avec des relents de vin blanc et d'idées noires. tu te souviens des lendemains, du réveil à côté d'une bite molle et d'une haleine de déjà-vu. tu te souviens de s., là-bas, trop loin. pas envie non plus.
un putain de froid, le sang, la buée, la gorge, cinq heures et paris qui s'éveille.
la vague idée que toutes les adaptations de moravia à l'écran manquent de passion.
11.02.2006
l'important est de s'arracher qui est dans mon ventre la parole

je fulmine dans le secret des dieux, puis ça passe. tout passe, toujours. le silence des églises m'a toujours apaisée. dimanche je suis entrée, et le contraste entre les bancs de bois lasurés d'introspection et la rumeur du dehors confinait presque au sublime. j'ai repensé à la chapelle en bas du phare, à ses ex-votos dont certains sont si vieux qu'ils sont effacés, aux écritures presque enfantines des remerciements à la vierge, à tous les fétiches de paille qui permettent d'excuser la cruauté du monde, d'expliquer le soulagement par les miracles. lorsqu'un rayon de soleil a disséminé la lumière bleue du vitrail tout autour de moi, une onde de sérénité m'a parcouru l'échine. ce n'est pas qu'il fait froid, quand je sors, ce n'est pas qu'il fait gris, c'est juste inhabituel et à la fois tellement commun, nothing unusual something strange. devant la saône je m'arrête, l'eau frissonne autant que moi, le vent balaye le calme des eaux dormantes et effeuille les papillons qui se baladent dans mon ventre, je regarde les amoureux à côté. tout est presque simple, ce soir. il me manque, un peu. tout est presque simple, maintenant je suis danae et le sommeil, et j'ai envie de me taire. de deux mots, choisis le moindre, peut-être.
10.30.2006
ajustements
10.28.2006
il y a un homme sur le lit
10.24.2006
mes fenêtres donnent sur la cour
assise dans le jardin du musée des beaux-arts, je fume une cigarette en regardant le ciel, j'aime ces moments de tranquillité volés à la ville, ceux où l'on cesse d'évoluer parmi les avalanches pour contempler le temps qui passe, une jeune coréenne s'asseoit et m'entretient de l'existence de dieu, elle parle avec exaltation, elle m'explique son enfance, en faisant de grands gestes, les questions qu'elle se posait alors, et comment la foi est venue à elle plutôt qu'elle à la foi, ses [j] sonnent comme des [z] et les mots sortent désordonnés. elle me donne un tract de l'eglise de dieu, et la colère se mêle à la déception, elle brouille la sympathie qu'elle suscitait en moi, en un seul geste elle gâche l'idéal épuré d'une rencontre anodine et désintéressée. en partant je jette le tract dans une poubelle en pensant à cette expo sur les déchets et la récupération que nous avions organisée sous le regard amusé de monsieur g. en première année, comment nous avions passé des jours armés de gants en caoutchouc rose, fouillant les bennes et la décharge à la recherche de tout ce qui nous semblerait indispensable lorsque nous le verrions. si j'avais trouvé ce tract de l'église de dieu, m'en serais-je servie? probablement pas.
Banana Yoshimoto, Kitchen
10.21.2006
mon cerveau sur le mur ne lit pas bukowski

je m'entoure de minimalisme flou. fumer jusqu'au dernier brin de tabac, jusqu'à se brûler les doigts. j'envisage sérieusement de balancer mon verre sur la vulgarité de la quadragénaire péroxydée qui pose ses seins sur la table, à côté. le restaurant hype et bondé descend difficilement dans mon ventre noué et froid de la pluie qui tombe régulièrement contre la vitre mais j'aime ces murs rouges et cet air de boudoir d'indochine oublié. je fais tomber ma serviette pour ne pas soutenir son regard, je cache le vitriol de mon exaspération entre deux pieds de chaise, attendre une diversion qui ne vient pas, se relever avec un sourire de circonstances atténuées. j'entends agrégation, égocentrique, sushis (?), je pense que je n'aurais pas dû mettre des bas, je pense qu'en rentrant je prendrai un bain en continuant kitchen, je pense que la perception du temps est une drôle de chose, que possiblement je serai ailleurs dans des heures qui apparaissent des siècles. je sais très précisément quelles postures improbables il prend quand il dort, son intonation tombante empreinte de fausse coolitude pour cacher son malaise, sa névrose de l'eau stagnante dans la bouilloire électrique, la couleur de son gland quand il bande.
je ne suis pas faite pour aimer une même personne trop longtemps. got some ham on rye, sir.
10.20.2006
la pluie
je suis allée m'allonger en espérant ne plus sentir mon coeur battre dans ma gorge, j'ai appuyé sur ma carotide, suffisamment pour imaginer la marque bleue de mes doigts le lendemain, et l'idée m'a effleurée, serait-ce plus simple de ne pas relâcher la pression? j'ai fouillé fébrilement dans la boîte à tout, il n'y avait qu'un doliprane et mon agenda, je ne suis pas fashion, parmi tous ces trucs dont on ne sait pas quoi faire et qu'on met là en attendant de leur trouver une place, et ça n'a fait que décupler cette sensation de mort imminente, la vague impression que le sol me happe et me fait retourner poussière. ce matin quand je me suis éveillée le ciel avait cette lourdeur et l'air cette odeur de fin du monde, Lyon sous la pluie se drape de sérénité, certaines villes portent étrangement dans leur plus petite pierre, dans leur plus petit bout de ciel aperçu au-dessus des toits, la dignité d'une vieille dame au jupon de dentelle, j'aime le jardin des plantes quand l'eau ruisselle, j'aime le dôme de l'opéra presque surréaliste lorsqu'il touche les nuages, j'aime les gens qui courent s'abriter sur le plateau, l'écume dans le caniveau de la rue de l'arbre sec, les auréoles irrégulières à la surface du rhône, mes regrets et mes peurs sont lavés en même temps que l'asphalte.
la petite salle sent le tabac froid, c'est à la fois désagréable et rassurant. les visages cent fois croisés, les mêmes conversations pressées jusqu'à ce que la dernière goutte de mon attention se noie dans le marc de café, mais r. devient plus volubile, c'est presque étonnant et plutôt plaisant, lui qui ne parle presque pas, je souris en me rendant compte qu'une once de déception me parcourt lorsqu'il évoque son amoureuse, puis je me surprends à appeler s. "mon copain", en me mordant la lèvre, j'exècre ces filles qui commencent chaque phrase par "mon copain et moi", comme si elles souhaitaient se convaincre elles-mêmes d'être réellement aimées, comme si ce nous supposé pouvait rendre la suite plus légitime. en rentrant j. me tend un petit paquet, elle émerge de sa couette et je regrette instantanément l'agacement que j'ai ressenti en glissant la clé dans la serrure, elle dit "c'est juste parce que t'es pas sex en ce moment", un petit flacon de white musc et j'ai envie de pleurer, je me demande pourquoi je suis toujours si dure envers ceux que j'aime. ce soupir, au début d'hallelujah, ce tout petit soupir qu'on entend à peine, il résume tout, toute l'essence des sentiments y est concentrée, une demie-seconde qui confine au sublime, je regarde autour, il y a les amours jaunes le mépris moins que zéro, il y a maiakovski harrison, il y a un post-it de lui laissé en évidence à son dernier passage, la guitare posée sur le parquet mes converses trempées un ticket de métro une lettre et le tampon de l'école doctorale le cendrier une bouteille d'eau un pinceau à aquarelle un briquet jaune des timbres et petit chat qui ronronne sur la couverture, dehors il pleut toujours et demain sera un autre jour, je suppose.

10.19.2006
10.12.2006
take it easy baby
10.06.2006
just call me a whore
9.15.2006
mother superior jumped the gun
à ce moment précis où l'homme se faisait la réflexion tellement idéaliste du bonheur en voiture de sport rouge aux chevaux rugissants pour compenser une virilité décrépie, à ce moment précis où la ménagère de plus ou moins cinquante ans assouvissait son désir immédiat de centrale vapeur lui permettant de suivre son feuilleton sans brûler les torchons à vaisselle, à ce moment précis où l'enfant ne pouvait se souvenir du plaisir simple de dégommer une pyramide de un coup avec un calot berlingot pour n'avoir jamais connu que sa playstation, à ce moment précis où l'adolescente laissait glisser son string autour de ses chevilles devant la demie-molle d'un juste pubère boutonneux pour se sentir plus femme que sa voisine de classe, à ce moment précis où pouvoir et argent se rendaient au bureau l'un et l'autre spéculant en son for intérieur sur la nécessité de porter son compagnon de fortune pour bras droit sur le gauche avant d'y passer l'arme, à ce moment précis, celui-là même où le temps s'arrête tellement le monde devient prévisible, j'ai réalisé qu'il était bien pire d'avoir dans la bouche cette salive métallique d'indifférence absolue, ce petit goût de désespoir tranquille, que celui de la révolte qu'on voudrait éructer sur les autres.
nous -je- tournons en rond, tout est un dû et l'on -je- s'emmerde, les mots, les mois se suivent et se ressemblent inlassablement, jusqu'aux prénoms que l'on côtoie pour l'habitude d'être là, pour croire qu'on est quelqu'un qui connaît quelqu'un quelque part, se faire mousser au moins autant que le dentifrice qu'on laisse sécher dans le lavabo après l'avoir craché tous les soirs de la semaine à la même heure. pour oublier que je -nous- n'emprunte pas les chemins de traverse je -nous- comble mon vide intérieur par le mépris de la bienséance, cunnilingus adultères et colères essentielles du superflu qui aident à ne pas vomir sur le reste de vacanciers bien dans leurs tongs, qu'ils troquent déjà contre un costume trois pièces bon marché. l'hiver s'annonce gris et septembre le mois de la baise triste, je voudrais refuser que ma vie ressemble très pour traits à un déni d'initiée. peut-on jamais être initié, peut-on jamais surnager dans cette merde?
8.29.2006
Ah les souvenirs de vacances
8.08.2006
En effet
7.07.2006
Would you say you are..?
6.15.2006
swing with me
je lis la java bleue et je souris de m'apercevoir à quel point des mots et des peinturlurages peuvent être émoustillants, je me souviens de ces longues journées d'été où il faisait bien trop chaud pour sortir, nous restions allongés nus et en riant il disait tu n'en as jamais assez, il fait trop chaud pour baiser, en riant je disais alors caresse moi, puis nous nous endormions. il y a cette phrase, tes seins on dirait des yeux d'escargot qui cherchent quelque chose, et je ne sais pas bien pourquoi, je la trouve émouvante.
je lui parlais de ce film génial, de ces répliques hasardeuses que si peu de monde connaît, entre marie et veronika, je ne sais pas laquelle je serais, mademoiselle la traînée en neige, peut-être que c'est vrai, je lui parlais de ce film et il n'écoutait pas, et ç'aurait pu être amusant de raconter plus tard je l'ai quitté parce qu"il n'aimait pas la maman et la putain, ou juste sordide, peut-être que c'est ça, je suis juste sordide dans mes histoires d'anamour.
j'ai pris ma ligne orange, et j'ai trouvé ça rassurant, ouverture des portes à droite dans le sens de la circulation, il y a dans le monde des choses immuables, même quand on s'emploie à le déconstruire au jour le jour, à bellecour, les portes s'ouvriront toujours à droite dans le sens de la circulation. vous trouvez pas ça rassurant, vous?
6.03.2006
Comment je ne me suis pas disputée
et paul dit “tu vois le plus grand plaisir que je continue à éprouver, même quand je suis malheureux — je me suis encore foutu dans une impasse que je peux plus bouger — mais y a un truc qui vieillit pas c’est l’étonnement quand je mets la main dans la culotte d’une fille que je connais pas pour la première fois. A chaque fois ça fait peur, c’est toujours différent, c’est tellement bizarre. C'est ce moment là qui fait que tu sens que t’es en vie"
5.12.2006
mean mister mustard
de l'insoutenable légèreté de n'être rien de plus, haha, je redimensionne mon ego à coup d'irrépressibles envies de
4.24.2006
the unexpected
4.03.2006
Allons à la plage monsieur renard
quand à noel il m'a traitée de petite pute, j'ai serré les dents. quand il a demandé si je m'étais bien regardée, c'est lui que j'ai regardé dans les yeux. quand il a hurlé que personne, jamais, ne pourrait m'aimer, j'ai mis mon écharpe et je suis partie. j'ai pleuré toute la nuit dans les bras de tralala, et j'ai fait une croix définitive sur mon père. aujourd'hui j'ai effacé son message sans l'écouter. c'est je crois la seule bonne résolution que j'aie été capable de tenir un jour.
dans la rue un témoin de jeovah nous arrête, le joli dit t'es pas cap, mais si, évidemment, je le suis presque toujours. non merci nous sommes mormons. j'aurais pu être crédible. et c'était moins pire que ta mère suce des bites en enfer. le seigneur ne touche plus grand monde, mais grâce à dieu, les prêtres s'occupent de ça pour lui. non mais c'est vrai, faut rééquilibrer un peu le truc, c'est toujours outreau ou pas assez. ha ha. quand je serai grande je ferai guy carlier, dans la vraie vie.
12.14.2005
...
12.04.2005
L'émotion de censure
12.02.2005
Jeu de Je
11.29.2005
Je suis grande (et dieu est tout petit)
je reste convaincue qu'aucun acte n'est pleinement désintéressé, tous nous puisons une once d'estime de nous-mêmes dans l'altruisme et l'abnégation. je me demande souvent dans quelle mesure je participerais au fonctionnement d'un ensemble plus large dont je ne serais qu'un infime rouage. je suis trop cynique, trop désenchantée, ou simplement trop égocentrique pour croire que la rédemption puisse tenir en quelques psalmodies résonnant contre les pierres des vieilles églises. j'admire ces individus que la foi et le principe du divin animent, mais à ceux qui oeuvrent quotidiennement pour le salut de leur âme j'arguerais qu'elle ne se perdrait, sans doute, qu'entravée par les dogmes. quand bien même j'aurais tort, comme c'est souvent le cas, quand bien même dieu serait grand, et moi toute petite, [tu dois admettre qu'il est possible que dieu ne t'aime pas du tout].

madmeg
11.09.2005
Try again later
j'ai envie d'humeur à la guns of brixton. ou à la i think i smell a rat. ou à la who the fuck. ou à la futureheads, pourquoi pas. mais en appelant monsieur yeah, tout à l'heure, j'ai pensé qu'il était pas des masses rock'n'roll, comme mec.
Du nord au sud
11.02.2005
Safety and lightness
sérologie hiv1 et hiv2 1ère technique: négative / 2ème technique: négative
en rentrant j'ai pensé que plus tard, quand je serai grande, je voudrai être actionnaire durex. et accessoirement un peu moins irresponsable.
10.31.2005
Through my veins
10.30.2005
Last exit to(o)

10.26.2005
No wow no more
parce que c'était juste un gros chagrin
10.23.2005
Martine Paya wrote
Très chère amie,
Tu sais à quel point j’ai conscience qu’il est facile de se gargariser de mots pour des combats dont les enjeux nous échappent. Le vingtième siècle a bien montré son lot d’horreurs, d’injustices, ses guerres et ses camps ont su défier l’intelligence même de l’humanisme… Et cela continue.
J’ai aujourd’hui envie de te faire part d’une de mes luttes quotidiennes en te disant que je veux résister au bonheur ; plus exactement, au diktat du bonheur défini comme un bien-être. Entre les tragédies affichées de l’histoire et la ouate que l’on nous vend, entre le mort exhibé au journal de vingt heures et le cocooning des émissions adolescentes, je veux rester l’épicurienne mélancolique, certaine que le désespoir de vivre qui m’habite depuis toujours est le meilleur rempart contre le formatage des esprits.
Je revendique hautement le droit de refuser « la cellule de crise psychologique » qui m’aidera à « faire le deuil du proche décédé absurdement ». Existe-t-il des morts sensées ? On parle de victimes innocentes, existe-t-il des morts coupables ? Peut-être d’immondes crapules sont-elles mortes dans l’attentat du 11 septembre… Je veux éprouver la sidération psychique, la révolte, l’immense et définitive tristesse de la perte de l’autre. Il est des expressions qui constamment m’agressent, « Etre bien dans sa peau, rien que du bonheur, gérer une situation, être efficace et bonne continuation »… De quoi ? De cette galère terrestre naviguant dans l’espace-temps ? Je ne veux pas, tel le chat, dont la tête est en accord avec la patte, me lover au soleil. Je veux que mon cerveau s’oppose à mes tuyaux et à mes os. Je ne veux pas être « zen ». Je veux la disharmonie et le chaos dans le plaisir et dans la douleur… Je vis comme une intrusion permanente l’inquisition sanitaire « Etes-vous ménopausée ? Etes-vous sous THS ? Avez-vous fait une mammographie ? ». Mais je vous emmerde, très chers ! Mon corps m’appartient. C’est même ma seule et certaine propriété ! Et si en 1968 je défilais derrière cette pancarte, « Laissez votre Dieu en dehors de mon utérus », je dirais aujourd’hui « je ne veux pas mourir guérie » ou « laissez-moi les armes de ma mort ». La « ménagère de plus de cinquante ans » qui achète « lorsqu’elle a le moral », messieurs les statisticiens, n’est qu’une femme vieillissante que ne fait que satisfaire ses besoins archaïques, son stade oral et anal : je prends, je jette. Rien de citoyen dans la frénésie consommante. Disciple de Leo Ferre, Schopenhauer, Hanna Arendt, Antonin Artaud, Camille Claudel, Frida Kalho etc., je n’aime pas plus Julio Iglesias qu’Intervilles et j’adore me « prendre la tête ». Je ne suis pas un « senior en car climatisé ». Je vieillis juste pour ne pas mourir jeune.
Et, lorsque, dans mes cauchemars, je vois une aide soignante s’approcher de moi, assise sur une chaise à trou dans une maison au nom de fleur, et me dire « elle va bien la mamy, elle a passé une bonne nuit ? », je réponds « je vous emmerde chère enfant, je ne suis pas plus une mamy qu’une maman, une putain ou une ménagère, j’appartiens à l’espèce humaine » ; je ne veux battre aucun record de longévité sous prétexte que ma vie était équilibrée et que ma seule folie était un carré de chocolat noir par semaine. Non, entre mamie Nova et Tati Danielle, il n’y a pas de place pour moi. Ni sereine, ni acariâtre, jouisseuse et désespérée.
Un jour au catéchisme, on m’a parlé de la béatitude éternelle et du corps glorieux… Sur un nuage laiteux, deux jeunes filles aux ailes blanches dégustent un yaourt insipide en disant « c’est le paradis ». Parfois, même les publicitaires ont le sens de l’humour. L’extase paradisiaque, la prétendue réconciliation avec l’univers sous le regard de Dieu, c’est cela l’enfer.
Je resterai passionnée, stressée, insomniaque, altruiste et narcissique, je ne mourrai pas réconciliée, ni avec le monde ni avec moi. Et, telle la charogne « au ventre plein d’exhalaisons » dont parle Baudelaire, je serai un cadavre enfin calme et je me disperserai parmi les atomes ;
Très amicalement. ]
Hey jupiter, are you blue
et je chantonne, tout bas, pour ne pas déraciner les rêves de la fleur dont le souffle régulier calme ce soir un peu mes ronces, j'aime aussi la mauvaise herbe, brave gens brave gens, qui pousse en liberté dans les jardins mal fréquentés, mais là c'est juste pas à pas, [depuis longtemps je ne sais pas, où me mène le vent, voilà pourquoi je ne suis pas ceux qui marchent devant, c'est le chemin le plus beau qui en a tenté plus d'un, le mien se fait au sabot que je pose tous les matins, au gré des embruns], cette mélodie m'a toujours, je ne sais pas, elle a toujours accompagné mes coups de spleen ou de speed, mes égarements mes tâtonnements ,mes talonnements, et je me cours encore un peu après mais je commence aujourd'hui à me rattraper, égale à moi-même je ne sais pas tellement ce que je veux, mais je crois connaître ce que je ne veux pas, ni mystique ni mystificatrice, acrobate mais pas de b[r]aise, loin d'une funambule mais un peu somnambule, somnolente ou insolente, nonchalante ou impatiente, sibylline ou exaltée, cristalline ou basaltée, je ne sais pas, c'est selon, selon la chaleur et l'humide, l'humeur, l'humour, que sais-je encore, mais ma confiance et mon amour, quand j'ai choisi de les donner à celles et tels en lesquels je crois, ceux-là sont inconditionnels.
well well well.
maybe i am.
running [electron blue]
10.09.2005
Rue du temps
j'emprunte les maux des autres, je sème les mots, et je réalise à peine.
je regarde ces murs entre lesquels j'ai égaré quelques souvenirs, quelques amours jolies, puis déçues, des rires, des pleurs, pas trop, mais suffisamment pour me sentir vivante, ceux qui ont compté ceux qui comptent, je regarde autour de moi et je respire, we are grateful for our iron lung, la croquette me manque mais sardine me console il dort sur mes pieds, je vais avoir tant de choses à faire et je n'ai pas le courage, j'aimerais juste rester là à fumer encore et encore, ou me coucher contre son corps, mais je n'avais pas si bien dormi depuis pfiou. une éternité. et je sens ce vent frais sur mes joues, et ce petit truc au fond du bide qui n'arrive pas souvent. ça me remue, ça m'émeut, et ce qui m'émeut me meut et j'ai peur, un peu, j'ai si peur de ces romances qui finissent avant qu'elles commencent j'ai peur dans le noir peur du hasard j'ai peur des trains dans les gares, j'ai si peur des sentiments les mots les mots c'est du roman etc etc.
j'emprunte les mots des autres, j'éparpille les maux et ceci est le premier jour du reste de ma nouvelle vie.
10.04.2005
Oh so terrific
[votre répondeur contient trop de messages, vous devez en effacer pour recevoir les nouveaux] je n'en ai rien à foutre. mais alors rien. je n'en ai rien à foutre que mon téléphone contienne trop de messages, rien à foutre d'être disponible ou pas, à l'écoute ou pas, sollicitée ou pas, rien à foutre, ce n'est pas nouveaux, ce n'est pas un scoop, il y a comme ça des jours des semaines des mois où je ne décroche pas, qu'on me foute la paix par pitié, je ne veux pas vous entendre, répondre à vos questions savoir si vous allez et si oui comment, je m'en tape, je suis une putain de sale conne égoïste pour une fois, et ça me convient parfaitement, je veux juste qu'on me laisse tranquille. alors je ne réponds pas, je n'écoute pas mes messages, à l'extrême limite je lis les sms et c'est bien suffisant, et si ça ne l'est pas, cf supra.
je cours, je suis en retard, comme toujours, une blondinette au t-shirt vert m'attrape par la manche, en deux sets allez, mais c'est pas possible, sérieux pas aujour'd'hui, devant sa mine dépitée je m'arrête, je souffle, un élan d'altruisme, les grands pontes de l'anthropologie m'attendront bien quelques minutes supplémentaires, et s'ils n'attendant pas eh bien qu'ils aillent au diable, ou au bon dieu, je m'en fous. je l'écoute, je hoche la tête, [oui oui bien sûr, je suis tout à fait d'accord hunhun hunhun, non évidemment hunhun], elle finit par me regarder de haut et me cracher un soupir de mépris au visage, [non mais arrête, tu as quand même bien deux euros]. alors non figure-toi, je n'ai pas deux euros non, je n'ai pas deux euros et je n'ai même pas deux cents vois-tu, nada, absolutely rien du tout, ça fait trois semaines que je gruge allègrement la sncf, que je me déplace en stop, à vot' bon coeur m'sieurs dames, la lumière crue de mon frigo éblouit les trois cornichons qu'il reste, et non d'ailleurs c'est faux, il reste aussi un petit oignon qui surnage dans le bocal, mais c'est con je n'aime pas les petits oignons, et puis vois-tu ma chère, mon merveilleux compte en banque présente en ce jour merveilleux un merveilleux découvert de sept-cents merveilleux euros que je ne peux merveilleusement pas rembourser parce que j'ai payé mes merveilleuses factures et celles de mes merveilleux parents qui sont encore et toujours merveilleusement dans la merde et qui me font merveilleusement chier parce que je suis une fille merveilleuse mais merveilleusement indigne, je déménage dans trois jours et je ne sais pas, peut-être qu'en couchant avec tous les mecs des péages que je croise et en suçant une ou deux pompes à essence j'aurai des passe-droits, et peut-être pourquoi pas avec un peu de chance je finirai par arriver à lyon, qui sait? alors putain non là vraiment mademoiselle greenpeace je n'ai pas deux pauvres euros à fourguer à ta noble cause, et oui bien sûr le trou dans l'ozone et les dégazages sauvages c'est mal, le tri sélectif et kyoto c'est bien, mais je t'emmerde, connasse, charité bien ordonnée commence par soi-même et là je n'ai pas de quoi me faire l'aumône.
[au fait cette intervention t'en es où t'as bossé dessus, et j'attends toujours tes propositions pour le colloque sur le récit ethnographique, j'espère que t'as pas oublié, et tu avances dans ton sujet, et ta feuille de frais tu l'as rendue et au fait oui il faut que tu rencontres untel il voudrait travailler avec toi ça peut être intéressant, je te donne son numéro tu l'appelles demain sans faute, il faudra que tu reviennes rapidement à nice, d'ailleurs il faudra que tu ailles sur le terrain avec machin, il va t'envoyer un mail, il y tient, ah et puis j'oubliais je veux que tu me pondes un article, tu as un mois pas plus la revue sort le mois prochain oh tu m'écoutes mademoiselle confuse je te] blablablablablabla. non je t'écoute pas, je veux mourir, là.
je pensais souffler deux petites heures, avant les autres réunions, deux malheureuses petites heures ce n'était quand même pas trop demander, mais c'était sans compter sur le boulet de service, so happily stupid, just call me brainless, appelons la sandy puisque ce n'est pas son nom, ah sandy espèce de serpent à sornettes qui persiffle de belles sonneries, si tu savais comme je t'emmerde toi aussi, parmi tous les autres, superbement, très franchement, peu importe l'adverbe, [haaaan ça fait longtemps qu'est-ce que tu deviens han? han t'as trop une sale têthan et t'aurais pas un peu grossihan et non mais c'est normalhan tu somatishan tu wois moihan, en ce moment je travaille vachement sur le corps tu wois et haaaan je t'ai pas dit non mais c'est dinguhan non parce que tu wois moi la culturhan je trouve ça trop terriblhan] non mais pitié je vous en prie achevez la. et ses pauvres tarées de copines aussi, un petit coup de sabre laser ni vu ni connu, jeune fille bien sous tout rapport cherche jedi bénévole, ne téléphonez pas après 21h je ne réponds pas, ni même avant, parce qu'avant je cours d'un étage à l'autre et je subis le désagréabilisme et la mauvaise volonté de l'université la plus mieux de tout l'univers, celle où on perd vos notes, celle où les chiottes sont toujours bouchées, celle où on plante un thermomètre dans les rosiers au lieu d'acheter des ordinateurs, celle où les murs s'écroulent puissance quinze sur l'échelle de richter, parce qu'après tout on est dans une zone sismique, alors qu'est-ce qu'on en a à faire hein, j'vous l'demande, on s'en tamponne le tampax nous que les salles soient pas aux normes, d'ailleurs c'est bien connu les étudiants sont tous des petits branleurs qui vivent aux crochets de leurs parents, ou de l'état, c'est selon, ils ne votent pas et ne payent pas d'impôts, manquerait plus qu'on fasse des trucs pour ces parasites sociaux, faut quand même pas déconner, et puis onze heures trente c'est pas onze heures trente-et-une, bordel, ah je te jure georgette on se demande à quoi ça leur sert d'avoir un bac plus huit, ils savent même pas lire un horaire, ces petits cons.
j'adore ce genre de journées pourries qui n'en finissent plus.
9.25.2005
Hey, must be a devil
je pense à [e]. je ne sais pas pourquoi, il n'y a aucune raison précise, rien qui m'ait évoqué son souvenir. mais ce soir il me manque tellement. je me rappelle ce jour où il m'a dit qu'il partait, chez sa soeur. je lui ai dit amuse-toi bien. je ne lui ai pas dit que je l'aimais. je ne sais pas bien dire ces mots-là. je ne sais pas toujours bien m'y prendre. [c] m'appelle miss transparente, et pourtant, il y a tellement de zones d'ombre, en moi. [e] je n'en parle jamais. à personne. je ne lui ai pas dit que je l'aimais. je me rappelle le manque de lui, les coups de fil furtifs, en cachette, à trois heures du matin, les fous rires, puis ces quelques jours où on ne s'était pas appelé, où j'avais tellement envie de l'entendre, où je ne voulais pas m'imposer. je me rappelle son visage, parfaitement, j'avais peur qu'il s'efface mais il est toujours resté. j'ai gardé une photo, une vieille photo toute cornée. dans un cahier. je ne la regarde jamais, presque jamais. je me souviens ses boucles, ses boucles par centaines, je mettais mes doigts dedans, je m'emmêlais, il pestait, je riais. je me rappelle ses mains, des paumes massives et des doigts fins, des mains métisses, des mains de travailleur délicat. je me rappelle ses yeux noisette, et ses cils si longs, si longs, interminables, je l'appelais ma biche, pour me moquer, et je les aimais tant, en fait, lui et ses cils. je me souviens les pixies, les breeders, franck black. je me souviens de son skate, de ses ès toutes trouées, de son jean élimé, de sa veste marron, celle qui sentait lui, cette odeur de savon, de talc, de lui, si particulière, qui me revient sans prévenir quelques fois. je la sens dans l'air, et j'ai le coeur qui se serre. je me souviens de [e] comme si c'était hier. je me souviens de ce coup de fil, elle en larmes, je ne comprenais pas, je répétais mais arrête, qu'est-ce qui se passe, arrête, calme-toi, et plus je lui disais de se calmer plus j'avais peur, une angoisse terrible, elle pleurait, elle pleurait, elle n'arrivait pas, et je pleurais aussi en criant mais dis moi. et elle a dit. elle a dit [e] est mort, et elle s'est remise à sangloter. moi non. j'ai déconnecté. de la réalité. j'ai eu l'impression d'une faille immense sous mes pieds. d'une déchirure irrémédiable dedans. un arrêt, une infinie solitude du coeur, de l'âme. je crois qu'on petit bout d'elle, de mon âme, est morte ce soir-là. je me revois, dans la chambre de mes parents, à côté du téléphone. mon père était à la clinique. ma mère était à bout. moi j'étais éteinte. simplement éteinte. j'ai raccroché. j'ai raccroché sans rien dire, et je suis restée de longues minutes immobile, seule, à regarder fixement le mur. je suis allée vomir. je me suis rincée la bouche, lavée les dents. je me suis enfermée dans ma chambre. là j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. toute la nuit. jusqu'à ce qu'elles tarissent. le lendemain je suis allée en philo, les deux premières heures de cours. puis je suis partie au bastion, regarder la mer. je l'ai rappelée. elle m'a dit on n'a pas retrouvé son corps. ça fait trois jours qu'il a disparu, un témoin l'a vu tomber, ou sauter, on ne sait pas trop, il avait pris des acides avant, avec elle, et le type l'a vu, il a donné l'alerte, on ne l'a pas retrouvé, on a fait une déposition, la police a dit que c'était probable que ce soit lui. très. très probable. il avait 20 ans. quelques fois je me dis que j'ai rêvé tout ça. que c'était juste une parenthèse, un sommeil paradoxal. qu' [e] est là, quelque part, posé sur un coin du monde, qu'il a juste décidé de partir, sans rien dire, qu'il va bien, qu'il pense un peu à nous. à moi. que sa nouvelle vie le rend heureux. mais qu'il pense à nous. à moi.
9.19.2005
9.17.2005
Et la santé surtout hein
l’évidence des choix, café ou jus d’orange, jupe ou pantalon, blonde ou brune, le corps ou l’esprit, le rouge ou le vert, la vie ou la mort, il s’agit toujours de choisir, de se donner les moyens d’arriver à ses fins, et d’assumer, pas d’accord avec le destin, avec le déterminisme divin, avec le déterminisme social, et dieu sait que si je suis une anticléricale endurcie, j’ai par contre beaucoup de respect pour pierre bourdieu. après mon café j’ai pris le train, pour n’importe où, sans billet ni envie particulière sauf peut-être celle de voir plus loin que le bout de mon nez, et j’ai choisi d’être face à quinze murs qui regardent consciencieusement leurs pieds dans le sens de la marche, plutôt que le mur de mon reflet dans la porte du compartiment, j’observe les gens, il se passe tellement de choses dans les trains sans même qu’ils en aient conscience, ne serait-ce que l’évitement et les périmètres de sécurité, les wagons sont de vrais microcosmes où toutes les peurs de l’humain se serrent les coudes, postées immuables entre la dame qui plaque son sac sur ses genoux à s’en faire péter les articulations, et le monsieur qui lit l’équipe pour ne surtout pas avoir à regarder son voisin, ça sent l’acceptation de la routine, ça sent le rejet des rêves de gosse, ça pue la résignation et le fatalisme sordides, et j’ai envie de hurler, de balancer mon libé au visage de tous ces déjà morts, je me déteste aujourd’hui de penser ça, je me déteste de rejeter en bloc ce peloton de bonnes gens au teint gris qui n’a rien demandé à personne, et peut-être, sûrement je me fourvoie, peut-être sont-ils dans le vrai, je les juge sans même savoir, sans rien connaître de leur vie, mais j’aurais envie de leur éructer que c’est vachement apaisant le soleil qui se lève sur la mer, qu’on se sent vivant quand on prend le temps d’attraper une petite brise dans ses cheveux, que ça vaut le coup, mille fois le coup de sortir des factures, du métro, des emmerdements pour sourire à un môme et voir son visage s’illuminer. et là la môme c’est moi, petite fille qui bouillonne au milieu d’un no man’s land du sentiment, au milieu de ce bordel d’humanoïdes dissociés.
je récupère les bonnes vieilles habitudes, elles ont la vie dure quelques fois, je me souviens d’un échange avec m. quelques mois plus tôt, le grand cirque ici, les jongleurs du commentaire, le sucre qui colle à l’ego, faire le beau ou laisser pisser en levant la patte sur la page d’accueil, écrire pour soi et se ménager suffisamment d’oxygène, faire le deuil des faux-semblants sans regret, mais rien ne change ici, jamais, mêmes têtes mêmes affiches même blabla, et je suis déjà lassée au bout de quelques semaines. vaniteuse, narcissique, démesurément nombriliste, exhibitionniste, contrariante et contradictoire, peu importe, je m’en tape, je change d’avis toutes les secondes, d’état d’âme toutes les minutes, mais au final si je fais le bilan, je suis de gauche bien plus que de droite, je veux un simple amoureux bien plus qu’un très bon amant, je veux être aimée pour ce que je suis bien plus qu’être favorite d’une poignée d’anonymes, je crois à la simplicité, à l’esprit critique et à toutes ces choses qui me font avancer bien plus que je ne crois en moi-même, ma seule certitude est d’avoir tout à apprendre à découvrir à comprendre et surtout à vivre et c’est elle qui me maintient, j’aime l’orthographe et la syntaxe correctes bien plus que le langage sms lololol kikou bisou trobi1 tavu mdr, je préfère alain rey à laurent romeschko et desproges à élie semoun, j’indigestionne la passivité bien plus encore que le militantisme stérile, je ne suis pas une étiquette, je ne suis pas une catégorie, je ne suis pas de celles qui, ou peut-être que si, je suis ce que je suis, exactement telle que je suis et j’emmerde ceux à qui ça ne convient pas, et je m’interroge une fois de plus, déménager à nouveau, aller voir ailleurs si j’y suis et surtout si je m’y [re]trouve, ou disparaître dans les ondes, je m’interroge. je pense à cette notion de liberté sur 20six, mi-chemin entre tyrannie du composé et diktat de la popularité, l’avis de fin et la fin des avis comme mort de la liberté d’expression, mais je n’en ai rien à foutre, strictement rien, la mort de la liberté d’expression c’est tous ces journalistes qui croupissent dans des prisons et qu’on oublie si l’un d’eux a la chance de s’en sortir indemne, la mort de la liberté d’expression c’est les médias indépendants qui rament pour voir le jour, la mort de la liberté d’expression c’est tf1 et la manipulation audiovisuelle, la mort de la liberté d’expression c’est aussi se faire traiter de facho parce qu’on manifeste contre le pen, mais mort aux arabes évidemment ça c’est de la démocratie, et peut-être bien que je suis à côté de la plaque, que j’enfonce des portes ouvertes, que je balance des inepties gratuites, que je dis trop de conneries, mais entre nous je reste convaincue que la connerie est justement la chose la mieux répartie entre tous les hommes. ca fait au moins un domaine dans lequel on peut parler d’égalité.
9.16.2005
Bless you
9.12.2005
Please
Movida
[antes, queria cambiar el mundo, pero ahora solo quiere que el mundo no le cambie]
[foutu clavier frances]
9.10.2005
Histoire de
et ce souvenir me revient, je ne sais pas pourquoi, souvent dans ma tête s'impriment ces petites images venues du passé sans que je les ai convoquées, ce souvenir de mes neuf ans dans la cour de l'école du ponteil. j'avais neuf ans, un t-shirt mickey et les paumettes roses, toujours ces joues de petite fille, les mêmes qu'aujourd'hui, celles qui n'ont de cesse de se colorer pour faire savoir au monde mon embarras, alors que je les voudrais discrètes. j'avais neuf ans et incroyablement confiance en l'avenir. et déjà j'inventais. cette histoire de princesse qui veut qu'on lui attrape la lune. élodie était la princesse. parce qu'elle était la plus menue, et que nous devions, pour les besoins de la tragédie, la porter aux nues. c'est amusant comme on peut être pragmatique, sans s'en rendre compte. élodie était la princesse, alexandra marine et moi ses dames de compagnie dévouées, et nous avions à décrocher la lune pour cette princesse capricieuse. nous inventions mille techniques, mille instruments pour monter au ciel, sans qu'une seule fois nous ait effleurées la moindre métaphore, et nous finissions, ingénieuses, par cuire une gigantesque crêpe en la faisant passer pour l'astre. la princesse élodie faisait mine d'être satisfaite, nous étions soulagées qu'on ne nous coupe pas la tête.
9.06.2005
Outro-version
mademoiselle nothomb devient la paulo coehlo belge, mais ça n'empêche que je l'aime bien, au moins dans ses premiers temps, et elle dit une chose très juste, [l'esprit humain présente une carence intellectuelle fondamentale: pour qu'il prenne conscience de la valeur d'une chose, il faut qu'il soit privé de cette chose], quelque chose comme ça, souvenir approximatif, mais oui c'est tellement ça, dans deux semaines je quitte tout ce qui fait mes repères, les pavés foulés et la mer devant laquelle j'allais me vider l'esprit, je garde tout ça dans ma boîte à malice, mais ça me fait un drôle d'effet, un effet-mer peut-être, je me surprends à me laisser submerger par quelques ondes nostalgiques, mon premier baiser, ma première paye, mes premiers temps avant de comprendre que le monde c'est un peu une claque dans la gueule. je laisse aussi tous ces ceux, ces celles, et j'aurais envie de leur dire des choses, jolies ou moins, et pas que, des tas de trucs pour l'avenir, genre discours ferrero rocher, tic tic tic, aheum aheum, s'il vous plaît, tic tic tic un peu de silence, je tiens à remercier ma famille blabla, rien à voir, en fait je dirais
je ne sais pas.
This lil feeling
9.05.2005
9.03.2005
Normale
je m'interroge toujours sur la nécessité d'un blog, et sur l'incroyable narcissisme qui me pousse à me répandre ici sans pudeur ni réserve, amusant paradoxe qui veut que j'aime tant passer inaperçue mais que je me dessine ici tous les jours, je me demande si ça tient à un réel besoin, si ça ne me fait pas plus de mal que de bien, et surtout si les blogs ne sont pas finalement qu'une facette supplémentaire de l'ère de l'indiscrétion dans laquelle nous sommes plongés depuis big brother. je n'ai jamais beaucoup aimé, en fait, le principe 20six, les favoris, les commentaires, j'ai souvent déménagé quand je me sentais oppressée, j'ai toujours entourloupé et esquivé quand on espérait de moi une plus synchrone intimité, je n'aimais pas qu'on juge mes états d'âme, je n'aimais pas les phrases-tiroir, je n'aimais pas les blogodragueurs de comptoir, et je n'aime toujours pas ça, mais je me surprends aujourd'hui à prendre du plaisir à discuter avec quelques écrivains de la toile, trois en trois jours m'ont amusée, je déplore seulement qu'il ne s'agisse jamais de demoiselles, ce serait sans doute moins sujet aux malentendus. tout cela n'empêche pas que j'aie besoin/envie d'organique, d'épidermique, et de vocal. passons.
je m'aperçois et commence à vivre le fait que mon existence est simplement telle que je la fais et que l'idéalisation du bonheur et de l'état de grâce n'est qu'un joli leurre, bien que joli soit en fait un terme mal choisi, j'en ai assez de rassurer ceux qui doutent en gardant leurs oeillères et se complaisent dans la mythification de leurs souvenirs heureux, il est temps je crois d'aller de l'avant et de balancer le reste aux encombrants. lassée de ces mecs qui ne savent pas ce qu'ils veulent, exit le syndrome du jokari, plus on me jette fort plus je reviens vite, tous ces types un peu paumés un peu largués et surtout mal dans leurs pompes, ceux qui en général m'émeuvent et me donnent envie de [d'eux] ont cette fois eu raison de ma patience, ma capacité d'empathie et de compréhension a des limites que je n'ai eu de cesse de repousser, mais là j'ai ma dose, je mérite mieux, nettement mieux, je mérite un putain de quatre étoiles avec un méchant service d'étage. mais je remercie quand même [j.] l'homme lâche et indécis qui m'a ouvert les yeux hier soir le temps d'un apéro, il a dit j'aurais pas dû te laisser filer tu me manques, j'ai dit toi non, et je suis partie, merci. merci aussi à [t.] l'homme qui piétine mon coeur, à force d'être disponible et de me cogner dans son mur du soi, j'ai fini par réaliser qu'il y a tellement plus simple ailleurs. à la trappe les histoires foireuses.loin d'être une journée studieuse et ethnoscénographique, aujourd'hui fût quand même visuel, entre wings of desire et aaltra, déjà vus mais toujours autant appréciés, puis le monterey pop festival et cette video pirate trouvée par hasard et pour mon plus grand bonheur, sue foley candye kane et ana popovic au rouge gorge, concert où j'aurais dû aller mais que j'ai raté. william gibson dans une rediff de tracks, pas fan du cyberpunk, mais amusant quand même, et je crois ce festival au luxembourg, feuilles d'automne, j'aurais aimé voir ce que ça donnait, encore une manifestation qui doit donner au gouvernement l'impression qu'il favorise la culture. mouarf. nouveau paul auster en sortance, mes cartons en préparance, mon boulot en stagnance, mes envies en errance, ma tête en vagabondance, ok, tout est normal, je suis normale.
9.01.2005
Possibly maybe
trop se chercher pour éviter de se trouver de se re-trouver puis de se couver, mâles en vers et mal envers et contre tous, toujours l'intérieur à l'envers, puisqu'il n'y a pas d'endroit où je me sente bien, où je me sente là, où je me sente [juste] moi. vin d'ici et eau de là, de l'o dans mon viens, reprendre un doigt ou juste un dé, dé à découdre avec ma toile de fond , ou couder les mots, ou couper les ponts en deux, un pour toi un pour moi, mais pas nous, con-prends-moi, ça [souffr]ira . trompe l'ennui et trompe la mort les jambes au bord du gouffre, boire du thé jeter le rance, se noyer dans un bol de lait froid et les froids et l'effroi qui endorment la conscience et écornent la patience, j'ai besoin d'un shoot au ballon d'oxygène, rien ne se perd toute secouée, et tout se coué, et tout va bien aller.
8.30.2005
Rexpirationnelle
caresser quelques cordes moins raides que celle sur laquelle j'ai l'impression de me mouvoir. et sans filet à papillons, juste de petites mélodies en croissants de lune mais. rien n'y fait, tout est là, encore, archive again n'est-ce pas, tout est là enroué de coups du sort et essorages de sortilèges froissés, philtres d'âme avariée, blabla.
plus de larmes, incroyable sécheresse, tous les pores bétonnés. et dedans. mes pinceaux, pour finir, malgré tout, des couleurs partout, une vraie fauve mais patte de velours, petit leurre pour reprendre l'habitude, ne pas penser pour mieux panser, quelque chose comme ça mais. les pensées qui s'effeuillent. sans doute l'automne. puis après l'hiver, et la suite, encore. aussi froid que lui tout à l'heure, appel à tarte et tête à claque, une de plus, une de moins, plus ou moins, il a dit j'ai rien au coeur, j'ai pensé. que moi si, maintenant. quelle ironie. pas de docteur pour ça.
s'il te plaît quelqu'un. console moi. ou assome-moi. dis moi qu'il y en aura d'autres, de ces corps faits pour moi, des ces mains qui pétrissent, de ces grains de peau, de ces odeurs dans le cou qui serrent le ventre tellement on les aime, de ces mots si clairvoyants. d'autres moi. d'autres lui. d'autres lui et moi, d'autres moi et lui en moi. de mois en moi, et notre émoi, etc.
[mode expiration on]
[expulser, expirer, expérer?]
[tourner la page et]
[rester éveillée]
8.28.2005
Pyjama blouze
[t'es qu'une pauvre conne, nanouk] [vraiment qu'une pauvre conne]
8.24.2005
Serre-moi
8.20.2005
In bloom
7.16.2005
Haven't slept a wink
7.10.2005
Les histoires
5.12.2005
Acta est fabula
5.10.2005
Blanche nuit et le n'importe quoi
mon psy dit que je devrais être plus gentille avec moi-même. j'ai enfin franchi le pas. j'ai pris mon courage à quatre bras, et un rendez-vous dans la foulée. j'y suis allée, j'ai inspiré un grand coup, j'ai sonné et je suis entrée, dans la salle d'attente il y a des rideaux en voile blanc sur une tringle en fer forgé. il y a un texte de zola sur le mur. je l'ai lu et relu en attendant, et je ne me souviens plus de quoi il parle. c'est marrant comme l'esprit vagabonde. errances zé vagabondages. ouais. je suis rentrée dans le bureau, et je m'attendais à trouver, je sais pas, je sais pas ce que je m'attendais à trouver, un divan peut-être, un truc dans ce goût-là, peut-être pour avoir l'impression que c'est une démarche classique de se dire un jour que tiens on irait bien raconter ses petits tracas à un inconnu pour la modique somme de quarante-cinq euros. un truc qui aurait pu s'approcher des clichés habituels, un vieux barbu à la freud ou une convainue à la dolto. un truc tellement ridicule que ça en aurait été presque rassurant. mais non, il n'y avait pas de divan, et monsieur b. est juste un monsieur qui gagne sa vie en écoutant les gens. sans parler. et moi non plus je ne parle pas. je suis là, sur cette chaise en bois sculpté, devant son gigantesque bureau en bois sculpté, je regarde les imposants volumes médicaux dans la vitrine en verre de l'étagère en bois sculpté, et je me sens toute petite petite perdue dans ce lourd mobilier, et je me dis que putain j'y arriverai jamais, j'arriverai jamais à lui raconter quoi que ce soit à ce type-là, ni à personne d'ailleurs, qu'est-ce que je fous-là, j'y arriverai pas, parce que ça fait des années que je ne dis plus rien, que ça s'entasse dans un coin des tripes et que ça bouge plus, ça s'encrasse là comme ça, et finalement c'est peut-être pas plus mal; qui ça intéresse tout ce bordel, mes rancoeurs mes peurs mes ressentis, les trucs qui me font de la peine ou qui me rendent lumineuse, j'écoute mes amis à longueur de journée et eux ont bien compris qu'il valait mieux renoncer à essayer de forcer l'entrée de mon intérieur, et c'est sans doute un tort de ma part, maintenant que j'ai fermé les vannes, plus personne n'essaye de les réouvrir, et moi-même j'ai l'impression qu'elles sont tellement rouillées qu'il n'y aurait qu'une eau jaunâtre qui coulerait en petit filet avant d'être engloutie par la bonde.
alors il me pose des questions. je réponds un peu. quelques fois. mais ça vient pas. je me tais, et il repose des questions. et je me sens con. je me dis. je me dis. merde, y'a des gens qui crèvent la dalle, qui souffrent pour des idéologies à la con, qui se battent pour leur liberté, des gens qui en chient, et moi je suis là dans ce bureau en face d'un mec muet à raconter par petits bouts des trucs que je croyais avoir oubliés depuis des lustres. si ça c'est pas pathétique. et je lui dis. je lui dis bon je crois que ça sert à rien. j'ai sans doute des raisons d'être là, mais maintenant que j'y suis elles m'apparaissent nettement moins motivantes. alors je vais juste vous faire un chèque et partir. parce que c'est pas intéressant. je suis juste une gamine qui fait sa crise d'adolescence à retardement, vous voyez. juste une silhouette de plus dans le capharnaüm ambiant. alors bon. voilà. quarante-cinq euros et je m'en vais. puis il me regarde, il sourit, il dit nanouk il faut que vous soyez moins dure avec vous-même, plus gentille, que vous preniez conscience de vos qualités et pas seulement de vos défauts, il faut que vous arriviez à vous percevoir telle que vous êtes réellement, et non telle que vous croyez que vous êtes,vous me suivez, et y'a du boulot, y'a un sacré putain de boulot à faire avant que vous y arriviez correctement.
quand je sors de là, j'ai envie de pleurer toutes les larmes de mon corps. je sais pas pourquoi. envie de m'enfermer seule chez moi et juste de pleurer. dans son cabinet aussi j'ai envie de pleurer. mais je me retiens. j'ai un peu perdu l'habitude de pleurer devant les gens. alors je me retiens, je sens monter les signes avant-coureurs, le nez qui pique et les yeux qui papillotent, mais je pleure pas. je pleure pas, et je me tais.
et ce silence me rappelle tous mes silences, ces larmes sèches toutes celles que je n'ai pas réussi à pleurer alors que ça bouillonnait dedans, et toutes ces fois où j'ai impeccablement donné le change, eu l'air d'être une nana épanouie maîtresse de sa vie, alors que je me sentais juste minable, ça fait remonter tous les souvenirs honteux, théo qui me pelote dans les chiottes du collège, les nuits glauques à sucer consciencieusement un mec rencontré deux heures plus tôt avant de me barrer le plus vite possible pour aller prendre une douche, et ces mensonges, tous ces bobards, des kilomètres de conneries. parce que finalement, le mensonge c'est pas -juste- inventer, réécrire pour faire semblant,c'est aussi ne pas détromper les gens quand on sait qu'ils se plantent. c'est la fermer et sourire, pour ne pas blesser, abonder dans le même sens et espérer que ça se transformera pas en une espèce de carnage irrémédiable. ouais. des tonnes d'omissions, des tonnes de mensonges, à ceux et à celles, et surtout à moi-même , et pourtant je me refuse à mentir comme ça, je me force à être lucide et à mesurer mon degré de sincérité avec moi-même en jetant mes oeillères le plus loin possible, mais quelques fois on est étrangement complaisant avec soi-même, étrangement lâche. c'est un peu comme aller faire un test hiv et pas ouvrir l'enveloppe.
je me souviens de la première fois que j'ai fait l'amour. l'expression est plutôt mal choisie. j'avais 14 ans. et je crois que j'étais encore naïve. et insouciante. j'en sais rien. j'aimerais bien le redevenir. j'étais naïve et je me croyais folle amoureuse d'un connard qui avait juste envie de me baiser. c'est ce qu'il a fait. pas de tendresse. pas de mots doux. juste un lit, lui qui s'affairait au-dessus de moi, moi qui attendais en dessous de lui, voilà. en retirant sa capote il m'a regardée en souriant et m'a dit c'était cool, j'ai dit ah, il a dit oui, puis il a vu que la capote avait craqué. il a dit merde, j'ai dit humpf, il a dit euh, j'ai dit bon j'y vais, il a dit ok, et je suis partie. le lendemain sa copine rentrait de vacances. je la connaissais pas. il a dit sabrina, nanouk, nanouk, sabrina. j'ai chialé en rentrant chez moi. plus tard elle est devenue une de mes meilleures copines, c'est marrant. ma mère a dit ça va, t'as pas l'air en forme, et j'ai dit oui oui ça va pas de soucis. quelque chose comme ça. j'ai appelé elo, j'ai dit faut que tu m'emmènes à l'hosto, il me faut une pilule du lendemain. elle m'a dit ça y est tu l'as fait, super excitée. j'ai dit bon tu m'emmènes ou quoi. elle a compris que c'était pas le moment pour évoquer feue ma virginité. à l'hôpital l'infirmière m'a dit il faut que vous soyiez accompagnée d'un adulte, et j'ai eu envie de lui dire d'aller se faire foutre, qu'à cause de leurs règlements à la con y'avait des petites gamines qui avortaient toutes seules dans les chiottes en se bousillant l'utérus. j'ai juste dit d'accord, et je suis partie. j'ai trouvé une cabine téléphonique, parce qu'à l'époque on n'avait pas encore l'oreille scotchée à notre sacro-saint portable, et j'ai appelé a. je lui ai dit faut que tu m'aides, et dis rien à ma mère. j'ai eu ma pilule du lendemain. et j'ai vomi pendant trois jours. plus tard, au lycée, j'ai fait la connaissance d'un nombre incroyable d'ex de brice. et j'ai recouché avec lui. par désoeuvrement, une après-midi où je séchais. c'est dingue le nombre de petits branleurs avec qui j'ai fait des trucs par ennui. aucun sentiment, et la pilule. risque 0. on apprend vite à se blinder finalement. quelques fois, je pense à tous ces mecs qui ont traversé ma vie. je me dis que pour une petite nénette boulotte et mal dans sa peau, c'est pas si mal. y'a eu les insignifiants. et les autres. pas trop nombreux. qui ont réussi. à, je sais pas, percer un peu la coquille. deux sont morts. ça fait un drôle d'effet. pas un vrai manque, mais quand même. l'impression qu'un petit bout de ma vie passée s'est éteint avec eux. j'y pense de temps en temps. puis j'oublie.
4.08.2005
Alameida
4.06.2005
(Psy)cause toujours
4.04.2005
Substratum
4.02.2005
Electre, le verre de vin et la fleur d'ennui
4.01.2005
Pontificapote
3.24.2005
Avec le temps va...
3.08.2005
Wouap dou wouap
3.06.2005
With a lil help from my friend
3.04.2005
Hunhun
3.03.2005
fugit irireparabile tempus
3.02.2005
Du soulagement (et toujours autant de caféïne)
Ma (sur)dose de caféïne
2.28.2005
La callipyge, l'ithyphalle et les wagons fumeurs
2.27.2005
Les sépales de mes roses
2.26.2005
Dossier suivant
Voilà
2.25.2005
Politically Correct
2.23.2005
Jeux de maux
2.22.2005
Les nuits d'hiver sont longues etc
2.17.2005
Etat des yeux
2.12.2005
Un whisky Sue-Ellen?
ce matin j'étais de bonne humeur, de bonheur et de bonne heure parce qu'il y a eu ce texto qui m'a réveillée, et hier soir il y a eu ce mail, que j'attends comme le messie, mon vrai sourire quotidien, l'éclaircie de ma journée, je suis là devant mon écran, et il n'y a pas de nouveau message sur ce serveur est un déchirement, j'aurais envie d'entendre sa voix et de discuter des heures avec lui, je ne sais pas, c'est peut-être pathétique, ou simplement prévisible, never mind the bollocks here are the epistoles, toutes ces conneries quoi. et si je voulais être crédible je dirais que je n'ai pas besoin de texto ni de mail pour me donner le sourire, et ce serait vrai d'ailleurs, il y a l'odeur du café, le soleil, la pluie, lyon et bireli lagrène, il y a les livres et le romantisme, et non le romantisme n'est pas mort, pas d'accord, le romantisme n'est pas mort et il n'est pas forcément dégoulinant, on peut être lucide et romantique, ce n'est pas antithétique, ce n'est pas incompatible, et ce n'est pas une honte d'avoir à la fois la tête dans les nuages et les pieds bien ancrés dans l'herbe, et oui les trucs romantiques me donnent le sourire, ils me rendent spleeneuse mais c'est un spleen heureux, une mélancolie pour me souvenir que je suis vivante, et que je suis heureuse même sans texto et sans mail. mais je me fous d'être crédible parce que la seule personne à qui j'aurais éventuellement envie de rendre des comptes, c'est moi, moi, et encore moi. et je ne sais plus ce que je voulais dire, ma tête est un pull effiloché, on tire sur une frange et tout le reste vient avec, une gigantesque pelote d'émotions embrouillées, mais je ne suis pas patiente, je veux tout tout de suite, et c'est un vilain défaut il paraît mais franchement qu'est-ce que j'en ai à foutre, il ya des jours où je n'ai pas envie de me démêler le cerveau.
un bon coup d'après-shampooing dans ma vie sentimentale non plus, je devrais mais j'ai pas envie, je fais n'importe quoi, et alors, oui je fais n'importe quoi et je n'y comprends rien, un week end d'évasion et je couche avec mon meilleur ami qui lui me déclare sa flamme, tout va bien le monde tourne encore, pas forcément rond, un peu en eau de boudin, d'ailleurs je ne comprends pas qu'on puisse aimer mon corps, ni le reste, qu'il me regarde avec ces yeux-là et que ses caresses m'électrisent, et la colocation est-elle compromise, j'en sais rien, je ne veux pas de vie de couple, je ne veux même pas de couple, j'en ai marre de me sentir enfermée dans des principes liberticides, où tu vas qu'est-ce que tu fais tu viens te coucher pourquoi t'as pas envie t'as la migraine, putain non, pas maintenant, et je ferais bien d'arrêter tout ce bordel avant que ça tourne mal, mais voilà, je ne sais pas faire ça, et je n'ai toujours pas de démêlant sous la main. mais je suis de bonne humeur, et même cette connasse de carole qui a enfin réussi à me dégoûter d'elle à force de m'envoyer son ego centré et concentré dans la gueule n'a pas réussi à me plomber le moral, et d'ailleurs ces affiches du tsunami que je croise à chaque coin de rue non plus, d'habitude je vomis des coulées invisibles de bile acide qui me ronge la joie de vivre, et là rien, bien sûr c'est malheureux mais c'est la vie, qu'on arrête de me prendre la tête avec l'asie sous les eaux et les séïsmes, envoyez vos dons, soyez solidaires, parce que le monde est à gerber, il suffit d'ouvrir les yeux et de regarder ce qu'on a fait de la planète, la guerre c'est triste, d'autant plus que ce sont les hommes qui la font, un sdf qui meurt de froid dans l'indifférence d'un pays riche ça me donne plus la nausée qu'un raz-de-marée, il faut arrêter de considérer que le poids de la mort est proportionnel au nombre de victimes. on se sent en paix avec sa conscience parce qu'on a envoyé 10 euros à médecin sans frontière, que ne ferait-on pas pour elle disait le joli garçon et il a raison, stratagèmes pour se sentir charitable et avoir l'impression fugace d'être quelqu'un de bien, et oui bien sûr encore une fois, moi aussi j'ai participé à la mascarade, j'ai envoyé un peu parce que ça m'a touchée et ça m'a révoltée de voir de pauvres gens s'excuser auprès des touristes d'avoir gâché leurs vacances de rêve en empêchant des gros porcs d'aller enculer des gamines dans des bouges de Phuket, mais j'en ai rien à foutre d'avoir l'air de prêcher la bonne parole alors même que je rentre dans tout ce mensonge, parce que je ne m'absorbe pas dans la contemplation de mes pieds quand je croise un clochard qui fait la manche.
2.05.2005
Rien de plus
1.20.2005
Essai de simplicité
1.10.2005
L'odeur du papier
Ca fait: " Et Nana et Moshe étaient romantiques. Ils étaient romantiques à leur façon. Ils s'aimaient. Ils disaient qu'ils s'aimaient. C'était vrai. Et ceci fut leur premier "je t'aime". "Tu voulais dire quelque chose de particulier?" le taquina Nana. Moshe dit: "Non." Ils restèrent comme ça. Moshe dit: "Tu me plais vraiment, tu sais." "Je te plais vraiment?" dit-elle. "Ouais tu me plais", dit-il. "Qu'est-ce qui te plaît?" demanda Nana. "Tout en toi me plaît", dit Moshe. "J’aime tes poils pubiens", dit Moshe. "J'aime la couleur de tes poils pubiens. J'aime ton, j'aime ton. Je t'aime c'est tout", dit Moshe. "C'est pas ce que je voulais dire", dit Moshe. Même leur premier "je t'aime" fut non romantique. C'était une erreur. "Bien sûr", dit Nana. "Je veux dire je ne peux pas", dit Moshe. "Hunhun", dit Nana. "Je veux dire, on ne se connaît que depuis quoi, un mois, deux mois", dit Moshe. "Hunhun", dit Nana. En fait, non, c'était tout à fait romantique. Il est tout à fait possible, je pense, de connaître quelqu'un depuis deux jours et d'être certain qu'on peut l'aimer. On sent qu'on l'aime déjà. Ca n'est juste pas disible. Vous ne pouvez pas dire que vous l'aimez. Donc le fait de le dire, à rebours de toutes les règles sociales, était romantique. Le "je t'aime" de Moshe et Nana était romantique. "Tu crois que tu pourrais?" dit Nana. "Quoi?" dit Moshe. "M'aimer", dit Nana. "Quoi déjà?", dit Moshe. "Je ne sais pas", dit Nana. "Eh bien je ne sais pas, dit Moshe. Peut-être". "Peut-être" dit Nana. "Eh bien d'accord" dit Moshe. "D'accord quoi?" dit Nana. "Eh bien je pense un peu que je t'aime, dit Moshe. Je pense un peu que je t'aime". Nana s'interrogeait sur le "un peu". Elle dit: "Tu sais que je pense vraiment que tu es joli?" Nana pensait que Moshe était joli! Quelle histoire d'amour que celle-ci! Elle dit: "Ouais, oh. Oui. Je t'aime moi aussi. "Tu m'aimes", dit-il. "Ouais", dit-elle. "Tu m'aimes", dit-il. Elle l'embrassa. Il l'embrassa. "Alors", dit Moshe. Moshe souriait. "Tu es amoureuse de moi". "Non je ne t'aime pas", dit Nana. "Tu ne m'aimes pas?", dit Moshe. "Si je t'aime", dit Nana. "Mais moi", dit Moshe. "Va te faire foutre", dit Nana. Mais Nana n'était pas méchante. Elle dit "va te faire foutre", et ensuite elle l'embrassa."
Adam Thirlwell, Politique
1.03.2005
So so exciting
1.01.2005
Dégénération
12.29.2004
12.27.2004
Useless Ficus
Lorsque je suis entrée, les conversations se sont arrêtées et vingt paires d'yeux se sont tournées vers moi. J'ai eu envie qu'une immense faille s'ouvre et m'engloutisse, mais bien sûr il ne s'est rien passé, et je me suis forcée à soutenir ces regards. J'ai essayé de sourire, mais ça a du se muer en une étrange grimace. Il m'a présentée comme " une vieille amie", et j'ai failli rectifier, dire que je n'étais ni vieille, ni son amie. Je me suis tue. Il a pris ma veste de la Redoute et l'a posée sur un fauteuil en cuir, puis m'a emmenée près du buffet en m'enjoignant de me servir à boire. Une margarita, il me fallait au moins ça. J'ai siroté mon verre en regardant les autres invités. J'ai eu un peu honte de mon jean râpé et de mes kickers à la semelle trouée. A ma droite, un jeune homme de bonne famille, de ceux qui se présentent crânement en appuyant sur la particule et roulent bien trop vite dans leur coupé sport, louchait sans vergogne sur le décolleté de son interlocutrice. Du genre bêcheuse qui sait l'effet que produit la bretelle de soutien-gorge en dentelle dépassant de sa robe Lacroix trop courte, offerte par l'AmEx de Papa. Je l'ai entendue rire coquettement à chaque compliment-paquet-de-lessive que lui faisait le type, des phrases pas originales pour un sou qu'il avait du répéter longuement devant son miroir en s'aspergeant de parfum et en se tartinant de gel. La confiance en soi semble tout excuser, même une drague minable. J'ai eu vaguement mal au coeur, et j'ai noyé le ramdam de mon ventre dans une vodka tonic sans tonic. Picole ma grande, ça te fera passer le temps.De l'autre côté, deux créatures sorties tout droit d'un magazine people. Crinière brune parfaitement brushée, yeux de biche allongés par du mascara épais, french manucure impeccable. Je fais tache avec mes ongles rongés et ma barette Schlecker. La première raconte sa dernière escapade chez Vuitton et ce petit chéquier, une vraie folie. Elle explique en lançant un regard complice: " c'est Eddie qui a payé, il dit oui à tout depuis qu'il m'encule". Sa copine part d'un rire hystérique qui fait balloter sa poitrine, et moi je suis consternée. Décidément, elles peuvent bien avoir un corps à tomber par terre, rien n'est plus repoussant que la vulgarité du coeur.
Je finis par scruter sans relâche le tapis, y cherchant sans doute la raison de ma présence en ce lieu. Kévin, mon hôte, m'arrache à ma rêverie. "C'est un Kilim", dit-il. Super. Il joue parfaitement son rôle, qu'est-ce qu'il est content de me revoir, c'est géniaaal que j'aie accepté de passer ce soir, ça faisait teeeellement longtemps qu'on s'était pas vu, c'est dommage il faudrait pas perdre le contact comme ça, ça fait combien maintenant, cinq ans? Oh, huit ans déjà, tant que ça? Ah oui, huit ans. Je rigole tout bas de cette mascarade. On n'a jamais rien eu en commun, on n'a jamais été amis, ni même copains. Kévin, c'était, et c'est toujours, le gosse de riche présomptueux dont l'insolence laissait les profs du collège sans voix, dont l'égo était si démesuré qu'il arrivait finalement à subjuguer les plus faibles comme les plus sûrs d'eux. C'était le play-boy populaire, cliché par excellence des soaps pour ado en mal de reconnaissance, celui qui portait nonchalamment sur l'épaule son sac Chevignon et rendait humides toutes les culottes qui croisaient sa route. Sauf la mienne, parce que je préférais le petit mec invisible avec la mèche dans l'oeil et le pantalon déchiré, celui qui parlait à personne et avait toujours un walkman à la récré. Moi-même, j'étais plutôt invisible pour Kevin, sauf éventuellement quand il pompait mot pour mot ma copie pendant le contrôle d'anglais. Pendant qu'il se pavanait à la boum annuelle de Séverine et qu'il lui pelotait les seins pendant un slow, avant d'aller faire à ses copains un récit imagé de la situation, moi je regardais mes pieds en me demandant ce que je foutais là, en pensant à mon looser au tee-shirt Apple élimé, qui lui n'avait évidemment pas été invité. On n'avait rien en commun. On n'a toujours rien en commun.
J'ai essayé de prendre congé, mais il m'a servi un troisième verre, et j'ai accepté, encore, non pas parce que je suis alcoolique, mais parce que ouaouh, il m'aurait fallu bien plus que trois verres pour supporter cette hypocrisie et ce déballage de fric. Une demoiselle est venue se joindre à nous. Son visage me disait vaguement quelque chose. Et pour cause, nous étions ensemble au lycée. Elle m'appelait "la hippie"; moi je l'appelais pas, elle m'était totalement indifférente. On a du se dépanner de quelques cigarettes aux intercours, ça s'arrête là. Même topo. Raaaaavie de me revoir, quoi de neuf? Ben il y a plein de neuf en six ans, chérie.Mais tu crois quand même pas que je vais te raconter ma vie,là, au beau milieu de vingt ploucs que je connais pas, si? De toutes façons, elle n'avait pas vraiment envie de savoir, c'est juste le passage obligé, "comment tu vas? qu'est-ce que tu deviens? ok on s'appelle". Par contre, elle s'étend, se répand pendant un temps qui me semble interminable. Je n'ai pas tout retenu; parce que je n'ai pas tout écouté. Sur le coup, j'ai eu un peu l'impression d'être la Marianne d'Anna Gavalda, ça m'a fait sourire. Elle a dû comprendre que ses histoires d'amour ne m'intéressaient que très (très très) moyennement, et elle est allée raconter ses malheurs à des âmes plus compatissantes.
J'ai regardé une dernière fois autour de moi, et j'ai fait une chose qu'en vingt-trois ans je n'avais jamais faite. J'ai pris ma veste et je suis partie discrètement, sans dire au revoir, sans remercier ( de quoi, d'ailleurs, aurais-je pu remercier ces gens-là?), juste comme ça, je me suis barrée sans bruit. J'ai marché sous la pluie, et ça faisait du bien, l'eau qui ruisselait dans mes cheveux; comme si ça me lavait de cette ambiance. Je suis rentrée chez moi, en pensant à mon nouveau boulot qui me fout la trouille même si je dis le contraire à Cré, et aussi un peu au Petit Garçon qui me fait des trucs bizarres dans le ventre. Greg, Marc, Carole et Delphine étaient là, je me suis sentie bien. Bien de retrouver Carole et sa logorrhée, Marc et son joint, Delphine et son poncho du Brésil ( tu trouves pas qu'il déchire?), Greg et son câlin. J'ai pris une douche en les écoutant se marrer, j'ai mis des fringues sèches, j'ai bu un thé. Quand ils sont partis, je suis allée dans la salle de bain, et je me suis regardée dans le miroir. C'est quelque chose que je fais de temps en temps; sans vraie raison; même pas par narcissisme. Greg est entré, il m'a prise dans ses bras, et m'a embrassée dans le cou. Nous sommes restés longtemps comme ça, sans parler, moi appuyée contre le lavabo, lui m'enlaçant et respirant doucement dans mon oreille. Plus tard, j'ai cherché un passage d'un livre. Un bouquin dont on m'avait fait l'éloge, mais qu'à vrai dire j'avais trouvé un peu plat.
"Comment lui dire? Il la quitterait le plus dignement possible, sans lâcheté. Car les lâchetés sont comme des réflexes dans les moments de rupture: elles apparaissent avec l'innocence d'un courant d'air.Tristan observait le mouvement de sa pensée et était surpris de l'avance qu'elle prenait sur la réalité. Ainsi, dans le monde abstrait des idées, il était déjà séparé d'Amélie. En vérité, comme tant d'autres, il adoptait régulièrement cette attitude dangereuse et complaisante envers tout ce qui lui arrivait: il assistait à sa propre vie et en était le plus fidèle spectateur. Il se mentait à lui-même pour déceler par avance la configuration des choix qu'il devait faire. Il prétendait qu'il était prêt à la quitter alors qu'il était encore noyé dans la plus obscure des incertitudes. Il travestissait ce qu'il pensait, comme un frileux, pour tenter de comprendre ce à quoi il s'exposerait si jamais il en venait à penser véritablement ce qu'il prétendait penser _ bref, il n'était pas plus avancé qu'en début de journée, et il se détestait pour cette faiblesse."
Florian Zeller, Les amants du n'importe quoi.
12.24.2004
Have yourself etc.
Depuis ma mère pleure à tous les Noël. On les passe plus là-bas avec les autres, juste tous les trois ma mère mon père et moi et en fait ça m'ennuie, j'ai pas toujours envie d'y aller, je serais aussi bien chez moi avec une bouteille de vin blanc et mon chat et peut-être du chocolat quand même, mais je leur dis pas et j'y vais et je me dis que mon coeur doit être tout rassi pour pas avoir envie de passer Noël avec mes parents et j'ai un peu honte. Quand j'arrive j'embrasse ma mère, je lui dis ça va ça se prépare, et elle sourit mais je sens bien qu'elle a de la peine et qu'elle fait tout ça juste parce qu'elle croit que j'aime Noël et que je veux absolument un sapin qui sent le sapin et qui est plus grand que moi et qui brille alors qu'en fait non, je m'en fous du sapin et des cadeaux et du repas et du champagne ça me laisse de marbre tout ça je fais juste semblant d'aimer. On fait semblant toutes les deux. Mon père il est jamais prêt quand j'arrive. Il arrive un peu après et il dit ah t'es là et il me fait la bise comme si on se connaissait pas trop, que j'étais juste une invitée comme ça, et d'ailleurs c'est vrai qu'on se connaît pas et que chez lui je me sens pas chez moi. Il me parle de mes études qu'il connaît pas non plus juste pour dire quelque chose, puis de mon amoureux comment il va ça se passe bien son travail et est-ce qu’il passe pour le dessert. Je crois qu'il fait des efforts avec moi le soir de Noël pour se rattraper des autres jours et moi aussi je fais des efforts je dis oui oui je souris je dis rien quand il me demande de jouer des chansons de Noël au piano; une fois j'ai dit que de toutes façons Dieu existe pas alors qu'est-ce qu'on en a à foutre de toutes ces conneries, et il m'a traitée de mécréante et oui je suis une mécréante et je m'en fous, je lui ai dit, moi je préfère investir dans des trucs qui existent pour de vrai que dans des conneries de Noël qui veulent rien dire et de toutes façons t'es musulman qu'est-ce que ça peut bien te foutre que j'aime pas Noël et les fêtes chrétiennes, et je suis partie. J'ai un peu tout gâché ce soir-là mais c'est vrai que je suis un peu spécialiste et finalement oui je dois avoir au moins un bout du coeur rassi. Avec ma mère ils font pas trop d'efforts entre eux; quelques fois oui un peu mais ils se prennent pas dans les bras ils rient pas trop ensemble ils me parlent à moi pour combler le vide entre eux. Mon père il dit oh mais c'est pas là-dedans qu'il fallait mettre les cacahuètes pourquoi tu les as mises là-dedans, et ma mère dit ben t'avais qu'à le faire au lieu de passer quatre heures dans la salle de bain je suis pas ta bonne, et mon père dit oh ça va tu vas pas commencer à m'emmerder c'est Noël, et ma mère dit ça représente rien pour toi Noël de toutes façons t'es même pas capable d'être agréable ce soir-là t'es toujours entrain de critiquer tu me fais chier j'en ai marre de vivre avec un con comme toi. Au début, je leur en voulais vachement et je criais plus fort qu'eux mais vous êtes vraiment trop cons j'en ai marre de vous entendre là ça suffit sinon j'me barre et je viens plus jamais et c'est pas possible d'avoir des parents qui gâchent toujours tout, vous êtes vraiment des gros nases putain mais c'est pas possible. Quelques fois ça marchait. Maintenant j'ai l'habitude ou alors peut-être que c'est juste que j'ai plus la force et que je m'en fous qu'ils s'aiment pas après tout ça les regarde, alors je vais juste dans le jardin fumer une cigarette et penser à autre chose; je sais même pas s'ils se rendent compte tout de suite que je suis plus là tellement ils sont occupés à se gueuler dessus mais au bout d'un moment il y en a un qui vient me chercher un peu penaud, comme un gamin qui vient s'excuser d'avoir raconté un mensonge, et il me dit allez rentre tu vas prendre froid tu devrais pas fumer c'est pas bon allez rentre regarde on va boire l'apéro et on va mettre de la musique. Alors je rentre et je m'assois sur le canapé et eux ils essayent de faire comme si rien mais je vois bien que ça marche pas ils sont plein de rancoeur et ils ont un peu la bouche pincée et moi j'ai plus trop envie de détendre l'atmosphère j'ai juste envie de rentrer chez moi. Après on ouvre les cadeaux. J'adore faire des cadeaux mais à Noël ça m'énerve un peu parce que c'est devenu une obligation et je me demande pourquoi les gens ont besoin de ce genre de prétextes débiles pour vouloir faire vraiment plaisir aux autres. J'ai pas trop de cadeaux chez mes parents, quelques fois j'en n'ai même pas du tout et ils s'excusent, ils disent qu'ils sont désolés de pas pouvoir m'offrir des choses mais que c'est parce que tu sais l'appartement d'Alger est toujours pas loué alors on n'a pas beaucoup de sous j'espère que tu nous en veux pas d'avoir juste fait une carte, tu sais bientôt ça ira mieux hein faut pas nous en vouloir, ça veut pas dire qu'on t'aime pas on t'aime très fort et on est fiers de toi. Moi ça me dérange pas de pas avoir de cadeaux, je m'en fous des cadeaux et des papiers qui font du bruit quand on les déchire et des rubans bouclés assortis au paquet, je m'en fous de tout ça, je suis contente parce que moi je leur offre des petits trucs, je dis mais c'est pas grave on s'en fout des cadeaux et j'ai envie de leur dire que je préfèrerais qu'ils s'engueulent pas ça ce serait un super cadeau mais je le dis pas ça sert à rien je sais qu'ils y arriveraient pas même en essayant.
A mon amoureux je sais jamais quoi lui offrir. Je sais pas si c'est parce qu'il aime rien ou parce que moi je l'aime plus vraiment et que c'est plus un vrai amoureux, juste une habitude, un peu comme on a l'habitude de boire son café le matin, moi j'ai l'habitude de vivre avec lui, et de chercher quoi lui offrir pour Noël. Peut-être que c'est un peu les deux. Il y a deux ans, j'avais pas trouvé d'idée alors j'avais fait un portrait de lui au fusain sur une grande feuille et je le trouvais assez réussi; derrière j'avais écrit un mot gentil qui venait du fond qui disait un peu tout ce que j'arrive pas à lui dire et j'avais mis tout ça dans du papier craft moche mais j'étais contente. Lui aussi il avait l'air content il m'a prise dans ses bras et il m'a dit merci et il l'a montré à ses parents parce qu'on était chez eux et ses parents ont dit oh c'est chouette tu l'as fait faire où, ça vient d'une photo, ah c'est toi qui l'as fait; ils comprennent jamais rien, eux. Mais après il l'a juste laissé dans un coin et il l'a oublié et il l'a récupéré six mois après alors je me suis dit que ça lui plaisait pas et j'ai eu un peu de peine mais j'ai rien dit. J'aime pas aller chez ses parents; son père parle pas ou alors quand il parle il critique tout; le travail le chômage les français les arabes et les américains la pintade les universités la retraite la peinture les plantes l'alcool la cigarette et après il s'endort sur le canapé. Sa mère elle parle tout le temps, elle, de tout et n'importe quoi, elle donne son avis sur tout même quand elle connaît pas, oh mais t'aurais du continuer médecine franchement là c'était une connerie qu'est-ce que tu vas faire il faut que tu travailles tu peux pas rester sans travailler tes études elles te mènent à rien alors ça sert à rien puis t'es trop dépensière faut que tu comprennes que tu peux pas mener un train de vie comme ça à toujours acheter des choses inutiles des livres des pinceaux mais surtout les livres si t'as pas d'argent et puis t'as recommencé ton régime parce que ça va t'es bien comme ça mais plus mince ce serait encore mieux tu le sais alors pourquoi tu le fais pas franchement hein c'est pourtant pas si compliqué; et je pourrais trouver ça bien quand même parce que ça part d'un bon sentiment, mais pas sur elle, sur elle ça m'énerve j'ai envie de lui dire d'aller se faire foutre. Sa soeur aussi, j'ai envie de lui dire d'aller se faire foutre, mais je le dis pas parce que ça se fait pas, alors je souris et je me dis que je vaux bien mieux que tous ces cons et je me demande ce que je fais là à les caresser dans le sens du poil, et peut-être que j'ai tort et que c'est juste du snobisme, que je vaux pas mieux et que moi aussi je devrais passer ma vie au ras des pâquerettes sans éprouver le besoin de m'élever un peu et de regarder plus loin que le bout de mon nez, peut-être qu'ils ont raison tous ces gens de vouloir de l'utile de l'utile toujours plus d'utile, parce que le rêve ça sert à rien, parce que ça sert à rien d'avoir des plaisirs simples et de la sensibilité à plus savoir qu'en faire, de pleurnicher devant un film triste et de rire en courant pour rattraper mes feuilles qui s'envolent, parce que les livres c'est que des histoires à dormir debout qui essayent de nous faire croire à des chimères, comme tous ceux qui disent que Belle du Seigneur c'est un magnifique roman d'amour alors que c'est juste exactement tout le contraire.
12.10.2004
Tout à l'heure
11.17.2004
Fonds de tiroir
En fait non, je pleurais pas, je pleurnichais. C'est-à-dire pas vraiment pleurer, faire un peu semblant d'être triste en ayant la larme à l'oeil mais sans qu'elle tombe pour de vrai, tout ça ayant pour but de m'autopersuader que je regrettais amèrement ces périodes bénies de mon adolescence parce que les problèmes que je croyais alors avoir n'avaient finalement aucun poids face à ma vie sociale trépidante, mais que par contre ma vie actuelle était profondément chiante et morne, que c'était franchement la loose à 23 ans de passer des heures devant son pc au lieu d'aller se murger avec de vraies gens dans de vrais bars tous les soirs, ce qui est totalement faux puisqu'aujourd'hui je suis nettement mieux dans ma peau qu'il y a dix ans, et qu'en plus je me murge assez régulièrement dans de vrais bars avec de vraies gens, que j'aime plus ou moins selon l'humeur.










